Les Croix dans le paysage de Saint-Quentin

En 1932, dans sa « Monographie de Saint-Quentin », l’Abbé Cudeloup dénombre douze croix dans le paysage de la commune, dont deux disparues mais toujours dans les mémoires.

Elles sont encore là, quatre-vingt ans plus tard, perdues au bord d’une route, à la croisée de chemins, ou plus présentes dans le bourg.

Certaines, vieilles de plus de trois cents ans, d’autres érigées au XIX ème siècle, elles témoignent toutes de la foi de la Communauté.

Dues à la volonté des paroissiens ou à des initiatives privées, elles faisaient office de guide pour les voyageurs et de lieu de protection contre l’inconnu et les mauvaises rencontres.

Deux de ces croix semblent avoir marqué les limites géographiques de Saint-Quentin : la croix du Chesnot et la croix du Val d’Oir, érigées à l’entrée de la paroisse.

Jusqu’au milieu du XX ème siècle, il est d’usage de se signer en passant devant la Croix, par respect pour le Christ, se mettant ainsi sous sa protection. Et malheur au gamin qui l’oublie en présence de ses parents !

Ces croix étaient également lieu de procession, pour les Rogations par exemple, ou lieu de rencontre lors de certaines fêtes locales.

Longtemps, et encore actuellement, les paroissiens viennent y déposer un simple bouquet de fleurs des champs ou une branche de laurier ou de buis au moment des Rameaux.

L’emplacement des croix 

 (belle promenade d’environ 12 km par les petites routes de campagne)

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   1 ) La croix du Chesnot

Croix_SSt_Quentin_croix _chenot

Elle se dresse au carrefour des départementales 103 et 110, sur la commune de Saint-Quentin-sur-le-Homme.

La Croix du Chesnot fut érigée en 1701 par David Murys, le « forgeauroy » (1654-1736).

David Murys était une sorte de petit industriel, responsable de la Forge au Roy, un établissement implanté au hameau de Billy, à Saint-Quentin. Il avait fait bâtir l’année précédente (1700) une maison, la Muryère, et fait graver ses « armes » sur le manteau de la cheminée.

En 1676, à la suite d’une épidémie de « flux de sang » (dysenterie), David avait perdu ses parents et plusieurs de ses frères et sœurs. Vingt-cinq ans après, en 1701, c’est en pensant à eux qu’il fait ériger cette croix à proximité du hameau de Billy, au carrefour des routes d’Avranches et de Saint-Quentin.

Croix directionnelle donc : on distingue encore sur le socle les noms « Avranches » et « Saint-Quentin », ainsi que le mot « forgauroy » et la mention « FPDM », qui signifie « Fait par David Murys ». Croix commémorative aussi : on remarque sur la croix elle-même des renflements, qui symbolisent les bubons de la peste.

David a également fait poser une belle pierre tombale pour ses parents morts lors de l’épidémie de 1676, et pour son fils François, décédé en 1714.

On peut y lire l’inscription suivante :

« Ci-gist Nicolas Muris décédé le 14 sptbre 1676 et Fran. Gilbert sa femme qui a fondé AP. F. Murys décédé ce 6 decbre 1714. FFPDM ».

Croix_SSt_Quentin_pierre_tombale_murys

(FFPDM : fait faire par David Murys. AP : à perpétuité).

La croix, la maison, la cheminée et les armes existent encore aujourd’hui. Tout comme la pierre tombale, que l’on peut voir sous le narthex, au seuil de l’église de Saint-Quentin.

Croix_SSt_Quentin_linteau_chemin_murys

  La cheminée.

2 )  La Croix Roussel

 Au carrefour de la D310 et de la D 110 E,  aux Hautes Rues.

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« De vieille date, relevée et bénie en 1870″. (Abbé Cudeloup, monographie de Saint-Quentin)

La croix actuelle semble avoir été élevée à l’emplacement d’une plus ancienne.

Sur le socle on peut lire :

          Fait Faire Par J.F. ROUSSEL

          SON EPOUSE

          ET SES ENFANTS

          1870

Les registres d’état civil de Saint-Quentin n’ont pas permis de retrouver avec certitude la famille J.F. ROUSSEL.

3 )  La Croix Margat

Au carrefour de la D 110 E et de la D 150, dans un jardin privé.

Croix_SSt_Quentin_la_croix_Margat (FILEminimizer)

Croix_SSt_Quentin_la_croix_Margat_socle (FILEminimizer)

Sur le socle, on peut lire :

Fait Faire LEBEDEL

ET H.M.

LE BARON

EPOUX 1859

 

Le croisillon porte les marques de l’emplacement d’un petit crucifix.

Les registres d’état civil de Saint-Quentin n’ont pas permis de retrouver la famille LEBEDEL.

Le nom du lieu-dit « la Croix Margat » laisse supposer que, comme pour la croix Roussel, elle doit remplacer une croix plus ancienne.

4 ) La Croix de Ia Houle 

Sur la D 310, au village de la Houlle.

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Le croisillon abrite une petite vierge.

Sur le socle, on peut lire :

Fait Faire Par

Louis Pierre Marie

JUIN 1790.

Louis Pierre Marie JUIN, né en 1761 à Saint-Quentin, aussi appelé JUIN La Croix habitait la maison avec une tour accolée, en face de la Croix. Maire de Saint-Quentin de 1813 à 1816.

De lui descendent les JUIN Duponcel (notaire) , les JUIN les Jardins et autres.

Pour information complémentaire sur ses descendants voir le site généalogique Histotheque Jean Vitel

 5 ) La Croix du Val d’Oir

Perchée sur son talus.

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Sur son socle on peut lire :

Croix_SSQ_Croix_Valdouer_socle (FILEminimizer)

MAURICE

TABOUREL

MA FAICT

FAIRE 1707 (ou 1701 ?)

  Elle est aussi ancienne que la croix du Chesnot et elles ont bien des similitudes. Le pied des fûts a les mêmes découpes géométriques et il porte des excroissances ressemblant à des bourgeons . Ils symbolisent les bubons de la peste. En général, toute épidémie mortelle ayant des caractéristiques semblables était appelée alors « peste ».

Maurice Tabourel est cité à plusieurs reprises dans les registres paroissiaux de l’époque, soit pour ses évènements personnels (mariage, enfants, …) soit comme parrain soit comme témoin lors de mariages ou de décès.

Il est le fils de François TABOUREL et de Jacqueline ROUSSEL, décédée le 26 mars 1697 à l’âge de 60 ans et inhumée le jour suivant en présence de son fils Maurice et de Mtre Hervé Murys prêtre vicaire ; François Murys est alors curé (c’est lui qui est cité dans l’article sur la croix du Chesnot).

Le 20 novembre 1700, il assiste au mariage de Jean LeClerc, fils de Pierre.

De 1681 à 1688, un certain François TABOUREL, est notaire-tabellion de Ducey et Valdouer, de 1688 à 1716 le notaire-tabellion Pierre LECLERC lui succède .

On peut supposer que le père de Maurice TABOUREL est ce François TABOUREL, tabellion.

 6 ) Croix des Maladreries

disparue

« Disparue et dont le piédestal se voyait sur le chemin de Pontaubault et le vieux chemin des Landes, autrement dit, sur le chemin de Ducey, par Guyot à Avranches. » (Cudeloup)

Le parcellaire du cadastre napoléonien semble la situer au carrefour des routes D 103 et de la voie « Le Guyot-l’Isle-L’Etranger », côté Saint-Quentin.

7 )  Le Calvaire du nouveau cimetière

 « Beau calvaire en granit, donné par la famille Marquis en 1875 et érigé dans le cimetière à la place de l’ancien calvaire, dont le Christ en bois se voit dans l’Eglise. » (Cudeloup)

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En 1857, le cimetière actuel remplace celui qui entoure l’église. La première personne inhumée est François Trochon, le sept juin de cette même année.

François Philibert MARQUIS, le donateur du calvaire, acquiert, vers 1860, la propriété de Lillemanière, succédant ainsi à Victor BUNEL.

F.P. Marquis est un riche et célèbre chocolatier de Paris. Son père, le colonel Marquis, prisonnier en Espagne, y avait appris la fabrication du chocolat et, de retour en France, abandonna la carrière militaire pour le chocolat

F.P. Marquis, ayant repris la succession de son père, épouse en premières noces Eugénie BERTIN. Leur fille Hélène décède à Saint-Quentin en janvier 1870, à l’âge de 14 ans.

Devenu veuf, il épouse en secondes noces Claire CHAMBOLLE qui décède à Saint-Germain-en-Laye en mai 1859.

Il épouse en troisièmes noces en juillet 1860, à Saint-Quentin, Blanche CHAMBOLLE. Il a alors 39 ans. Ils auront quatre enfants, nés à Saint-Quentin.

Outre la construction de deux ailes au château de Lillemanière, F.P. MARQUIS se fait bâtir une maison bourgeoise au Plessis-Robinson « le château de la Solitude ». De style néogothique, elle est le lieu de soirées mondaines parisiennes.

La dernière propriétaire de la famille Marquis à posséder la Solitude est Marie-Philiberte, une ses filles, morte en 1911.

La bâtisse devient maison de repos, puis résidence pour une congrégation religieuse.

Des constructions de F.P. Marquis, il reste peu de chose. Lillemanière est rasée par les bombardements de la dernière guerre et la « Solitude », laissée à l’abandon, est ravagées par deux incendies dans les années 1970. Actuellement, un beau parc entoure les ruines.

8 ) La Croix des Grandes Cours

L’abbé Cudeloup la situe ainsi :  » A l’entrée du Champ de la Madeleine, où se tenait l’Assemblée le jour de la Fête saint Gorgon, à la rencontre de la route de Pontaubault et d’Avranches »

Semble pouvoir être située au croisement des routes D 103 et D 78 (à l’emplacement de la partie récente du carrefour?)

 9 ) La Croix de l’ancien cimetière

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Au pied de cette croix se trouvait la sépulture des curés de Saint-Quentin.

Dans l’ancien cimetière près de l’église

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C’est un très beau calvaire avec le Christ en granit et les sculptures aux quatre coins du socle.

Les coquilles sur le fût rappellent les pèlerins cheminant vers le Mont Saint-Michel.

  10 ) La Croix du cimetière Bunel

 Dans l’ancien cimetière près de l’église

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 Vers 1802, Victor BUNEL, receveur général du département de la Manche, haut fonctionnaire du premier Empire, devient propriétaire de Lillemanière. Il fait rebâtir, selon les plans de l’architecte Bagatelle, une partie du château, tombée en ruines.

Décédé à Avranches le 28 janvier 1845, à l’âge de 70 ans, sa famille le fait enterrer à Saint-Quentin, près des siens, dans ce cimetière : Agathe PROVOST, sa femme décédée en 1822 ; Agathe Émilie, sa fille, en juin 1826 ; Emile François, son fils, en septembre 1826  ; Arthur Victor, son petit-fils en 1842…

 

11 ) La Croix de Bermusson

« A l’angle du chemin de Les Chéris à Saint-Ovin. Elle a été renversée et couchée dans le champ voisin » (Cudeloup) (emplacement du château d’eau de Saint-Quentin?)

12 ) La Croix Le Houx

  Sur la D103, au carrefour avec la D 457, venant de Saint-Martin-des-Champs.

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C’est une croix de granit, simple, avec son socle perdu dans les ronces.

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