Saint-Quentin-sur-le-Homme, un nom de caractères

Qui n’a jamais été confronté aux cases manquantes des imprimés face aux 26 caractères de Saint-Quentin-sur-le-Homme ?

Il n’en a pas été toujours ainsi. Jusqu’en 1921, la commune s’est appelée tout simplement, Saint-Quentin.

F. de Beaurepaire, dans son étude concernant les noms des communes, fait remonter l’appelation SAINT-QUENTIN  à 1179 : « Sanctum Quintinum ».

Bien que portant le nom d’un saint, ce qui était prohibé pendant la Révolution, aucun changement de nom significatif et durable n’a eu lieu dans les habitudes locales au cours de cette période.

Sur les Registres d’Etat Civil existants (vus et signés par les différentes autorités de l’époque), ou Paroissiaux, il n’est fait mention que du nom Saint Quentin à de rares exceptions près telles que « Quentin » ou « Quentn sur le Homme ». L’une de ces exceptions vient d’une copie d’un extrait du registre des Sépultures de la Commune de Port Solidor, district de Port Malo (ex Saint-Malo), en date du six Floréal AN IV indiquant : « …Jean Besnard natif de la commune de Saint Quentin sur le Houlme district d’Avranches…« . Mais là encore l’appellation Saint est conservée.

De Saint-Quentin à Saint-Quentin-sur-le-Homme

Suite à différentes circulaires concernant l’intérêt de modifier les noms des communes homonymes, le terme « sur-le-Homme » a été ajouté en 1921. Le relevé du registre des délibérations du Conseil Municipal nous renseigne sur la procédure adoptée pour le choix du nouveau nom.

Délibérations du Conseil Municipal du 7 novembre 1920 ; Cherpitel, maire

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C’est donc à partir d’une ancienne appellation, justifiée simplement par « autrefois » que « sur-le-Homme » a été proposé, Saint-Quentin-Fougerolles n’étant pas retenu.

Le décret approuvant la nouvelle appellation de Saint-Quentin-sur-le-Homme, en date du 25 octobre 1921, est signé A. Millerand ,président de la République.

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Mais qui était Saint Quentin, et pourquoi le Homme ?

Saint Quentin

sa vie d’après Jacques de Voragine*

 La première version de la Passion de saint Quentin, sous la forme où elle a été conservée, remonte au début du VII ème siècle.

La date de son martyre se situe aux environs de l’an 300.

Extrait de « LA LÉGENDE DORÉE » de Jacques de Voragine 

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Quentin, noble citoyen romain, vint à Amiens où, ayant fait beaucoup de miracles, il fut pris par l’ordre de Maximien, préfet de la ville, et battu de verges, jusqu’à l’entier épuisement des bourreaux; après quoi il fut jeté en prison. Mais un ange l’ayant délivré, il alla au milieu de la ville prêcher le peuple. Pris une seconde fois, étiré du haut du chevalet jusqu’à ce que ses veines eussent été rompues, rudement battu à coups de nerfs de bœuf, il endura l’huile, la poix, la graisse bouillante ; comme il se moquait du président, celui-ci irrité lui fit jeter dans la bouche de la chaux, du vinaigre et de la moutarde. Mais il demeurait encore inébranlable ; alors il fut conduit à Vermand, où le gouverneur lui fit enfoncer deux broches qui allaient de sa tête à ses cuisses, et dix clous entre ses ongles et sa chair ; enfin il le fit décapiter.

Son corps, jeté dans un fleuve, y resta caché 55 ans, et fut retrouvé par une noble dame romaine. Comme elle se donnait avec application à la prière, une nuit, elle fut avertie par un ange de se rendre en toute hâte au château de Vermand à l’effet d’y chercher en tel endroit le corps de saint Quentin et de l’ensevelir avec honneur. Elle se rendit donc, avec une grande suite, à l’endroit désigné, et y ayant fait sa prière, le corps de Saint Quentin entier et sain, et répandant une odeur suave, monta aussitôt à la surface du fleuve. Elle l’ensevelit : et pour la récompenser de ce bon office, elle recouvra l’usage de la vue. Elle bâtit en cet endroit une église, après quoi elle se retira dans ses domaines.

La suite raconte un faux témoignage sur les possessions de Saint Quentin ayant pour but de s’emparer d’une forêt appartenant à son Église, ainsi que la punition infligée au délateur.

Le récit se termine par le transfert du corps du Saint dans un autre lieu : « Quand le corps de Saint Quentin fut ôté du sol, il en jaillit une telle odeur et une telle lumière que les présents purent à peine le supporter… »

* Jacques de Voragine(1228 - Gênes, 1298), chroniqueur italien du Moyen Âge, archevêque de Gênes et auteur de laLégende Dorée" récit hagiographique de la vie des saints (pour en savoir plus voir NRF, Gallimard, bibliothèque de La Pléiade).

Le Homme

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Le lieu, attesté dès le XII ème siècle, est le siège d’une ancienne seigneurie où se dressait le château du Homme.

Trois sources explicatives :

1 ) « L’appellation « Homme » est un dérivé de l’appellation anglo-scandinave « holmt « devenu « homme »,qui avait le sens d’île ou de prairie au bord de l’eau. Il eut de nombreuses applications dans la toponymie de la Normandie…

Un autre exemple existe dans l’Avranchin, les Échommes à Saint-Senier-sous-Avranches. « 

extrait de : "LES NOMS DES COMMUNES ET ANCIENNES PAROISSES DE LA MANCHE" François de BEAUREPAIRE, A et J PICARD Paris 6 ème 1986

2 ) La toponymie normande

« Et n’oublions pas, là encore, qu’une fois passés dans le dialecte normand, nombre de ces mots continuèrent d’être employés seuls, précédés de l’article, longtemps après la première implantation, ce qui explique aussi la densité de la toponymie normanique dans certains secteurs. C’est le cas des Dalle et Londe que nous venons de voir mais aussi des Hougues (de haugr, tertre, hauteur), Homme de hôlme, dans le sens d’éminence au milieu d’un terrain marécageux ou d’une langue de terre partiellement entourée par un ou plusieurs cours d’eau… »

Jean Renaud ,(professeur de langues, littératures et civilisation scandinaves à l'Université de Caen)
 Cahiers du CRHIS N° 14, 2003, La progression des Vikings, des raids à la colonisation

3 ) « … Votre curé, continua Brichot, en voyant qu’il m’intéressait, fait venir les mots en hon, home, holm, du mot holl (hullus), colline, alors qu’il vient du norois holm, île, que vous connaissez bien dans Stockholm, et qui dans tout ce pays-ci est si répandu, la Houlme. Engohomme, Tahoume, Robehomme, Néhomme, Quettehon, etc. » Ces noms me firent penser au jour où Albertine avait voulu aller à Amfreville-la-Bigot (du nom de deux de ses seigneurs successifs, me dit Brichot), et où elle m’avait ensuite proposé de dîner ensemble à Robehomme. Quant à Montmartin, nous allions y passer dans un instant. « Est-ce que Néhomme, demandai-je, n’est pas près de Carquethuit et de Clitourps ? – Parfaitement, Néhomme c’est le holm, l’île ou presqu’île du fameux vicomte Nigel dont le nom est resté aussi dans Néville. Carquethuit et Clitourps, dont vous me parlez, sont, pour le protégé de Mme de Cambremer, l’occasion d’autres erreurs. … »

Extrait de :Sodome et Gomorrhe Marcel Proust,

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