Les Chéris : la ferme du comte de Pracontal en 1866

Suite au concours régional d’agriculture de Saint-Lô en 1866, un rapport sur les participants est publié par M. Besnard, juge compétent, propriétaire-exploitant dans l’Eure. Ce rapport parait dans l’Annuaire de la Manche de 1867.

En préambule, Besnard dresse sommairement l’état de l’agriculture dans le département de la Manche :

« … ses champs sont entourés de haies garnies d’arbres forestiers de la plus belle venue, qui, le plus souvent, servent d’abri contre les vents de mer ; les plantations de pommiers y sont nombreuses et donnent un cidre d’une haute valeur, que l’on exporte jusqu’en Angleterre ; mais à côté d’un commerce de peu d’importance en céréales, en colza, en chanvre et en lin, la spéculation principale est l’élevage .

Bien que les chevaux soient nombreux dans les herbages et que les moutons à longue laine y donnent d’excellents produits, l’espèce bovine y reste l’objet d’une préférence qu’explique suffisamment la nature du sol, celle du climat et de la supériorité de la race du Cotentin, au double point de vue du laitage et de la viande de boucherie.

Ce sont là en effet les deux grandes industries agricoles de la Manche, qui rivalise avec le Bessin pour la qualité de son beurre et les soins qu’elle donne à sa fabrication. »

Puis, décrivant les particularités des exploitations, Besnard justifie les récompenses attribuées aux participants. Un de ces derniers retiendra plus particulièrement notre attention : le comte Armand de Pracontal, propriétaire terrien aux Chéris.

Né à Laval en 1816, mort en 1880, de Pracontal acquiert, vers 1849, la terre du Bois-Avenel, aux Chéris, de J.M.P. Brin le Jonc de Bermingham ; ce dernier a fait construire la maison et divers bâtiments. Mais c’est à de Pracontal qu’il faut attribuer le château actuel et l’aménagement paysager à l’anglaise.

Armand de Pracontal sera maire des Chéris de 1878 à 1880.

Besnard présente ainsi l’exploitation :

race d'Alderney (FILEminimizer)

« La propriété du Bois-Avenel, qu’exploite sur la commune des Chéris, dans le canton de Ducey, M. le comte, Armand de Pracontal, est placée dans un des sites les plus pittoresques de l’arrondissement d’Avranches. Elle occupe la crête et la moitié du versant d’un coteau exposé à l’ouest, et de ce point élevé la vue domine une vaste étendue sillonnée de jolies vallées et de collines boisées qui descendent en étages jusqu’à la mer, limite de cet immense horizon.
Acheté en 1849, ce domaine se compose de 80 hectares dont une partie est sous-louée, une autre en bois est exploitée par M. de Pracontal, et le surplus, c’est-à-dire de 25 à 30 hectares, forme l’exploitation qu’il s’est réservée.
La constitution géologique du sol, granitique sur quelques points, schisteuse sur d’autres, varie suivant l’altitude des terrains. La couche arable est peu profonde.
Les bâtiments d’exploitation sont construits très simplement ; la vacherie parfaitement aménagée à l’intérieur abrite 41 vaches bien choisies de
la race d’Alderney, dont 9 sont nées au Bois-Avenel. Ces animaux ne sortent que pour pâturer les regains au piquet.

broyeur_d_ajoncs (FILEminimizer) M. de Pracontal a fait installer sous un hangar, pour la préparation de l’ajonc donné aux animaux, un coupe-ajoncs de Ransonne et une auge en granit où cette plante est broyée par des pilons ; ces deux instruments sont mis en mouvement par un  manège à un cheval de Bodin.

  

Manege_Bodin

 

Les prairies étendues sur le penchant du coteau que domine l’habitation, ont été l’objet des travaux les plus soignés. Toutes les eaux des sources des terrains supérieurs, collectionnées dans un premier réservoir, après avoir arrosé les prairies hautes, sont recueillies dans un second, puis dirigées en contournant le coteau sur les pelouses qui le recouvrent; les pentes bien étudiées donnent à l’eau un accès facile sur tous les points susceptibles d’être arrosés. Le tracé des rigoles a été exécuté avec une précision remarquable sur un sol dressé à la règle comme un talus de fortifications, disposition qui permet de répartir plus uniformément les eaux et diminue leur parcours. Les prairies soumises à l’arrosage, créées sur des côtes arides, autrefois incultes, ont une contenance de 9 hectares et produisent de 35 000 à 40 000 kilog. de foin.
Ce remarquable travail a mérité à M. de Pracontal une médaille d’or. »

Les races bovines

Afin d’améliorer la production de viande bovine, l’introduction de races anglo-saxonnes commence en Normandie dès 1837, en particulier avec la Durham. La supériorité de cette race vient de ce qu’en quatre ans elle est viande de boucherie, alors qu’il faut attendre plus de 7 ans pour les races françaises.

Mais son introduction est l’objet d’un âpre débat au sein des éleveurs normands, un certain nombre, rejetant  » l’anglomanie », préférent garder la race cotentine, privilégiant le lait plutôt que la viande.

Les représentations de G. Lecoulteux sont le reflet de cet affrontement :

race Durham caricature (FILEminimizer)

race normande caricature (FILEminimizer)

Finalement, l’élevage s’orientant nettement vers la production de beurre et de fromages en particulier dans le nord-est du Cotentin, berceau de la race cotentine qui reste dominante, cette dernière devient tout naturellement la « Normande ».

Le comte de Pracontal, avec ses Alderney, se situe donc en marge de ce débat opposant Durham-Cotentin. Lors de ce concours d’exploitations agricoles, sur 10 fermes citées, seules 2 ont des « Alderney » dont de Pracontal, 2 des croisements « Durham-Cotentin » et 2 des Durham dont le marquis de Verdun dans le canton de Pontorson,  les 4 autres étant des « Cotentin ».

Manège Bodin :

La « machine à battre », mise au point par des Ecossais fin XVIIIe siècle inaugure la mécanisation de l’agriculture. En Ille-et-Vilaine , Jean-Jules Bodin, fut le premier a importé la « machine à battre » d’Angleterre et à l’essayer dans l’exploitation de l’école d’agriculture dont il est directeur. Il l’adapta à un manège entrainé par la force animale en 1840, et en 1857 à une machine à vapeur.

Publicité Bodin (FILEminimizer)

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