Saint-Quentin : Faits Divers


Arguments frappants

 Du « Journal des débats »,  du 18 septembre 1872

— Mardi , vers une heure de l’après-midi, un crime, peut-être unique dans les annales judiciaires du canton de Ducey, vint jeter l’émoi parmi nos populations rurales, dans les circonstances suivantes :

Un fermier de la commune de Saint-Quentin s’était absenté de sa maison pour quelques heures, laissant sa sœur, âgée d’environ vingt-cinq ans, gardienne de leur mutuelle fortune, car, orphelins de père et de mère, ils exploitent leur ferme en commun. Or, la jeune fille, ayant eu besoin de sortir pour vaquer à des travaux extérieurs, fut tout étonnée, à sa rentrée chez elle, de voir ses armoires ouvertes et les tiroirs veufs de tout ce qu’ils contenaient.

C’en était bien assez pour dévoiler la présence d’un voleur au logis ; aussi la courageuse villageoise s’empressa-t-elle de faire chez elle-même une perquisition domiciliaire qui eut pour résultat la découverte du larron, tapi dans un coin du grenier.

En présence de cet homme dont les yeux brillaient dans la demi-obscurité à l’égal de ceux d’un chat, la jeune fille se rua sur lui, et, unguibus et rostro1, l’empêcha d’escalader le mur de la lucarne par où il aurait pu s’évader.

Sur ces entrefaites arriva le frère, qui n’eut pas de peine à reconnaître ce dont il s’agissait. Il s’approche du bandit et va pour le saisir, mais le misérable lui crie :

« Un pas de plus et tu es mort ! »

Au même instant une détonation se fait entendre, et le malheureux jeune homme, qui avait porté la main droite au devant de sa figure, reçoit la décharge d’un pistolet sur le doigt annulaire dont l’amputation eut lieu immédiatement.

On doit bien penser que le voleur avait mis à profit l’émotion du frère et de la sœur et qu’il s’était sauvé ; mais le jeune Bernard (c’est le nom du fermier), malgré sa blessure et le sang qui en découle, n’hésite pas à courir après son assassin, il l’atteint en peu de temps et il le dompte a l’aide d’un voisin accouru et aussi de sa sœur, qui eut la satisfaction de désarmer son ennemi rendu à merci.

Jusque-là le drame se passe à peu près comme tous les drames de ce genre, mais, ce qui est pénible à dire, c’est que le voleur, lié à un arbre jusqu’à l’arrivée des gendarmes, reçut tant de coups de la multitude assemblée, que son corps n’était plus qu’une plaie et que sa figure n’avait l’apparence que d’une boule noire et informe. Comme dans les forêts du Nouveau-Monde, la loi de Lynch2 existerait-elle donc encore en Basse Normandie ?

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1 ) unguibus et rostro : Du bec et des ongles
2 ) Loi de Lynch : (1837), procédé de justice sommaire attribué à un juge de Virginie nommé Ch. Lynch (Le Petit Robert)
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