Le Moulin de la Roche et l’inondation de la Sélune en 1847

 

Le mois de février 1847 est marqué par un épisode neigeux abondamment tombé sur toute la France, suivi d’un dégel et de deux jours de grande pluie.  De nombreuses rivières vont sortir de leur lit et des crues mémorables surprennent les habitants. Le 13 février, la Marne atteint une hauteur de 3,98 mètres, du 15 au 18 le Rhin et la Dordogne débordent et des crues se produisent en Belgique. Il en est de même pour la Meurthe et la Garonne dont la crue atteint environ 7 mètres.

Le Phare de la Manche, dans son édition du 18 février, signale le débordement de la Claire qui se jette dans l’embouchure de la Seine à Honfleur, et qui a versé ses eaux dans les fossés de la ville. La commune de Pont L’Evêque va beaucoup souffrir elle aussi.
Le 21 février 1847, le Journal de l’Avranchin relate les débordements de la Sélune et les aventures arrivées au meunier du Moulin de la Roche, en la commune de Ducey.

 Dans la nuit du 15 au 16 février 1847, vers 8 heures du soir, le meunier de la Roche Guillaume PIGEON et son épouse sont dans la cuisine de leur moulin. Sa femme entend soudain des craquements inquiétants et inquiète son mari qui inspecte à l’aide d’une chandelle les soliveaux. Ce dernier constate avec effroi que le pignon Est de son habitation, perd son aplomb. Il crie à son épouse de se sauver mais il est trop tard. La Sélune avait formé un véritable lac autour du moulin et 75 mètres séparaient la maison de la terre ferme. Un  nouveau torrent de 10 mètres de largeur s’était creusé devant le moulin isolant ainsi le couple qui se retranche dans ce qui reste de leur maison.

Les meubles ne tardent pas à se disloquer sous les murs et la charpente dans un bruit de tonnerre. Les PIGEON ont peur également du feu qu’ils ont fait, car la paille de leur grenier et de la toiture peut s’enflammer d’une minute à l’autre.

Inondation 1910

Dehors, les habitants du village, voisins de 250 mètres ont accouru et les secours s’organisent pour sauver le malheureux couple. Messieurs François CHAMPION, officier de sapeurs pompiers de Ducey et Henri PHILIPPEAUX se précipitent sur un bateau de sauvetage et luttent contre le courant. Ils parcourent une centaine de mètres pour arriver devant les restes du moulin.

Inondation 1910 N°3

Soudain, en une seconde, l’embarcation sombre et les deux hommes sont précipités dans le torrent qui les emporte dans la prairie voisine. Mais les deux hommes réapparaissent. PHILIPPEAUX ressaisit les cordages du bateau, revient à la nage et s’accroche à un petit arbre, tandis que CHAMPION lutte face au courant. Le bateau amarré, ils ne se découragent nullement, remontent dedans et le vident à la main. Ils parviennent enfin à lancer une corde que PIGEON réussit à attraper. Ce dernier tire de toutes ses forces pour attirer le bateau vers lui, avec à bord PHILIPPEAUX. Mme PIGEON apparaît, suspendue et glissant le long du mur de son moulin. Son mari l’aide à regagner l’embarcation et ils embarquent ensemble.

Tout à coup, l’amarre se rompt et le bateau est emporté par le courant de la Sélune. PHILIPPEAUX, dans un ultime effort, parvient à faire pivoter la barque à temps et à regagner la rive, tous sains et saufs.

 Cet acte de courage va être récompensé quelques mois plus tard. Sur la proposition du sous-préfet, le préfet de la Manche accorde par arrêté du 24 avril 1847, une gratification de 100 fr, à titre de récompense, à François PHILIPPEAUX de Ducey,

« pour la belle conduite et le généreux dévouement qu’il a montrés dans la nuit du 15 au 16 février, en opérant le sauvetage des époux PIGEON dont l’habitation avait été détruite par les inondations de la Sélune ».

Le préfet a demandé également une médaille d’honneur en argent pour le sieur CHAMPION qui a partagé tous les dangers avec PHILIPPEAUX et qui n’est pas à son premier acte de courage. Ce dernier va recevoir la médaille bien méritée, le 6 décembre suivant.

 Source :

Journal de l’Avranchin, 2 mai 1847.

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