Pierre-Michel GOURLET DIT L’ÉCUREUIL ou la retraite discrète d’un colonel chouan à Ducey

Le 3 avril 1847, à 7 heures du soir, Anne Cécile JUSTON née en la commune de Pannecée (arrondissement d’Ancenis en Loire-Atlantique), s’éteint à son domicile de Ducey à l’aube, de ses 75 ans.
Son mari Pierre-Michel GOURLET, chevalier de l’ordre de Saint Louis en retraite à Ducey, se retrouve seul, dans sa maison du bourg, avec tous ses souvenirs.
Avec son épouse, il habitait la commune depuis juin 1836 « pour divers motifs d’intérêts et de santé[1] » et y avait terminé ses mémoires le 25 août 1848, dans une grande discrétion.  Ces dernières avaient été commencées trente ans auparavant et nous révèlent la vie rude d’un chef chouan qu’il était, entre 1794 et 1799.

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Acte de décès de Anne Cécile Juston.

Naissance de la chouannerie 

Jeune bourgeois né à Paris le 9 juin 1771, GOURLET a été le témoin oculaire des révoltes dans la capitale en avril 1789 et notamment de la prise de la Bastille :

« je n’arrivai près de celle-ci que pour voir le plus affreux spectacle, le massacre des malheureux invalides qui avaient dû obéissance aux ordres de leur commandant. Le gouverneur lui-même M. DELAUNAY devient le prisonnier des vainqueurs qui le conduisirent avec une horrible férocité de mutilations jusqu’à l’Hôtel de Ville dans lequel cependant il n’entra pas, car ses bourreaux le pendirent à une potence, support de réverbères sur la place de Grève, réverbère où d’autres victimes furent immolées à la rage des assassins soldats (…) ».

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En tant que garde national révolté par les premières violences de la Révolution, GOURLET décide de prendre des distances par rapport à cette Révolution qu’il déteste et quitte la capitale pour la région d’Ancenis.

« La manifestation de mon dévouement au Roi m’avait fait des ennemis et j’avais déjà couru des dangers, lorsque des intérêts de famille m’appelèrent à quitter Paris le 12 septembre 1790 pour me rendre dans la Bretagne à peu de distances de Nantes ».

 Les événements hostiles à la noblesse et au clergé le rattrapent.

« Une troupe de paysans armés vinrent pour m’arrêter comme dépositaire d’archives de leur ancien seigneur. Je fus prévenu à temps mais non pour être empêché d’être dépouillé par eux de tous mes effets mobiliers. Ils me pillèrent, j’eus à regretter une assez bonne bibliothèque. Réduit à me cacher, je devins errant et déguisé en paysan, je parcourus les campagnes (…).accompagné d’un assez gros chien-loup d’une fidélité à toute épreuve »

 Après quelques temps d’incarcération dans la prison d’Angers en compagnie du Prince de TALMONT[2], GOURLET profite de l’entrée de l’armée des vendéens dans la ville pour se sauver. Il s’engage alors dans l’armée royale et participe aux premières insurrections de mars 1793. Il fait la campagne de la Galerne et passe par PRECEY pour se rendre à GRANVILLE avant de se replier sur DOL DE BRETAGNE.

Ensuite « une longue vie de malheurs, d’aventures allait commencer pour tous, et pour moi en particulier ».

GOURLET se fixe dans la paroisse de Pannecé

Au commencement de 1794, Gourlet soulève le pays de Saint-Mars-la-Jaille.

Le printemps 1794, avait amené le réveil de la rébellion des jeunes gens dans les campagnes de tout l’Ouest. La Convention en fournit l’occasion en décrétant une nouvelle levée de troupes pour aller à la frontière. Ce fut une nouvelle poussée de colère parmi les jeunes menacés par la conscription. Refusant alors de partir, ils vinrent se joindre aux survivants des compagnies bretonnes, sortis de leurs cachettes et formèrent assez rapidement des petits groupes de rebelles de plus en plus actifs. On les appela les Chouans et la police les qualifiait de brigands[3].

 Le 7 juin 1794, (19 prairial de l’an II), 300 chouans submergèrent la localité de Riaillé et y massacrèrent une trentaine de personnes. Pierre Michel GOURLET est le seul chouan à revendiquer la responsabilité de ce massacre. Il est hébergé, à l’époque, par sa future belle-mère Madame JUSTON (Anne-Rose POULLAIN), à la maison de la Rivière à Pannecé.

 Passé 1795, GOURLET est partisan de la paix (il est l’un des signataires des traités de La Mabilais). Il  se marie avec Anne Cécile JUSTON à Saint-Mars-la-Jaille entre deux attaques le 18 janvier 1796. Dès le lendemain, il part rejoindre l’état-major et sa femme

« dans les habitudes de son caractère n’en demeura ni surprise, ni effrayée dit à sa tante : « eh bien demain, on verra que je n’ai pas privé l’armée d’un bon défenseur du roi » ».

Mariage GOURLET

Acte de leur mariage du 18 janvier 1796.

Il  vit en liquidant ses propriétés et espère le retour du roi, en acceptant la paix honorable de Napoléon.

 Fait chevalier de Saint Louis en avril 1796, il dépose les armes en mai 1796.

 Son épouse va lui donner deux fils ; Pierre  Anne GOURLET[4], Capitaine de Marine (né le 9 février 1800 – décédé le 28 juin 1850), officier de cavalerie et Louis Emmanuel GOURLET[5], Médecin, né vers 1806 à Pannecé, décédé le 12 septembre 1849 à Avranches.

Tous les faits d’armes auxquels il a pris part, sont décrits dans ses précieuses mémoires.

Une retraite décevante

 Après la dissolution de l’armée vendéenne à la fin de la troisième guerre de Vendée, GOURLET se trouve désœuvré et écrit :

« Il est des hommes auxquels on doit demander compte de leur fortune, moi je dois m’imposer de rendre celui de mon infortune. ».

Une occupation va s’offrir ensuite : le classement de toutes les propriétés des communes pour l’assise et la répartition de l’impôt. Son dédommagement va lui permettre de placer ses enfants au collège d’Ancenis :

« Je m’occupais de mes enfants et suivais par le secours d’un journal à ma couleur les journées de gloire de Bonaparte, nouveau César ».

 Après l’abdication de Napoléon et l’avènement de Louis XVIII le 30 mars  1814, GOURLET se sent désabusé.

« Voilà un fait certain : à ceux des royalistes qui demandaient à entrer dans l’armée, on osait bien leur répondre ce que l’on a osé me répondre à moi-même : qu’il ne pouvait y avoir d’emploi pour ceux qui n’avaient pas pris de service sous l’empereur Napoléon. Non seulement dans les ministères mais à la cour même, on osait nous le dire ! ».

Au retour manqué de Napoléon, GOURLET a espoir de reprendre les armes :

« Nous ne savions bouder contre le bonheur de défendre et sauver notre roi » (…) « Il devint du devoir d’attendre ce moment d’un grand ensemble comme disait le Prince, mais ce moment n’arriva pas ».

Toutes ses démarches auprès de son entourage avaient été considérées comme un appel aux armes et des ordres furent donnés pour rechercher GOURLET activement :

« dans une fouille à mon domicile, un gendarme tient ce propos, qu’il serait assurer d’avoir la décoration de la Légion d’Honneur s’il pouvait me saisir vivant ou mort. Ce même homme manqua bien de gagner sa croix car je me trouvai cerné dans un petit village et, heureusement sans y être découvert, je me retirai sur la paroisse de Maumusson  (…)».

Le 7 juillet 1814, au retour du Louis XVIII

« les révolutionnaires conservent tous les emplois supérieurs civils et militaires et ne perdirent rien de leurs avantages dans les ministères et les administrations ».

GOURLET tente alors de rentrer dans la gendarmerie mais il échoue comme d’autres officiers

« peut-être parce que nous n’avions pas eu les moyens d’aller semer de l’or dans les bureaux des commis, trop souvent les seuls dispensateurs des dons des souverains ».

 Ensuite, GOURLET va réussir à reprendre le service militaire. Il est nommé lieutenant de la gendarmerie de Doullens dans la Somme puis à Vouziers dans les Ardennes.

 Le 10 juillet 1824 Louis XVIII lui accorde ses lettres de noblesse et GOURLET acquiert sa particule, mais il n’est pas indemnisé.

 Après avoir vécu à Rambouillet, on lui refuse son ancien grade de colonel mais il obtient en contrepartie,  le grade de «capitaine en premier de la première compagnie sédentaire de gendarmerie » à Riom dans le Puy-de-Dôme.

 Le 28 juillet 1830, son fils Louis épouse Julie FOUDRAS dans le quartier du Marais à Paris alors, en pleine Révolution. GOURLET écrit :

« Il y avait 33 ans et demi que je m’étais marié sous la fusillade de la guerre civile. Aurais-je pu penser en 1796 que le même sort serait réservé à un de mes enfants en 1830 ? ».

  En juin 1836, GOURLET et son épouse s’installent à Ducey, dans le but probable de se rapprocher de ses deux fils installés à Lolif et à Avranches.

Ils finirent leur vie sans fortune à Ducey. Après le décès de son épouse enterrée à Ducey en 1847, GOURLET quitte Ducey pour Avranches, chez son fils le docteur Louis GOURLET, rue du Puits-Hamel et s’éteint  le 18 février 1853 à l’âge de 81 ans. C’est son voisin le comte Charles Henri Ernest de FROTTE, qui va faire la déclaration de son décès en mairie d’Avranches.

Acte de décès Gourlet

Avec sa participation active à la guerre de Vendée et à la chouannerie, les mémoires de Pierre-Michel GOURLET restent aujourd’hui, un témoignage très important sur cette époque trouble. Ses contemporains ducéens ont-ils connu le passé de cet homme qu’ils ont cotoyé ? Nous l’ignorons à l’heure actuelle.

Sources 

Révolution, Vendée, Chouannerie, mémoires inédits 1789-1824 de Pierre-Michel GOURLET. Editions du Choletais, 1989.

http://chouannerie.chez-alice.fr/textes/hdr_10_massacre.htm

http://chouans-et-vendeens.forumgratuit.org/t47-pierre-michel-gourlet-dit-l-ecureuil

[1] Mémoires inédits 1789-1824 de Pierre-Michel GOURLET. 
Editions du Choletais, 1989, p.193.
[2] Antoine-Philippe de la Trémoille, prince de Talmont 
(1765 - 1794)
[3] http://chouannerie.chez-alice.fr/textes/hdr_10_massacre.htm
[4] Marié le 22 janvier 1828 à Versailles à Aglaé Charlotte de 
CHRISTEN (née le 23 août 1798 à Champagne-sur-Oise -1879 à Auray).
Le couple est domicilié à Avranches, rue dame Jeanne des Touches.
Le couple va donner naissance à Gaston, Charles, Marie, Xavier 
GOURLET, né le 20 février 1840 à Lolif. Employé en assurances, 
marié le 21 juillet 1862 à Saint-Cloud avec Aglaé, Léonie, 
Noémie DUPONT. Un autre enfant Anatole, Marie Joseph GOURLET,décèdele 11 octobre 1846 à l'âge de quatre ans.
[5] Il se mariera à Julie FAUDRAS. Le couple sera domicilié à 
Avranches, Rue du Pont.
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