Mise à jour d’une cachette pour prêtre réfractaire

Les ecclésiastiques hostiles à la Constitution civile du Clergé, lors de la Révolution, furent contraints de laisser leur place à des prêtres assermentés et durent s’exiler. Mais quelques uns préférèrent rester et entrèrent dans la clandestinité pour assurer le service pastoral. Nombreux sont ceux qui furent aidés par la population locale.

Des cachettes furent créées chez les habitants et les fermes environnantes afin d’abriter les prêtres et les vicaires insermentés. Ces derniers continuèrent à exercer en assurant les baptêmes, les messes, l’extrême-onction auprès des mourants mais également l’enseignement du catéchisme, et cela, en toute clandestinité.

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Cachette retrouvée dans une maison du bourg de Ducey

Début 2012, le propriétaire d’une maison située dans le bas de la Grande Rue de Ducey effectue des travaux dans cette maison et découvre derrière un mur d’une des pièces du 1er étage, des étagères dissimulées.

La cachette se situe entre le rez-de-chaussée et le 1er étage.

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La planche inférieure d’une des étagères, cache une trappe avec loquet interne dont la charnière est invisible sur le dessus.

 DSC08568Trappe fermée

Trappe ouverte   DSC08584

La trappe ouvre sur une cachette creusée dans l’épaisseur du mur.

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C’est un espace fermé, rectangulaire, pouvant abriter un homme assis puisqu’un siège a été confectionné. A hauteur de visage, deux trous ont été grossièrement percés pour laisser passer l’air extérieur. Ces deux ouvertures pour l’aération sont situées au niveau du pignon Est de la maison et sont invisibles de l’exterieur.

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Grace à un miroir, on peut visualiser la cavité située sous le  siège.


Pour qui la cachette était-elle destinée ?

C’est en fait, le bulletin paroissial  « L’Essor de Ducey et Les Chéris » (n°29, mai 1935) qui nous l’apprend. Un article intitulé « Ducey pendant la Révolution » nous révèle qu’un grand nombre de familles ducéennes donnaient asile aux prêtres réfractaires aux nouvelles idées révolutionnaires. Les nombreuses cachettes dans la commune y sont énumérées.

05 L'Essor 1935 a

 Sous la Révolution, le curé en place à Ducey est Louis-François PINOT. Né le 18 janvier 1743 à Poilley, il fut ordonné prêtre en 1767 et prit la cure de Ducey six ans plus tard. Refusant le serment devant la Constitution Civile du Clergé, il se cache sous le plancher de la maison de son père mais également chez Jean LERIVERAY, dit Petit-Champ, aux Îlots. Souvent MONDIN de la Godefroy également curé s’y retire également.

 Un nouveau curé constitutionnel est nommé. C’est Jean MOREL, prêtre de Saultchevreuil qui remplace PINOT. Il arrive à Ducey en avril 1791 mais il est très mal accueilli par la population. Il enregistre cependant les actes d’état civil jusqu’en mars 1793.

 Le vicaire de PINOT, Charles Antoine DELAROCHE (né le 30 mars 1752 à Ducey) avait, lui, prêté le serment constitutionnel. Populaire, il seconde dans un premier temps MOREL mais quelques mois plus tard, il se rétracte.

Le second vicaire de PINOT nommé Gabriel Jean-Marie CLERET (né à Ducey le 13 septembre 1762), quant à lui, avait suivi l’ex-curé en refusant le serment constitutionnel. Mais il reste à Ducey et continue à dire la messe, confère l’extrême-onction aux mourants et enseigne le catéchisme dans des granges.

 De nombreuses cachettes sont répertoriées dans l’article : à Cerisel, une autre chez Louis François LECHARPENTIER-DES-FONTAINES, cultivateur (marié à Louise LEON), une chez l’apothicaire du bourg Louis LEPELTIER-LA-CROIX. Egalement, chez la famille AUMONT de la Rivière.

Dans ce même village situé au Sud Ouest de la commune, une vaste maison faisant office de grange et appartenant à François JUIN du bourg servit clandestinement aux offices et à l’instruction des enfants.

« JUIN avait fait faire deux clefs, l’une qu’il conservait  lui-même, l’autre confiée à l’un des habitants du village, pour que les prêtres fidèles puissent en célébrer la messe. Si les patriotes venaient perquisitionner, on les envoyait au bourg chercher la clef et pendant ce temps, si besoin était, on y entrait par une ouverture secrète pour y remettre tout en ordre ».

Même un ardent révolutionnaire nommé COSNIER donnait souvent asile à CLERET qui continua à tenir les registres d’état civil.

 L’émigration des ecclésiastiques commence et va s’accélérer après le 27 juillet 1792, date à laquelle l’assemblée législative décrète la confiscation des biens des émigrés. Ces derniers sont condamnés à mort et les biens vendus au profit de la nation.

 PINOT s’enfuit à Jersey suivi de son vicaire DELAROCHE pour rejoindre les 3 000 ecclésiastiques réfugiés. Ils resteront par la suite ensemble. CLERET reste sur Ducey. Il avait toute la sympathie des habitants tout comme LEHARDELEY qui n’émigra pas. Longtemps caché, CLERET dut se résoudre à prendre le chemin de l’exil. Mais il rentre en 1797 et se cache ensuite au village de la Rivière et des Îlots chez les familles DEGUETTE et AUMONT. Le 14 février 1800, il rouvre les portes de l’église de Ducey et y dessert la cure jusqu’au retour de PINOT et de DELAROCHE l’année suivante.

 Si la cachette était bien destinée aux prêtres réfractaires, à qui appartenait la maison abritant cette dernière et située actuellement dans la Grande Rue ?

L’apothicaire Jean-Louis LEPELTIER, propriétaire ?

Jean-Louis LEPELTIER est né le 17 avril 1761 à Ducey. Il est le fils de Jean-Louis LEPELTIER LA CROIX et de Anne JAVOT. A son baptême, il est nommé par Jean Pierre DOSMONT, écuyer, sieur des Beauxlinges, assisté de Jeanne DODEMAN, femme de Thomas CARNET sieur de la Barbinière en Saint-Laurent-de-Terregatte.

Baptême LEPELTIER

Sa profession d’apothicaire est indiquée sur l’acte de décès de son voisin, Jean SAUVE décédé le 25 mai 1802, sur lequel il signe en tant que témoin.

 Plan-Ducey-001bis

Les matrices castrales du plan napoléonien de LEPENNETIER, conservées en mairie et datant de 1831, citent le n°37 comme maison, propriété des héritiers de Jean-Louis LEPELTIER et les bâtiments autour comme propriété d’un Xavier LEPELTIER, docteur médecin (n°36, 38,39,40 et 41). Cette maison correspond bien à celle de l’actuelle propriétaire dans laquelle la cachette a été retrouvée.

 Cette maison a donc bien appartenu à Jean-Louis LEPELTIER cité plus haut comme ayant caché CLERET et d’autres prêtres réfractaires. Le pharmacien décède le 7 avril 1825 à l’âge de 64 ans :

Décès LEPELLETIER Décès LEPELLERTIER2

… et sera revendue plus tard à un autre pharmacien.

Ainsi, le mystère de la cachette de la Grande Rue a été élucidé. Elle a très certainement abrité le vicaire CLERET et peut-être d’autres prêtres sous la Révolution.
Il reste peut-être encore d’autres caches à découvrir, alors, restez vigilant, et contactez-nous si votre maison abrite un tel abris historique !

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