Un meurtre sous le Directoire

Le 25 prairial de l’an VII (13 juin 1799), le corps sans vie de Jean AUVRAY est découvert  vers les 9 :00 du matin, au village des croix grasses, en la commune de Saint Quentin. Il a été assassiné.

Qui était Jean Auvray ?

Jean AUVRAY est né à Ducey. Il est le fils de feu René AUVRAY et de Anne DESPART. Partisan des nouvelles idées révolutionnaires, il est commissaire du Directoire exécutif  près de l’administration du canton de Ducey.

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Il est chargé de surveiller et de requérir l’exécution des Lois. Ses droits, ses devoirs et ses fonctions sont déterminés par un nombre considérable de Lois, d’Arrêtés du Directoire et de Lettres ministérielles. Il a prêté le serment civique.

Le procès verbal du juge de Paix

François DUVAL juge de Paix du canton de Ducey, est dépêché sur les lieux du crime pour rédiger le procès verbal dont voici la transcription :

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« L’an VII de la République française, une et indivisible, le 25 prairial, sur les 09h00 du matin,

Nous, rené François Duval, juge de paix, officier de police judiciaire du canton de Ducé, département de la Manche, sur l’avis qu’il nous a été donné qui s’était commis en la commune de Saint Quentin un meurtre, étant accompagné du citoyen François Delaroche, officier de santé… en la commune de Ducé dont nous avons requis l’assistance à l’effet d’être en sa présence, procède aux opérations ci après et dont nous lui avons fait connaître l’objet pour y visiter le particulier mort ; nous nous sommes transportés au lieu des Croix Grasses, proche de la pièce de terre appartement au citoyen Léonard Trochon situé en la commune de Saint Quentin ou étions arrivés, nous avons requis les citoyens Guillaume Lechartier, Louis Tesnière, Jean Baptiste Lavolley, Jean Duval, Charles Hirou Chartrie, Auguste Tesnière et Pre ? Prével, gardes nationaux présents de faire perquisitions dans tous les endroits ou maisons où on soupçonnerait qui pouvaient s’être réfugiés les auteurs ou complices de ce délit. Ce qu’ils ont fait sans avoir rien pu découvrir, nous avons et fait remarqué qu’autour du corps mort et y avait des traces de sang et qu’il était exposé sur la route de Ducé à Avranches, à l’endroit des croix grasses proche de la pièce du citoyen Léonard Trochon, nous avons ensuite examiné ledit corps mort pour être celui du citoyen Jean Auvray commissaire du directoire exécutif par ladite municipalité du canton de Ducé ; après quoi, nous avons requis le citoyen Delaroche officier de santé  d’en faire la visite à l’instant ce quoi procédé ledit citoyen Delaroche a remarqué que le parcipat du côté gauche était totalement emporté, un épanchement considérable de sang et la substance du cerveau presque entièrement détruite, accident qui lui a occasionné une mort prompte et qui a été causée par un coup d’arme à feu.

Desquelles déclarations, il résulte que le dit citoyen Jean Auvray commissaire, est mort de mort violente et qu’il a été tué par une arme à feu, en conséquence et attendu que la cause de sa mort est connue et que tous les actes de recherches à cet égard seraient inutiles, nous avons déclaré que rien ne supposait à ce que ledit commissaire ne fut inhumé selon les formes ordinaires et nous ordonné sur la demande qui nous a été fait par l’administration  municipale du canton de Ducé que le cadavre dudit citoyen serait rapporté en la commune de Ducé et exposé dans le lieu des séances de ladite administration pour après être inhumé à ladite commune de Ducé selon l’usage ; de tout quoi nous avons rédigé et dressé le présent  procès verbal en présence de Jean-Baptiste Dupont, commandant du 2ème bataillon de la garde nationale du canton de Ducé, de Julien et Jean Léon, de Jacques Hardy, François Robin et d’Etienne Letimonnier, tous citoyens actifs de la commune de Saint Quentin qui ont signé avec nous… ».

Les répercussions

L’Administration municipale d’Avranches va signaler ce fait,  le 27 prairial, au Conseil des Cinq-Cents :

“Un nouveau forfait vient d’être commis dans nos parages : Le citoyen Auvray, commissaire du Directoire exécutif près l’Administration du canton de Ducey, dans notre département, toujours énergiquement prononcé pour la Révolution, toujours fidèle au gouvernement et à sa patrie, a été hier matin cruellement assassiné.

Ses fonctions, relatives aux contributions, l’ayant appelé sur la commune de Saint-Quentin, contiguë à celle de Ducey et à la nôtre, il a été assailli tout à coup par une horde de scélérats armés qui, à bout portant, lui ont fait  sauter le crâne, et il est tombé mort il leurs pieds.

 » Ah! citoyens Représentants, quel sort est réservé patriotes fonctionnaires ! Serait-il donc décidé qu’ils périraient tous !…

Que le gouvernement serait ainsi assassiné en détail ?…

Tous ces Crimes qui ensanglantent à flot le sol français, cette lutte d’opinions et de systèmes dans l’intérieur, n’auront-ils point un terme ? Il en est temps !
Votre adresse au peuple était digne de vous !… Déjà elle a répandu un baume consolateur dans l’âme des Républicains !… Mais, forts de nos principes et de nos serments, nous avons le courage de le dire, c’est ici, oui, c’est ici le moment plus que jamais de leur subvenir par ces grands moyens encore plus dignes de vous !… Il faut qu’en dépit des ennemis, des assassins du dehors et du  dedans, la liberté, l’égalité, la République et la Constitution de l’an III triomphent !

 » Pour cela… il faut relever, alimenter, soutenir l’esprit public, leur véritable appui malheureusement tombé dans un refroidissement  dont on ne se  pénètre pas assez… La rouille a gagné son grand ressort, prenons garde qu’elle ne le mine en entier !

Nous osons le demander : qui a soutenu, qui a, dans toutes les crises, sauvé la République ? Certes. nous osons aussi répondre que ce sont bien les Républicains !…Mais, si les Républicains ne sont pas eux-mêmes soutenus, protégés; s’ils ne trouvent pas dans leur dévouement pour la chose publique une sorte de prépondérance capable d’en inspirer à ceux en trop grand nombre qui trament, qui conspirent sans cesse pour sa destruction si, par un relâchement que l’expérience a toujours rendu funeste, les patriotes privés, comme les fonctionnaires, Ies partisans du nouvel ordre de choses, les sincères amis  de la Patrie, se trouvent,  par des motifs de prudence et de sûreté pour leur vie, contraints d’étouffer en eux-mêmes cette énergie salutaire qui dérive de leurs principes, alors on doit toujours craindre que ceux qui travaillent dans le sens de ceux qui nous sont opposés et qui, par le nombre et la perfidie prennent la supériorité, n’arrivent à leur but !

Voilà des vérités, citoyens Représentants ; elles se tirent de notre situation actuelle. Il est temps, nous ne pouvons trop le répéter, d’y apporter tous les grands remèdes qui sont en notre pouvoir, et ce grand peuple, que vous représentez, va les attendre avec une respectueuse impatience, de votre sollicitude fraternelle. Mais vous venez de l’en assurer de nouveau par des promesses et des serments augustes et solennels, et, de tous les périls comme de tous les dangers, vous sauverez le vaisseau de l’Etat.

Pour nous, la liberté ou la mort, telle fut et telle sera notre devise … Vive la République !

salut et respect”.

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