L’affaire de Saint Quentin (7 août 1799)

En cette année de 1799, de nouvelles levées d’hommes sont constatées dans l’Avranchin encouragées par des chefs chouans. Des faits se multiplient et sont relatés dans la correspondance échangée entre les administrateurs de la ville d’Avranches et les autorités supérieures. L’affaire de Saint Quentin-sur-le-Homme est largement commentée. 

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Le 20 thermidor an VII, à Saint-Quentin-sur-le-Homme, Jean-Baptiste GILBERT[1] laboureur, alors âgé de 51 ans s’apprête à prendre pour épouse, Jeanne Renée Marie MESNARD[2], une jeune fille de 27 ans originaire de Saint-Loup. Il vient chercher son futur beau-père Julien MENARD avec Pierre LECLERC un des convives. Sur le chemin, huit hommes armés de fusils et de pistolets surgissent devant eux les menaçant.

Ces derniers reprochent à Jean GILBERT et Pierre LECLERC d’avoir acquis des biens nationaux.

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A la tête des brigands, ils reconnaissent le chouan nommé François LEBRETON[3], âgé d’environ 26 ans. C’est un homme d’environ 1,67 m, ses cheveux sont bruns et crépus, ses yeux sont bleus. Son visage est large et maigre doté d’un menton long tout comme son nez un peu bossu. Né à Saint-James, il ne lui reste que sa mère blanchisseuse. Il avait précédemment servi dans le 9ème régiment de hussards à cheval de la République mais avait été dégradé en l’an III pour embauchage. Il est « le célèbre Lebreton de Saint-James, qui se vantait d’avoir immolé de sa main plus de 200 républicains[4] ».

Entre autres, un dénommé BELLE ROSE et un certain CHAUVOIS sont à ses côtés.

Après avoir fortement chahuté ledit GILBERT, les brigands se retirent dans le cabaret du bourg, n’ayant pas remarqué la fuite de Pierre LECLERC. Celui-ci court à travers champs pour informer le détachement de volontaires de la 4ème demi-brigade d’infanterie cantonné dans la commune de Saint-Quentin. Le commandant AUSSENAC, chef de bataillon et ses hommes partent immédiatement en expédition et suivent LECLERC. Apercevant une sentinelle placée par les brigands, PATON, lieutenant de la 2de compagnie du 1er bataillon de la 4ème demi-brigade, se jette seul, à corps perdu, sur les blancs. Il réussit à contenir les chefs LEBRETON et BELLE-ROSE après avoir lutter contre eux à coups de poignards. Le détachement accourt et  fait justice en tirant sur les brigands.

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LEBRETON tombe sous les coups avec les autres hommes et BELLE-ROSE, blessé, réussit à s’enfuir dans la panique générale. CHAUVOIS, quant à lui, se rend.

Après s’être assuré de la mort de LEBRETON, on le fouille et on retrouve un portefeuille contenant son brevet de chef de division, signé du comte de RUAYS[5], chevalier de Saint-Louis avec la fleur de lys ainsi que plusieurs lettres susceptibles d’intéresser les autorités républicaines.

Le corps du brigand est amené à Avranches où il est déposé sur le pavé de l’écurie de l’Evêché, rue de la Liberté. Louis COUPARD, juge de Paix et officier de police judiciaire d’Avranches, assisté du greffier Charles ARAGON, constate les blessures par balles notamment au bras droit[6]. Parmi les témoins, on retrouve Pierre Simon LECLERC et Jean-Baptiste GILBERT qui confirment l’identité de LEBRETON.

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Le dénommé BELLE-ROSE va être retrouvé mort vidé de son sang, le lendemain du drame, dans un champ de blé.

Quand à CHAUVOIS, il devait être envoyé à la commission militaire de Caen mais finira par être exécuté au pied de l’arbre de la Liberté à Avranches.

Biographie :

Maxime FAUCHON, « Le passage de l’armée vendéenne et ses suites ». Revue de l’Avranchin, N° 338, Tome LXVI, Mars 1989.

Félix JOURDAN, La Chouannerie dans l’Avranchin. 1907.

[1]   Fils de Guillaume GILBERT et de Barbe LEMOUSSU.
[2] Fille de Julien MESNARD et de Jeanne LANGLOIS de Saint-Loup, née le 5 juin 1772 à Saint-Loup.
[3] Fils de René LEBRETON et de Jeanne GAUTIER, demeurant Rue Saint-Jacques à Saint-James. Son père est décédé depuis le 22 avril 1780, sa mère est blanchisseuse.
[4] Félix JOURDAN, La Chouannerie dans l’Avranchin.1907
[5] Le comte de Ruays chargé plus spécialement de rassembler les 
volontaires de l'Avranchin et de les rallier à l'armée de Frotté.
[6] Cf. Procès verbal dans les registres d’Etat civil de la ville 
d’Avranches, Thermidor an VII.
[7] De la Sicottière, Louis de Frotté et les incursions normandes. 1889, T.II, p.263.

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