André TROCHON, comédien du Roy


Belleroche

Vie de cocagne…Jamais je ne vis tant de bonté, tant de franchises, ni tant d’honnêteté que parmi ces gens-là, bien dignes de représenter les princes sur le théâtre ».

Assoucy, poète burlesque parlant de la troupe de Molière à Pézenas.

Comédien

Nous ignorons tout sur la vie normande d’André Trochon si ce n’est qu’il est né à Marcilly vers 1630-1640. Qui étaient ses parents ? Les actes paroissiaux de la commune ne sont pas assez précis sur l’identité des déclarants et le nom de TROCHON étant trop répandu, il est presque impossible, sans archives extérieures, de rattacher André TROCHON  à quiconque.

Pourquoi et dans quelles circonstances va-t-il quitter sa Normandie natale ?
Cela reste un mystère.

Le 5 avril 1664, on trouve la première trace d’André TROCHON à Paris, dans un contrat  passé chez  Maître Turquet. On y apprend qu’il est  l’époux de Claire LE ROY et qu’il s’engage dans une troupe de comédiens fondée par son beau-père Nicolas LE ROY, sieur de La Marre :

Ces troupes s’organisaient en général à Paris autour de Pâques, lors de la morte-saison théâtrale. Elles comprenaient chacune une dizaine de comédiens et, comme dans celle de Nicolas LE ROY, un décorateur. Les acteurs se déplaçaient en famille.

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Nous ne savons rien sur Claire LE ROY si ce n’est qu’elle est la fille de Nicolas LE ROY et de Simone de la Chappe. André Trochon part donc, avec son épouse et sa belle famille, représenter la comédie en province, comme le font de nombreuses autres troupes théâtrales  telles que celles de Floridor, Filandre ou encore Molière à cette époque.

La vie de cocagne…

La troupe prend la direction de l’Ouest et se rend à Nantes où elle est bien présente le 25 mai 1664. En général, les comédiens s’installent dans un « hôtel » ou dans les tripots (lieux disposés au jeu de paume) pour donner des représentations, puis, ils reprennent les chemins de province.

Une troupe de comédiens arrive dans la ville du Mans (incipit du roman)

« Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu’il ne voulait. Si ses chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d’un demi-quart d’heure ; mais, au lieu de tirer de toute leur force ils ne s’amusaient qu’à faire des courbettes, respirant un air marin qui les faisait hennir et les avertissait que la mer était proche, où l’on dit que leur maître se couche toutes les nuits. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans. Cette charrette était attelée de quatre bœufs fort maigres, conduits par une jument poulinière dont le poulain allait et venait à l’entour de la charrette comme un petit fou qu’il était. La charrette était pleine de coffres, de malles et de gros paquets de toiles peintes qui faisaient comme une pyramide au haut de laquelle paraissait une demoiselle habillée moitié ville, moitié campagne.

 Un jeune homme, aussi pauvre d’habits que riche de mine, marchait à côté de la charrette. Il avait un grand emplâtre sur le visage, qui lui couvrait un œil et la moitié de la joue, et portait un grand fusil sur son épaule, dont il avait assassiné plusieurs pies, geais et corneilles, qui lui faisaient comme une bandoulière au bas de laquelle pendaient par les pieds une poule et un oison qui avaient bien la mine d’avoir été pris à la petite guerre. Au lieu de chapeau, il n’avait qu’un bonnet de nuit entortillé de jarretières de différentes couleurs, et cet habillement de tête était une manière de turban qui n’était encore qu’ébauché et auquel on n’avait pas encore donné la dernière main. Son pourpoint  était une casaque de grisette ceinte avec une courroie, laquelle lui servait aussi à soutenir une épée qui était aussi longue qu’on ne s’en pouvait aider adroitement sans fourchette. Il portait des chausses troussées à bas d’attache, comme celles des comédiens quand ils représentent un héros de l’Antiquité, et il avait, au lieu de souliers, des brodequins à l’antique que les boues avaient gâtés jusqu’à la cheville du pied.

Un vieillard vêtu plus régulièrement, quoique très mal, marchait à côté de lui. Il portait sur ses épaules une basse de viole et, parce qu’il se courbait un peu en marchant, on l’eût pris de loin pour une grosse tortue qui marchait sur les jambes de derrière. Quelque critique murmurera de la comparaison, à cause du peu de proportion qu’il y a d’une tortue à un homme ; mais j’entends parler des grandes tortues qui se trouvent dans les Indes et, de plus, je m’en sers de ma seule autorité. revenons à notre caravane.

Elle passa devant le tripot de la Biche, à la porte duquel étaient assemblés quantité des plus gros bourgeois de la ville. La nouveauté de l’attirail et le bruit de la canaille qui s’était assemblée autour de la charrette furent la cause que tous ces honorables bourgmestres  jetèrent les yeux sur nos inconnus. Un lieutenant de prévôt, entre autres, nommé La Rappinière, les vint accoster et leur demanda avec une autorité de magistrat quelles gens ils étaient. Le jeune homme dont je viens de parler prit la parole et, sans mettre les mains au turban, parce que de l’une il tenait son fusil et de l’autre la garde de son épée, de peur qu’elle ne lui battît les jambes, lui dit qu’ils étaient français de naissance, comédiens de profession ; que son nom de théâtre était Le Destin, celui de son vieux camarade, La Rancune, et celui de la demoiselle qui était juchée comme une poule au haut de leur bagage, La Caverne. Ce nom bizarre fit rire quelques-uns de la compagnie (…) »

 Paul Scarron, Le Roman comique, 1651

Arrivée troupe au MANS

 Le 30 avril 1666, André TROCHON est présent à AGEN au baptême de Marie Angélique HILARET, la fille des comédiens Jean HILARET dit BONCOURT et Marie BIET. Sa signature est enregistrée sur l’acte aux côtés de des Essarts, un autre comédien.

Signature André Trochon

Le 30 mars 1671, il entre dans la troupe de Monsieur, le frère unique du roi Philippe d’Orléans. Son épouse l’accompagne et l’année suivante, ils sont au Havre. Claire accouche d’un fils prénommé Claude.

L’année suivante, nous les retrouvons dans la fameuse troupe de Charles de SOULAS dit FLORIDOR, fondée le 23 mars 1673. En septembre de l’année suivante, il est à ANGERS puis se rend à Nantes où il perd son fils Claude le 1er octobre. Son acte de décès de la paroisse SAINT-NICOLAS est particulièrement riche en renseignements, dans la mesure où il atteste bien le lieu de naissance d’André TROCHON « natif de la paroisse de Marsilly, Evêché d’Avranches en Basse Normandie (…) arrivé d’hier  de la ville d’Angers, en cette ville à la Fosse de Nantes (…) ».

Inhumation Claude TROCHON

Le 28 mai 1676, André TROCHON est toujours à Nantes. Il y fait baptiser sa fille Françoise. Le 30 mars 1677, il entre avec sa femme, dans la troupe de Nevers qui est présente à La Rochelle puis dans celle de Nicolas Le Gentilhomme le 17 mars 1678.

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Essai de reconstitution du parcours d’André TROCHON

Trochon Beaubourg…

Nous perdons ensuite la trace d’André Trochon peu de temps après, probablement décédé. Mais il laisse derrière lui un fils, l’aîné de ses enfants, nommé Pierre TROCHON dit BEAUBOURG, né vers 1662, connu pour être comédien et bourgeois de Paris.

Le 14 juin 1694 à Paris, Pierre TROCHON épouse en la Paroisse St-Nicolas-des-Champs, Louise Geneviève PITEL, fille aînée de Jean PITEL moucheur de chandelles et de Jeanne BEAUVAL. Cette dernière avait été la femme de Jacques BERTRAND en 1683, un barbier perruquier ami de son père, puis, celle de François DESHAYS deux ans plus tard. Ce dernier laisse Louise PITEL veuve à l’âge de 28 ans.

Née à Lyons en 1665, elle avait pour sœur Jeanne Catherine PITEL filleule de  MOLIERE. Louise avait embrassé la carrière de comédienne comme ses parents. D’après la critique de l’époque, elle est laide et sans talent contrairement à sa mère qu’on nomme la BEAUVAL. A l’âge de huit ans, MOLIERE lui avait donné le rôle de Louison dans le Malade Imaginaire  en 1673.

Pierre BEAUBOURG débute dans la troupe de la rue Guénégaud sans beaucoup d’éclat, essayant tant bien que mal de remplacer le célèbre BARON. Le comédien est connu, sous le nom de Lecomte, depuis Ia rentrée de Pâques, en 1680.

Comédien de la Comédie française

« Grand comédien, dit-on, avec de grands défauts. Successeur de Baron (en retraite en 1691) dont il n’avait ni la beauté, ni la grâce, ni la noblesse, Pierre Trochon, qui se  disait sieur de Beaubourg, pour obéir à  une coutume établie au théâtre, débuta dans la tragédie, le 17 décembre 1691, par Nicomède, et malgré son peu de talent acquis, fut reçu le 17 octobre 1692,  lorsque la comédie eut essayé trois tragédiens encore moins bons que lui. Il n’avait que vingt-neuf ans  quand il parut pour la première fois sur la scène  française; plus tard, le public reconnut que l’indulgence est une bonne conseillère. On lui tint  compte de quelques qualités qui grandirent avec le temps, et s’il ne put faire oublier Baron, il sut d’abord se faire accepter, puis se faire applaudir, aimer, et, à Ia fin, regretter. Quand il prît sa retraite, en 1718, on convint qu’il avait été un acteur remarquable, un comédien habile ».
Augustin JAL, Dictionnaire critique de biographie et d’histoire. 1867.

Acteur de La Comédie-Française vers 1692, Pierre TROCHON succède donc à Baron, qu’il ne parvient pas à faire oublier. « Son jeu était outré ; et l’on disait que c’est d’après lui que Le Sage a tracé ce portrait dans Gil Blas : « Vous devez être charmé de celui qui a fait le personnage  d’Enée. Ne vous a-t-il pas paru un grand « comédien, un acteur original ? Fort original, « répondit le censeur : il a des tons qui lui sont particuliers, et il en a de bien aigus. Presque  toujours hors de Ia nature, il précipite les paroles qui renferment le sentiment, et appuie sur les autres. Il fait même des éclats sur conjonctions, ll m’a fort diverti, et particulièrement lorsqu’il exprimait à son confident la  violence qu’il se faisait d’abandonner sa princesse. On ne saurait  témoigner de la douleur plus comiquement. ».
Lemaurier, Gal. hist, des act. du Théâtre-Français.
Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours (Volume 3-4)

Le 22 février 1694, on retrouve Pierre TROCHON avec plusieurs de ses camarades comédiens : Charles CHEVILLE sieur de Champmeslé, Jacques RAISIN, Barthélémy GOURLIN, Jean GUYOT et François DUPERIER. Ensemble, ils déposent une plainte contre les dénommés DUFORT et GARSON qui étaient à leur service mais qui ont vendu et dissipé tous les meubles et objets de l’hôtel appartenant à tous les comédiens plaignants. L’hôtel en question est celui de la Comédie Française situé dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés.

Pierre TROCHON fait un triomphe dans le rôle de Valère dans Le Joueur. Il se fera également remarquer dans le rôle de Léandre dans le Distrait. Il paraît pour la dernière fois le 3 avril 1718 dans Polyeucte dans lequel il joue le rôle de Sévère. Pierre reçoit sa retraite avec la pension ordinaire de 1 000 livres dont il jouit jusqu’à sa mort le 27 décembre 1725.

Mercure de France,1725.

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