Marcilly, assassinat de Charles GRIMBOT

L’assassinat de Charles Grimbot

Marcilly n’échappe pas aux exactions et méfaits habituellement commis pendant les périodes troubles d’une révolution.

C’est le cas, par exemple, le 17 Pluviôse AN III (5 février 1795) : le citoyen Charles GRIMBOT est retrouvé assassiné à son domicile.

Événement jugé très important car le procès verbal de l’enquête, dressé par le juge, a été consigné dans son intégralité dans le registre d’état civil.

Le membre du conseil général de la commune, François BERNARD en assure la retranscription..

  Aujourd’hui dix sept Pluviôse, l’An trois de la République Française une et indivisible, à deux heures après-midi, par devant moi François Bernard membre du conseil général de la commune de Marcilly, élu le vingt six décembre mil sept cent quatre vingt douze, pour dresser les actes destinés à constater les naissances, mariages et décès des citoyens, est comparu en la maison Commune, le citoyen René François Duval, juge de paix et officier de police du canton de Ducey, demeurant en la commune de Ducey, lequel assisté du citoyen Pierre Davy âgé de viron trente ans, de Julien Cleret âgé de viron quarante sept ans et de Marguerite Le Prieur veuve de Julien Davy, âgée d’environ soixante ans, tous laboureurs et domiciliés en la commune de Marcilly, a déclaré à moi, François Bernard, qu’ayant été instruit qu’il avait été commis un meurtre sur la personne du citoyen Charles Louis Joseph Grimbot Dugué, commandant en second le bataillon du canton de Ducey, à son domicile situé au lieu de la Crécherie en cette commune de Marcilly, il s’était transporté audit lieu et y avait rédigé le procès verbal dont la teneur suit :

Ma_Grimb_lieu exact du crime

 » Du dix sept Pluviôse troisième année de la République Française une et indivisible, nous René François Duval, juge de paix et officier de police du canton de Ducey, sur l’avis à nous donné que le quinze du présent, viron six heures et demie du soir, plusieurs particuliers se sont introduits dans la maison du citoyen Grimbot Dugué, située en la Commune de Marcilly, où ils ont commis un meurtre sur sa personne et tout emporté avec eux, plusieurs armes, linges et hardes.

Nous nous sommes en conséquence transporté audit lieu, étant accompagné

– des citoyens Jacques Trochon officier municipal et Charles Mazier agents nationaux de la dite commune de Marcilly dont nous avons requis l’assistance, à l’effet d’être en notre présence procédé aux opérations ci-après dont nous leur avons fait connaître l’objet,

– et de Gabriel Le Prieur chirurgien demeurant à Quentin sur le Homme aussi requis de se trouver audit lieu pour y visiter le particulier mort dont est mention, lequel chirurgien a presté en nos mains le serment de procéder en son âme et conscience à la dite visite et de déclarer la vérité, 

– où étant entrés nous avons requis les citoyens Jean Chermey, Michel Moutuot, Jean Goubin, Matturin Montecot et Noël Bretier, volontaires amenés exprès avec nous, de garder les portes de la dite maison afin que qui que ce soit ne s’en éloigne sans notre permission jusqu’à ce que nous ayons procédé aux opérations qui font le sujet de notre transport .

De suite nous avons fait faire perquisition dans ladite maison, sans avoir pu rien découvrir, nous sommes ensuite rentrés dans la sale(sic) ou cuisine de la dite maison où était le corps mort que nous avons trouvé exposé dans la dite sale sur un fauteuil.

Nous avons ensuite requis ledit Prieur chirurgien d’en faire la visite à l’instant, à quoi procédant le dit Prieur a remarqué que le dit citoyen Grimbot Dugué pouvait être mort depuis vingt quatre heures d’un coup d’arme à feu situé à la partie

Ma_Grimb_-Instrument_de_chirurgie__2 postérieure du côté droit, à quatre doigts de l’épine, lequel coup a fracturé les trois cotes inférieures, s’est porté de derrière au devant et fracturé la clavicule du même côté, desquelles plages il a arraché une bale (sic) qu’il nous a remise, desquelles déclarations il a résulté que le dit Charles Louis Joseph Grimbot Dugué est mort de mort violente et qu’il a été tué par une arme à feu, en conséquence et attendu que la cause de sa mort est connue et que toutes autres recherches à cet égard seraient inutiles nous avons déclaré que rien ne s’opposait à ce que ledit corps fut inhumé suivant les formes ordinaires.

De suite nous avons visité la porte d’entrée de ladite maison, nous avons remarqué qu’elle avait été forcée et ouverte au moyen d’instruments tranchants tels que haches ou autres de cette nature, desquels nous avons comme plusieurs empreintes et coups qui ont fait sauter les verrous .

Visite faite de l’intérieur de la dite maison, nous avons remarqué que plusieurs armoires ont été ouvertes et qu’il a été pris plusieurs linges, hardes et effets ; et après avoir pris sur les lieux toutes les informations possibles à cet égard et n’ayant pu procurer aucune connaissance directe ni indirecte, sinon que c’était une troupe connue sous le nom de chouans, tous inconnus, qu’on nous a dit être habillés, la majeure partie en garde nationale.

Dont et du tout ce que dessus nous avons fait et rédigé à la maison dudit défunt le présent procès verbal que nous avons signé après lecture, le jour mois et an que dessus.

Signé Duval G. Le Prieur, officier de santé, Charles Mazier agent national, J. Trochon, officier

D’après la lecture de ce procès verbal que Pierre Davy, Julien Cleret et Marguerite Leprieur proches voisins dudit citoyen Charles Louis Joseph Grimbot ont déclaré être conforme à la vérité, je me suis sur le champ transporté audit lieu de la Crécherie en cette commune de Marcilly au domicile dudit Grimbot Dugué, je me suis assuré de sa mort et j’en ai dressé la présente que René François Duval juge de Paix, Pierre Davy et Julien Cleret ont signé avec moi, ladite Marguerite Leprieur ayant déclaré ne savoir écrire et signé.

Fait en la maison Commune de Marcilly les jour mois et an susdits (en interligne sept approuvé)Ma_Grimbot_meutre_signatures_actes_1795

 Commandant en second de la garde nationale, Charles Grimbot vit seul, dans une maison adossée à un chemin, à l’écart du bourg de Marcilly. Cet isolement explique pourqoi le meutre n’a été découvert que 24 heures après les faits.

La Garde nationale est le nom donné lors de la Révolution française à la milice de citoyens formée dans chaque ville ou commune. La commune de Marcilly est alors divisée en trois sections pour cette garde : la section du Mouillet, la section du Mée et la section des Forges. (on retrouve cette appellation dans certains actes d’état civil).

L’enquête est rondement menée par le juge Duval et les conclusions sont claires : l’homme est bien mort, d’un coup d’arme à feu, il y a au moins 24 heures, et ce sont les Chouans les auteurs puisque des bandes parcourent la campagne.

Le mort peut donc être inhumé.

Juge de paix de canton : En août 1790 est mis en œuvre une architecture judiciaire simplifiée s’appuyant sur les juges de paix dans les cantons. L’objectif est de mettre au service des citoyens une justice plus proche et efficace en particulier pour le réglement des litiges de la vie quotidienne. Accessible gratuitement, le juge de paix était présent dans chaque canton. L’accès à la fonction ne nécessitait aucune qualification particulière en droit, mais résultait d’un vote, puis d’une nomination. Dès lors, on retrouve principalement des personnes dotées d’une autorité morale et d’une situation sociale établies.

Il faut se rappeler que la région connait bien des viscissitudes durant ces années.

En 1794, la Poste, bien qu’escortée par des volontaires de Ducey, est attaquée par des Chouans. La même année, à Refuveille, non loin de là, un autre habitant de Marcilly est assassiné avec son fermier. Là aussi les Chouans sont accusés. Toujous en 1794, suite à une levée de 300 000 hommes, des troubles éclatent dans certaines localités et notamment à Marcilly. Un ex-noble de la commune, De Camprond, est accusé d’en être l’instigateur.

Dans la nuit du 13 au 14 novembre même année, l’arbre de la liberté de Marcilly est scié.

Le 17 brumaire (17 novembre 1794), cinq hommes armés de fusils, habillés en gardes nationaux, se disant volontaires du camp de Sacey, assassinèrent le citoyen Gauchet, maire de Vergoncey…

On peut donc comprendre la rapidité de l’accusation, tous les regards ne peuvent se porter que vers les Chouans.

Ma_Grimb_lieu du crime carte (FILEminimizer)

Mais qui est Charles Grimbot ?

Dès les premiers registres paroissiaux de Marcilly (début du XVII e siècle), le nom des « GRIMBOT » est présent. Schématiquement, deux grandes lignées se distinguent : les GRIMBOT issus de Pierre et Jeanne DESGRIPPES, établis à la Métairie, et les GRIMBOT issus de Jean et Marie TROCHON dont les GRIMBOT Dugué et les GRIMBOT Longchamps. On peut supposer que cette distinction entre Dugué et Longchamp est apparue au niveau des enfants Jean GRIMBOT/ Marie TROCHON car elle est présente dans les registres vers les années 1700.

Ce n’est que vers 1777 que ces registres paroissiaux citent le hameau de la Crécherie comme lieu de domicile des GRIMBOT Dugué. Pourtant il semble bien qu’ils y soient installés depuis longtemps.

En effet, il existe dans ce hameau deux linteaux, un de cheminée, l’autre de porte rappelant l’ancienneté de l’implantation de cette famille.

Ma_Grimb_Ma_linteau_Lebocey_1644 (FILEminimizer)

 Que faut-il lire :

Marin LEBOCEY, 1644 ? peut-être, sachant que Marin LEBOCEY. est relié à la famille Grimbot par Marguerite Grimbot en 1658 ;

M(aître) Louis BOCEY, 1644, 1677 ? Il y a bien eu un prêtre portant ce nom mais né en 1668, beau-frère de Marie GRIMBOT, épouse LeBocey.

En 1673, le mariage de Gilles GRIMBOT avec Jeanne LeBOCEY, dont descend le malheureux Charles GRIMBOT, ouvre d’autres possibilités sur l’origine de ce linteau.

Ce linteau prouverait que les familles LEBOCEY habitaient la Crécherie depuis, au moins, le milieu du XVIIe siècle.

Par le jeu des alliances, il s’est retrouvé dans la famille GRIMBOT.

Un deuxième linteau, plus explicite, atteste de l’ancienneté des GRIMBOT dans ce même village.

Ma_Grimb_Ma_linteau_P_GRIMBOT_1739 (FILEminimizer)

M(aître) P(ierre) GRINBOT P(rêtre) 1739

En effet, Pierre, vicaire puis prêtre à Marcilly décède en 1745. Il est le frère de Jean GRIMBOT Dugué, grand-père de l’homme assassiné.

Ce dernier, Charles GRIMBOT Dugué, épouse en 1776, Antoinette de CAMPROND, fille de Jacques et d’Éléonore JAN.

Le couple aura trois enfants un garçon qui ne vivra qu’un mois et deux filles. Antoinette, la mère, décédera quelques jours après la naissance de sa deuxième fille. Charles GRIMBOT ne se remariera pas.

Il semble bien que Charles GRIMBOT Dugué a, toute sa vie, vécu de son bien. Il est toujours indiqué sur les registres « propriétaire » ou « vivant de son bien ». On le retrouve souvent comme parrain et témoin à de nombreux mariages.

Une de ses tantes est marié avec Pierre TROCHON Coupigny, autre famille aisée proche de la Crécherie. Deux de ses oncles, Joseph et Jean sont prêtres. Joseph décédera en son domicile, à la Crécherie, Jean sera curé du Mesnil-Benoist, diocèse de Coutances.

Les De CAMPROND

D’ancienne noblesse mais peu argentée, sont établis à Marcilly depuis le XVe siècle mais ne sont possesseurs du fief principal que depuis le XVIIIe siècle. C’est dans le château de Marcilly qu’Éléonore JAN , la mère d’Antoinette mourut en 1791.

Les sœurs JAN
Éléonore JAN, épouse de Jacques De CAMPRON, beaux-parents de Charles GRIMBOT, eut au moins deux sœurs :
– Jeanne JAN, femme de Charles LEMAZIER. Leur fille Marie Magdeleine épouse André GRIMBOT Métairie.
– Charlotte JAN, femme de Jean LOQUÉ, du Mesnil-Ozenne. Un de leur petit-fils et un arrière petit-fils furent maires du Mesnil-Ozenne.

Antoinette de CAMPROND avait deux frères, tous les deux témoins à son mariage.

– Henri Jean, écuyer, sieur du Mée, mourut au château de Marcilly en 1790.
– Louis Jacques Léonor,son autre frère, lui aussi écuyer, se révéla un peu turbulent et un peu plus mystérieux ; nous n’avons ni sa date de naissance, ni la date de son décès.

Lors du recrutement militaire de 1793, des troubles se manifestèrent un peu partout dans la région et particulièrement à Marcilly. Les jeunes gens refusaient de s’entendre pour fournir des hommes. Louis De CAMPROND fut accusé d’en être responsable. Devant l’accusateur du tribunal criminel de la Manche, Louis De CAMPROND présenta de nombreux certificats prouvant qu’il y avait un malentendu, il voulait simplement s’entendre avec les jeunes gens pour fournir le contingent demandé. Ce qui arriva peu après grâce à ses conseils. Pour prouver sa bonne foi, il mit en avant les acquisitions de biens nationaux qu’il avait réalisées.

Il fut relâché. Mais un peu plus tard, il fut accusé de chouannerie et de nouveau arrête. Là aussi, il échappa à la guillotine.

Suite au meurtre de Charles GRIMBOT Dugué, Cudeloup dans sa « Monographie de Marcilly, 1935 » indique :

« Louis De Camprond ne fut point et ne pouvait être soupçonné au sujet de cet attentat. Pour lui aussi, il y avait danger de rester à Marcilly. Il est raconté, que vers ce temps il s’adressa à un fermier du nom de Vaudouer, dit-on, et qu’il lui proposa l’achat de ses terres moyennant un certain prix. Le fermier n’acquiesça pas au désir du propriétaire, mais dut lui remettre en argent ce qu’il possédait pour les fermages.

Un industriel du nom de Grimbot Métairie, plus fortuné et qui avait gagné de l’argent à distiller de l’eau-de-vie entra plus volontiers dans les vues de De Camprond et acheta les terres seigneuriales. Après une absence de quelques temps, il dut revenir à Marcilly. On sait que, saisi par les révolutionnaires de Mesnillard, il fut fusillé avec son fermier Jean Lebret, dans un champ situé à la limite de Reffuveille »

Effectivement, certaines listes donnent un De CAMPROND, de Marcilly, comme étant émigré. Est-il parti quelque temps ?

Certains indices font penser à Guillaume Julien GRIMBOT (futur maire de Marcilly), comme étant l’acquéreur des terres de De CAMPROND. L’âge correspond. Il est de la Métairie. Lors du mariage de sa fille Marie Louise en 1840, ils se feront appeler, lui et sa fille, GRIMBOT DUMEZERAY, affirmant ainsi une certaine assise sociale. De plus, son fils Adolphe décédera en son domicile, à La Cour, ferme proche du château de Marcilly

Ainsi fini Louis De CAMPROND, beau-frère de Charles GRIMBOT Dugué, assassiné.

Hélas, les registres du Mesnillard et de Reffuveille ne peuvent rien nous apporter de plus, ils furent détruits pendant cette période mouvementée.

Ma_Grimb_Ma_tribunal_revolutionnaire_gouache_Lesueur_ref_Historia_1992 (FILEminimizer)

Les filles du couple Charles GRIMBOT Dugué / Antoinette De CAMPROND.

Mises sous tutelle puis qu’orphelines, elles sont mariées dès leur dix-sept ans.

Jeanne Jacqueline, née en 1778, épouse en février 1796 Julien THEBAULT qui se fait dès lors appelé THEBAULT-GRIMBOT. Officier de Santé, propriétaire, il est, de 1833 à 1836, conseiller général pour le canton de Saint-James. A sa mort en 1840, en son domicile, rue Saint-Gervais à Avranches, il occupe un poste de conseiller municipal dans cette ville.

Jeanne Charlotte, née 1779, épouse en août 1797, Georges HEUZÉ CHAMPMORÉE, propriétaire. Après le décès de celui-ci, elle se remarie avec Jean César LEROUX DELAUNAY, avocat et juge suppléant.

Aparté : Malgré nos recherches, nous n’avons pas pu trouvé l’origine de ce nom de famille, les ouvrages consultés sont muets !


Pour plus d’informations sur la généalogie GRIMBOT GeneaVitheque

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