Le Vieux Pont, le temps de la construction

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Date de construction et marque du maître maçon

Séparant, en sa moitié, les communes de Ducey et de Poilley, le vieux pont enjambant la Sélune fête en cette année 2013, ses 400 ans.

Un pont de bois

Les origines poétiques du pont.

Jean Vitel, poète né à Poilley, attribue des origines mythologiques à la création de Ducey et du Vieux Pont.

« Dont elle (« il est question d’une Nymphe ») conceut un fils qu’ell’nomma Ducéon,
Qui fist après bastir en ces lieux le dongeon
Du chasteau de Ducé, dressant sur la rivière
Un pont pour aller voir la prairie ou son père
poursuyvit ceste Nymphe, et nomma ce terroir
Poill
ey, ou est le Fort de mon natal manoir:« 

Bien que merveilleux, ces écrits de 1588 attestent de l’existance d’un pont antérieur au pont actuel de 1613.

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 Très vieux tracé menant de la région parisienne à la Bretagne, le chemin, traversant les villages de Ducey et de Poilley, est une voie montoise de grande importance.

Empruntés par les Pèlerins se rendant au Mont Saint-Michel, le pont de Ducey-Poilley est le seul passage pour traverser la Sélune avant bien des lieues.

Pour en savoir plus sur la Sélune 

Proche de la fontaine de la rue au Coq , les pèlerins peuvent se désaltérer avant de poursuivre vers les gréves où de monter vers l’église toute proche.
Pour en savoir plus sur la rue du Coq

C’est également le passage obligé des troupes, des marchandises, du sel venant des salines de la Baie, de la tangue utilisée comme fertilisant…

D’où ses appellations diverses de « grand chemin montois », de « chemin montays » ou de « grand chemin du Roy ».

Édifié sur l’emplacement d’un gué, le pont est à l’origine un pont en bois. Un Miquelot allemand rapporte en 1499, dans les récits concernant son pèlerinage, la présence d’un pont de bois à la sortie du village de Ducey.

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Le pont de pierres actuel

Composé de sept arches, sa construction en pierre remonte, d’après les dates retrouvées à maints endroits sur le parapet, à 1613. Il est donc contemporain à l’édification du château et peut avoir bénéficier des ouvriers de ce dernier pour être érigé.

Sur une pierre du parapet est également sculpté ce qui semble bien être la signature du maitre maçon :

I V. MO2ICET ME MASŌ,

ce qui semble signifier

JV MOURICET, Maître MAÇON.

Malheureusement, aucun renseignement n’a été retrouvé sur ce maître maçon. De plus, ce nom n’est pas retrouvé dans les registres paroissiaux. Venant d’une autre province, travaillait-il sur un des autres chantiers de la région ?

Autour de 1613, année de construction

En France

Il y a maintenant trois ans (1610) que Ravaillac a assassiné Henri IV. La reine Marie de Médicis, mère du jeune et futur Louis XIII, assure la régence.
1613 voit la naissance de La Rochefoucauld, écrivain moraliste et mémorialiste et d’André Le Nôtre le plus important paysagiste de l’époque moderne.

Corneille n’a alors que sept ans. Molière, La Fontaine et Pascal naîtrons la décennie suivante.

Champlain part en exploration à partir du sault St-Louis vers le pays des Hurons, avec un guide indien et 4 Français.

Localement

C’est une période de grands travaux.

Gabriel II de Montgommery, ardent défenseur de la cause protestante, fait construire le château de Ducey. Les travaux se situeraient entre 1600 et 1622.

Gabriel II est marié depuis quelques années à Suzanne de Bouquetot, la fille du seigneur du Breuil-en-Auge. Ce mariage lui apporte, outre des terres dans le Calvados, une dote de 10 000 écus, complétant l’apport, sous forme de terre, de 12 000 écus de son frère ainé Jacques II de Montgommery.
Ce château devient la demeure familiale et assoit la puissance des Montgommery dans la région.

 Pour en savoir plus sur le château

En 1602, Jean Le Bailleul, né dans les environs, gouverne l’abbaye de Montmorel, à Poilley, avec l’agrément de Montgommery. Il est un abbé plein de zèle et bon pour ses moines. Il refait et enrichit l’abbatiale par des stalles, des boiseries, des orgues, ajoute de clochetons…L’édifice n’avait jamais été plus brillant.
Accusé de simonie avec Montgommery, Bailleul doit se retirer, en 1625, remplacé par un abbé commanditaire. c’est le dernier abbé régulier.

En 1613, c’est la construction du « vieux Pont » sur la Sélune.

On peut signaler également la construction d’un temple protestant au Chefresne (Manche), soulignant l’implantation importante du protestantisme dans la région.

S’il est toujours vivant, le poète local Jean VITEL, retiré à l’abbaye de Montmorel, a maintenant 44 ans. Hélas, les registres paroissiaux sont manquants pour cette période.

Quelques grandes familles locales contemporaines du Vieux Pont

Desgrippes (dont Jeanne), Grimbot, Juin (dont Guillaume), Lebocey, Lechartier (dont Hilaire et Nicolas. En 1627, un Jean Lechartier est prêtre à Ducey), Morin, Pinot (dont Philippe), Roussel, Tabourel,Trochon (dont Jean et Magdeleine), Vitel (dont Jean et Julien) …

à noter l’absence des Delaroche.

La météo de l’époque

L’hiver 1607-1608 est extrêmement rigoureux et long. A Rouen, la Seine est prise dans les glaces pendant plus d’un mois. Les charrettes attelées à des bœufs peuvent peuvent la traverser. Beaucoup de gens meurent de froid. La neige est épaisse et bloque les chemins.

On raconte que le roi Henri IV refuse de manger du pain parce qu’il est gelé !

Toute la France souffre de ce froid intense.

En 1613, les orages terribles frappent en janvier, mais la température est clémente. Il est rapporté que « cest an a esté hors de saison, depuis le premier jour de l’an jusqu’au mois de février ou environ : le temps doux, serain, chaud, comme s’il eust esté le mois de juillet« , mais les pluies tombent en abondance.

(Sauvage : « Chronique du froid en Normandie », 1892)

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L’écriture des registres paroissiaux à l’époque de la construction du pont

Les archives concernant le pont sont rares et concernent surtout son état de désolation. Entre 1780 et 1782, le pont est décrit comme totalement en ruine et le passage est interrompu.

Les habitants de Ducey et de Poilley sont mis à contribution pour le transport des matériaux nécessaires à sa restauration et à la remise en état de la chaussée. Mais ces derniers vont refuser devant l’ampleur des travaux, plus importants que ce qu’on leur avait dit. Des travaux provisoires ont probablement été réalisés car il est difficilement envisageable d’interdire trop longtemps l’accès au pont.

Le problème se pose à nouveau à peine vingt ans plus tard. Il est vrai que les communes voisines empruntent la route de Ducey à Poilley (unique route pour se rendre vers l’Ouest) et passent sur ce pont, pour porter leurs denrées au marché aux habitants et débitants de Ducey.

Stratégique pour le transport des denrées et des marchandises locales, surtout les jours de marché et de foire, le pont voit également passer le trafic entre l’arrière pays et la proche Bretagne. Il est le passage obligé des convois de tangue venant de Courtils et de Céaux et allant fertiliser les terres vers Brécey et autres villages des environs.

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Cette estampe révèle la présence d’une teinturerie sur les bords de la Sélune.
On y aperçoit des écheveaux de laine le long de la rivière.
© Collection particulière.

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