La famille FLEURY ou la saga des maires de Ducey (1ère Partie)

La famille FLEURY va donner à la commune de Ducey trois maires entre 1870 et 1921. Constant, Emile et Albert FLEURY ont été tous les trois maires, les deux premiers étant frères et le dernier étant le fils d’Emile. 

Mais que  savons-nous d’eux ?

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La première trace de cette famille dans les archives de la commune remonte au 22 octobre 1821, lorsque Pierre Julien FLEURY huissier, domicilié et exerçant en cette même commune, épouse la fille du greffier de la justice de paix du village : Mélanie Jeanne POULLAIN. Pierre, âgé de 29 ans, est originaire de Saint-Hilaire-du-Harcouët, commune où il avait vu le jour le 22 juillet 1792. Mélanie va bientôt avoir 32 ans.

Entré au service militaire le 6 novembre 1813, Pierre FLEURY avait participé aux campagnes napoléoniennes de 1814 en Flandres, puis en 1815 dans l’armée du Rhin, en tant que fourrier dans la Grande Armée, dans le 58ème régiment de ligne. Il avait reçu le 31 août 1815 à Strasbourg, un certificat de bonne conduite.

Certificat bonne conduite

Certificat de bonne conduite de Pierre Julien FLEURY.

Mélanie son épouse va mettre au monde cinq enfants :
– Pierre Symphose le 3 mai 1823
– Iphigénie Mélanie le 11 janvier 1826
Constant Pierre le 5 juillet 1828
– Léon Jules le 20 décembre 1835
Emile Auguste le 27 mai 1830

Pierre s’éteint à son domicile du bourg de Ducey le 3 septembre 1860.

Constant Pierre FLEURY, maire de Ducey

Constant Fleury

Constant Pierre FLEURY, maire de Ducey.

En 1855, Pierre Julien FLEURY avait cédé son étude de huissier  à son fils Constant.
La même année, Constant épouse le 12 septembre à Saint-James, Anne Marie Virginie LHOMME, la fille du maire de Saint-Senier-de-Beuvron.

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Anne Marie Virginie LHOMME

Sept mois plus tard, sa femme accouche prématurément d’une petite fille morte-née et il faudra attendre le 5 décembre 1857 pour qu’elle mette au monde leur unique enfant, Noémie Anna FLEURY.

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Noémie Anna FLEURY vers 1874.

Némie 4

Noémie Anna FLEURY vers 1874 et jeune fille.

Dès 1864, Constant FLEURY est cité parmi les conseillers municipaux de Ducey. Le 22 avril 1865, il cède sa place de huissier à Pierre ABRAHAM.

Il est élu maire le 18 septembre 1870 mais il donne sa démission au sous-préfet  le 17 avril 1872. Son problème se nomme M. François Félix LEBEDEL, (maire de Ducey de 1861 à 1869). Ce dernier aurait emporté avec lui les archives de la mairie, notamment le dossier concernant le plan d’alignement du bourg de Ducey. Il existe d’ailleurs beaucoup de tension entre les conseillers et l’ancien maire.

Le 21 avril 1872, on peut lire dans les délibérations de la commune ceci :

 « En vertu de la lettre de M. le sous-préfet du 17 avril courant pour élire un maire en remplacement de M. FLEURY, démissionnaire, les membres du Conseil municipal étant tous présents et M. Ambroise SAUVE ayant été élu secrétaire.

Le conseil après avoir sérieusement réfléchi sur les observations de M. FLEURY, approuve à l’unanimité la conduite du digne et regretté magistrat. M. FLEURY ancien conseiller ne voudrait accepter la fonction de maire dans les conditions actuelles. La circulaire préfectorale du 15 août 1842 indique la marche à suivre et M. FLEURY a réclamé en vain l’exécution de cette circulaire. En conséquence, il n’y a pas lieu de s’occuper aujourd’hui d’élection. Le conseil municipal prie M. le Préfet d’avoir la bienveillance de prendre au plus tôt les moyens nécessaires pour contraindre M. LEBEDEL de rendre les archives et objets mobiliers de la mairie, notamment le dossier concernant le plan d’alignement du bourg de Ducey ».

                                               Archives Municipales de Ducey

Le 19 janvier 1873, lors de la réélection du maire, Constant FLEURY est à nouveau démissionnaire.

Le  29 mars 1874, le préfet annonce alors la nomination par arrêté du Président de la République, de François LEBEDEL à la place de maire. A la séance suivante du 17 avril, Constant FLEURY est absent ainsi que d’autres conseillers : Aimé FORGET et ROBERT. On remarque que la signature de M. LEBEDEL est tremblante alors qu’il n’est âgé que de 56 ans.

A partir du 7 février 1875, LEBEDEL est absent des registres de délibération, remplacé par son adjoint Paul CHAMPION. Lors de la séance suivante, il n’est plus indiqué absent mais il n’apparaît plus dans les registres en tant que maire.

Le 18 juillet 1876, Constant FLEURY est à nouveau cité comme maire.

Il est ami avec Charles Philippe de Bordes de Chalandrey, alors maire de Fougères, qui signe en tant que témoin au mariage de sa fille, à Ducey le 12 septembre suivant, avec le docteur Paul Alphonse DENIS de Fougères.

Noémie 4

Noémie FLEURY

Paul DENIS2

et son époux Paul DENIS.

Constant est désigné dans ces fonctions de maire, par le décret de la République, le 14 avril 1878 à la place de M. JULIENNE dont l’élection avait été contestée.  A partir du 1er février 1880, FLEURY est présent aux réunions du conseil mais c’est Paul CHAMPION le 1er adjoint qui prend les fonctions de maire.
Le 6 mars 1881, le gouvernement nomme Ambroise SAUVE maire de Ducey et Paul CHAMPION adjoint.

Constant FLEURY décède le 9 novembre 1881 à Ducey à l’âge de 53 ans. Il aura suivi de près l’ancien maire LEBEDEL qui s’était éteint quelques mois auparavant, le 6 juin 1881 à l’hospice de Ducey.

Il est inhumé au cimetière de Ducey.

Constant FLEURY2

Anna son épouse lui survivra encore de nombreuses années et s’éteindra le 5 février 1919 à Ducey, à l’âge de 83 ans, à son domicile situé rue de l’église.

Emile Auguste FLEURY

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Emile Auguste FLEURY.

Comme nous l’avons vu plus haut,  Emile FLEURY est né à Ducey le 27 mai 1830.

Il fait ses études à Mortain puis au collège d’Avranches. Bachelier à 19 ans, il est attiré par des études de médecine et se rend à Paris sans passer par une école secondaire et s’inscrit à la faculté de médecine.

Ce qui plutôt fait défaut au jeune étudiant, arrivant de province, la grande lacune qui l’empêche de trouver immédiatement sa voie, et, par suite, lui fait perdre un temps précieux, c’est un guide pour ses premiers pas ; c’est un ami expérimenté qui le dirige dans ses études et ses relations.
Emile FLEURY eut la bonne fortune de trouver l’un et l ‘autre dans la personne d’un de ses compatriotes, plus âgé que lui de quelques années, et déjà interne distingué des hôpitaux, le même qui, médecin, l’assistant de ses conseils dans les cas difficiles, celui qui vous avez retrouvé à son lit de mort, lui prodiguant des soins éclairés avec un si complet dévouement, M. le docteur BECHET.
Avec un tel mentor, le jeune FLEURY ne pouvait manquer d’être bon élève. La nature du reste, l’avait admirablement servi, à une intelligence vive et prompte, à une sérieuse faculté d’assimilation, il joignait une mémoire heureuse qui le fit remarquer un jour du professeur PIORRY. Mais, ce qui l’attira surtout, ce furent les études obstétricales. A cette époque, enseignait à Paris un jeune agrégé de l’Ecole devenu le savant et spirituel professeur de la clinique d’accouchement, et ses cours, quoique libres, attiraient, par leur portée pratique une foule d’étudiants. FLEURY n’eut garde de manquer d’y assister ; il suivit PAJOT avec empressement, et son assiduité lui a valu de devenir plus tard un accoucheur sérieux et recherché .

                              Extrait de l’Avranchin du 24 mai 1885.

C’est en 1855 qu’Emile reçoit le statut de médecin.

A vingt cinq ans, il quittait Paris, son diplôme de docteur en poche et, souriant à l’avenir qui s’ouvrait devant lui, il venait dans un pays où justement sa famille était considérée ; lui-même s’y présentait jeune et vigoureux, avec la réputation d’un travailleur, et était, sérieusement instruit et préparé pour le rôle qu’il devait remplir.
Vous savez tous de quelle façon le succès répondit à ses espérances. On a pu dire de lui, et avec juste raison, je crois, qu’il était peut-être le médecin le plus appelé de l’arrondissement.
Que de milliers de nuits, il a passées au lit du malade dans ses trente et une année d’exercice !
Le succès qui, loin de se démentir, a toujours été en progressant jusqu’à la fin, il le devait à ses qualités professionnelles, à son heureux caractère, naturellement enjoué et bon, à son incroyable activité admirablement servie par sa puissante organisation physique. – Ennemi des hypothèses, malheureusement trop communes en médecine, il n’admettait que les choses bien établies : c’était dans toute l’acceptation du mot, un PRATICIEN, avec son coup d’œil vif et prompt, son jugement droit.
Que de fois n’avons-nous pas remarqué son talent clinique dans les nombreuses consultations où il se montrait confrère si courtois !

 Article nécrologique paru dans l’Avranchin du 24 mai 1885.

Le 18 septembre 1862, à Saint-Hilaire-du-Harcouët, il épouse Amélie Marie DELAROCHE, la fille du pharmacien de Saint-Hilaire, Ambroise Louis DELAROCHE.

Amélie Delaroche 3

Amélie Marie DELAROCHE.

Dix mois plus tard,  Amélie donne naissance à Emilienne, née le 21 juillet 1863, puis à Albert  Pierre, né le 28 avril 1865 et à Léa Marie née le 31 mars 1868.

Emilienne FLEURY

fleury_albert 2 Léa FLEURY

Le 30 avril 1882, Emile Auguste est élu conseiller municipal à la place laissée vacante par son frère depuis le décès de ce dernier. Le 7 mai suivant, il est élu maire en remplacement de M. SAUVE.
Le 16 mai 1885, Emile FLEURY s’éteint à son domicile après avoir passé un mois alité. Il est alors âgé de 55 ans. Le docteur et son ami Francis TIZON est témoin à l’enregistrement de son décès dans les registres d’état civil.
Le 24 mai 1885, un article signé M. S. COCHET parait dans la presse locale. En voici un extrait :

J’ai à vous annoncer la mort de l’un des hommes les plus honorables, les plus dévoués, et, c’est tout dire, les plus chrétiens du pays : M. le Docteur FLEURY, Maire de Ducey, est mort samedi 16 courant, alité depuis un mois seulement, à la fin d’une maladie qui le fatiguait depuis de longues années, et à laquelle il n’a cédé qu’alors seulement qu’il lui fut impossible de continuer son oeuvre toute de charité et de dévouement.
On a bien voulu me communiquer le discours prononcé sur sa tombe par le Docteur TIZON, dont les soins dévoués, aidés du concours quotidien de l’excellent ami du défunt, Monsieur le Docteur BECHET, auraient dû sauver le malade s’il eût pu être sauvé ; mais Dieu en avait décidé autrement et, une fois encore, c’est un martyr du devoir et de la charité chrétienne que je viens rappeler au souvenir de mes lecteurs.
Je n’ai plus rien à dire de sa vie privée, médicale et administrative. Le panégyrique que vous lirez plus bas vous montrera, mieux que je ne saurais le faire, ce que fût à cet égard « le bon docteur »
Je veux seulement relever le côté religieux de sa vie, M. FLEURY fut toujours un catholique, et un catholique pratiquant le jour, où, à bout de forces, s’étant, comme on l’a dit, tué à la peine, il dut enfin s’arrêter, s’aliter pour toujours, son premier mot fut : « je suis perdu, faites venir le prêtre »
Et de fait, il avait toujours été l’exemple et l’édification de sa paroisse.
Il est mort dans les sentiments les plus chrétiens, ce martyr du devoir et ce sera là la plus grande consolation de sa famille.
La dernière fois, que j’eus l’honneur de le voir, c’était à la gare d’Avranches où il reconduisait son fils, étudiant en médecine, et qui saura un jour soutenir dignement le nom, le courage et les vertus que lui lègue son père.
L’affluence énorme d’amis et de reconnaissants qui suivait le convoi, prouve à quel point M. FLEURY était aimé et estimé.
Tous les Maires, tous les prêtres du Canton, les Frères de l’école de Ducey, un grand nombre de ses confrères, venus de tous les points de l’arrondissement, enfin l’immense foule dont j’ai parlé formaient à ses obsèques un cortège comme Ducey en avait vu bien peu jusqu’ici.
Que dire de plus ? Rien que de laisser la parole à l’honorable docteur TIZON

Le docteur TIZON ajoute le jour de son enterrement :

Le docteur FLEURY, messieurs, a prononcé lui-même son oraison funèbre.
Durant l’une des plus pénibles nuits de sa maladie, alors qu’il suivait, avec cette lucidité d’esprit qui ne l’a quitté qu’à la dernière heure et qui nous navrait, les progrès de son mal, je l’ai entendu, après avoir recommandé aux siens que ses funérailles fussent aussi modestes que possible, ajouter : « L’homme ne doit être jugé que par ce qu’il a fait ; le seul monument qu’on doive élever à sa mémoire, ce sont ses actes ! » et termine par ces mots :
« Que de fois n’avons-nous pas remarqué son talent clinique dans les nombreuses consultations où il se montrait confrère si courtois !
Le malade l’aimait, parce que, derrière le médecin, impuissant parfois, il devinait l’ami qui consolait toujours.., parce qu’il savait que, quelle que fût l’heure, quelle que fût la distance à parcourir, on pouvait toujours frapper à sa porte, certain de le trouver prêt à accourir au premier appel de celui qui souffre.
Vous l’avez tous rencontré sur les chemins, brisé de fatigue après trois ou quatre nuits d’insomnie, souriant quand même, et sourd aux récriminations de ceux qui pensaient à sa santé.
On a dit de lui qu’il se fiait trop sur sa force, on s’est trompé. Il se fiait trop sur son cœur. S’il avait été moins dévoué, il aurait été moins surmené. Constitué comme il l’était, il aurait vécu de nombreuses années encore, tandis qu’il est mort dans toute la maturité de son âge et de son talent, à cinquante cinq ans, mort à la peine !
Mort à la peine c’a été le cri unanime du Canton en apprenant son décès ; c’a été l’opinion constante des confrères qui l’ont assisté dans ses derniers moments .

Son épouse s’éteint de nombreuses années plus tard, le 30 juin 1920, à son domicile du bourg de Ducey, alors âgée de 81 ans.

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