Le n°4 de la rue du Génie

Connue sous le nom de l’Hôtel de l’Ouest, cette bâtisse se situe sur la route départementale n°21 et a été élevée au cours de l’année 1864.

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Pierre Coursin fait bâtir son auberge en 1864

Pierre Coursin, né à Saint-James le 12 juillet 1816[1], est cloutier à Ducey. Son métier consiste à fabriquer des clous forgés à l’unité sur une enclume fixée sur une souche en bois ou en pierre, avec un marteau spécifique et des tenailles à partir de tiges d’acier. Les clous sont très utilisés et diversifiés. Le cordonnier, le maréchal-ferrant ou encore le charpentier utilisent quotidiennement les clous dans l’exercice de leurs métiers. Le cloutier fabrique également des crochets, des tirants ou des pitons. Expérimenté, il peut forger entre 50 et 100 clous à l’heure.

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Clous retrouvés dans une maison de Ducey – envoi de Alain B.

Le 27 octobre 1841, il épouse Marie Marguerite Eudes, née à Ducey le 31 décembre 1817, fille de feu Michel Grégoire Eudes et de Marie Françoise Chevalier. Jean Baron notaire, Gabriel Sauvé marchand et Jehanne pharmacien sont témoins au mariage.

Plusieurs enfants naissent de cette union :

  • Pierre Jacques Coursin, le 25 août 1842. Il deviendra plus tard, comme son père, fabricant de clous et s’installera à Pontorson
  • Auguste Louis Jean Coursin, né le 19 décembre 1843.
  • Marie Isabelle Coursin, née le 22 février 1845.

Alors que son épouse est presque à terme de sa grossesse, leur fils Auguste Louis s’éteint le 4 décembre 1846. Elle accouche le 31 décembre d’un autre garçon et le baptise du même prénom : Auguste Paul. Mais ce dernier s’éteint le 1er novembre 1849. Marie Eudes est une nouvelle fois enceinte lors de ce dernier décès et elle accouche le 3 avril 1850 d’un autre garçon prénommé Ernest Louis Richard. Puis viennent :

  • Flavie Augustine Marie le 17 mai 1852.
  • Paul Victor né le 12 mars 1859.

La même année 1861, le couple perd encore deux fils : Paul Victor le 27 juin et Ernest le 31 septembre.

On ignore de quoi sont morts ses fils. Maître Baron signale dans sa correspondance adressée au comte de Semallé, la présence du choléra en avril 1849 et de la fièvre typhoïde en août. En mai 1861, la sècheresse continue et le froid intense occasionne des maux de gorge. Des personnes décèdent dans les communes voisines.

En 1863, Pierre Coursin achète au comte de Semallé une pièce de terre nommée « l’enclos du château ». C’est une pièce de labour. 800 fr. sont versés le jour même de la signature et le reste le 21 janvier 1864 avec les intérêts au taux de 5% à compter du jour de la signature.

Il y fait bâtir une grande maison dont il veut faire une auberge. La façade donne directement sur la rue du Génie au nord et le pignon sur lequel la devanture est apposée, ouvre sur la place des nouvelles halles à l’Est. Elle est dotée de 17 ouvertures imposables, puis d’un atelier en 1865.

En 1871, la construction reste isolée.

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Onze ans plus tard, le 24 janvier 1874, Pierre Coursin acquiert la parcelle des héritiers Pinot sur laquelle il construit la forge pour le prix de 6 000 fr.

Le 19 novembre 1877, sa fille Flavie Coursin épouse à Ducey Charles Alexis Gautier charron. Ce dernier est né à Saint-Martin-de-Landelles, fils de François Gautier et de Véronique Letestu, domicilié au village de la Roche à Ducey. Flavie s’occupe du ménage. Le frère de la mariée Pierre Coursin cloutier âgé de 35 ans est présent et signe comme témoin.
Le 11 mai 1892, l’aubergiste Pierre Coursin décède. Sa veuve Marie Marguerite Eudes fait une donation entre vifs à ses enfants et Flavie mariée à Charles Alexis Gautier devient propriétaire de l’auberge.

Charles Alexis Gautier et son épouse, les nouveaux propriétaires de l’enseigne « A l’Hôtel de l’Ouest », le 24 août 1892

Charles Alexis Gautier devient propriétaire et maître d’hôtel. Il est également charron et carrossier. Le couple n’aura pas d’enfants. La veuve Coursin s’éteint le 30 mars 1896.

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L’Hôtel de l’Ouest comprend, une cave au sous-sol, une cuisine, deux salles et un vestibule au rez-de-chaussée et au premier étage, une salle de billard, deux chambres et deux cabinets. Au second étage, se trouvent cinq chambres mansardées et un grenier. Une autre cuisine se situe au midi en appentis.

Toujours au midi, une cour où se trouvent une pompe et une rampe en fer pour attacher les animaux. Au fond de cette cour, se trouve un bâtiment comprenant un rez-de-chaussée, une écurie et un cabinet d’aisances. Au dessus, trois chambres avec un balcon.

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Une remise et l’ancienne forge Coursin surmontées d’un grenier, se situent à l’ouest de l’hôtel. A proximité, un petit hangar en appentis au fond de la remise de laquelle il est séparé par une cloison de planches. Une petite cour derrière abrite un poulailler et des cabinets d’aisances. Une dernière remise avec un grenier au dessus clôt l’ensemble.

L’auberge possède également un terrain sur la commune de Poilley, sur une pièce

de terre située à l’intersection du Pavement et de la route de Ducey à Avranches (route départementale n°21). Charles Gautier y cultive des légumes mais également y élève des porcs, probablement pour l’usage de son hôtel.

Dans les 10 chambres répertoriées, une est réservée à la bonne Virgnie Hautsein, 21 ans (en 1896). Une paillasse, une couette, un traversin, un oreiller, deux couvertures, un édredon, une garniture de toilette, deux chaises et une glace font partie du mobilier. La chambre n°11 est dotée d’un lit en noyer ciré, les chambres n°5 et n°12 d’un lit en cerisier, la n°13 d’un lit de chêne, la n°2 d’un lit en sapin et d’un matelas de varech. Toutes possèdent le même mobilier : une table de nuit, une glace, un broc et un seau, une table de toilette et une garniture de toilette.

Au rez-de-chaussée, la grande salle est dotée d’une grande table à six pieds en cerisier, deux petites tables avec les pieds en fonte, quatre petites tables cannelées, 14 chaises paillées, 20 tabourets et un fourneau. Un tableau pendule orne le mur avec une grande glace. Quatre cadres également.

A côté, une petite salle est chauffée par un petit poêle. Une table longue habillée d’un tapis de toile cirée et une jardinière meublent l’ensemble. Huit chaises cannelées attendent les clients. Une glace orne un des murs.

La cuisine quant à elle, possède une table ronde en cerisier et une table rectangulaire. Douze tabourets sont rangés contre le mur. Un fourneau surmonté de tuyaux occupe une place importante avec les ustensiles de cuisine : une grande casserole en cuivre avec son couvercle et trois autres plus petites, une saumonière en fer étamé, des plats, deux cocottes en fonte, deux bassines émaillées et une série de mesures en étain entre autres. Cinq chandeliers y sont alignés.

Au premier étage, une salle abrite un billard et ses accessoires. Un tableau orne le mur pour le marquage des points des joueurs. Autour, quatre tables de marbre avec des pieds en fonte.

Côté linge, 48 draps, 30 taies d’oreiller, 60 serviettes de tables, 50 torchons, 30 serviettes de toilettes, 10 nappes sont nécessaires à l’établissement. Coté vaisselle, l’hôtel de l’Ouest possède 21 assiettes à dessert fantaisies, 24 creuses, 48 droites en porcelaine et faïence, 2 ménagères, 3 sucriers, 6 tasses à thé, 6 déjeuners, 3 soupières, un service à crème, un légumier, 3 théières, un ravier, 6 plats droits et creux, 2 dessus de plat, une cloche à fromages, 2 compotiers, 12 flûtes à champagne, 30 verres à apéritif, 12 à vin, 24 à cidre, à pied et autres, une grande carafe verseuse, 10 carafes, 36 cuillères, 36 fourchettes, 20 couteaux de table, 10 à dessert, 6 cuillères argentées à café, 36 autres et 60 à apéritif.

L’hôtel reçoit ainsi les voyageurs empruntant la route départementale n°21 pendant de nombreuses années.

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Charles Alexis Gautier s’éteint rue du Génie, le 3 octobre 1915. Son épouse Flavie Coursin possède la pleine propriété des biens meublés et de l’usufruit des immeubles puisque le couple est sans enfant. La France étant en guerre avec l’Allemagne, Me Lecacheux notaire est mobilisé et c’est son suppléant Me Pigeon qui s’occupe de ses affaires. Le 24 décembre 1918, ce dernier prend acte que les héritiers (cousins germains) font cesser l’indivision et renoncent à leurs droits successifs immobiliers leur revenant.

Le 12 novembre 1920, la veuve Gautier baille à Monsieur et Madame Turpin le fonds de commerce pour une durée de 12 ans et 9 mois à compter du 29 décembre 1920.Le loyer annuel est de 2 000 fr., la vente du fonds de commerce est de 9 000 fr.

Mme Gautier se réserve le droit de conserver la petite remise située à l’ouest de l’hôtel ainsi que la pompe, pour son usage personnel.

Les Turpin propriétaires du fonds de commerce

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M. Nestor Joseph Turpin est né à Cuves le 6 octobre 1883. Son épouse Joséphine Clémentine Lelandais naît également le 5 octobre 1889. Le couple habitait le bourg de Marcilly avant de reprendre l’affaire de Ducey. Nestor Turpin était négociant.

Le 28 janvier 1927, la veuve Gautier s’éteint à son tour. Le bâtiment revient alors à ses nièces, les filles de sa sœur feue Marie Isabelle Coursin décédée le 26 janvier 1917 et qui avait épousé Auguste Tencère également décédé.

Marie Augustine Tencère[2] et sa sœur Augustine Marie Flavie Tencère[3], sont toutes les deux célibataires et exercent la profession de débitante dans un restaurant situé à proximité immédiate de l’hôtel de l’Ouest. Il avait été édifié par leur père, sur la rue du Génie.

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Les sœurs Tencères vendent l’immeuble aux Turpin le 24 décembre 1929 au prix de 90 000 fr.

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La famille Turpin a conservé l’Hôtel de l’Ouest, pendant une bonne partie du XXème siècle. Lorsque ce dernier ferme, le café est conservé et un dépôt de pain va prendre place. En 2000, la maison est rachetée par un particulier et l’Office de Tourisme s’installe dans les locaux en juin 2001.

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[1] Fils de Pierre François Coursin et de Jeanne Julienne Chauvois.
[2] Née à Ducey le 3 octobre 1869.
[3] Née à Ducey le 8 juin 1871.

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