AU XIX siècle, chemins et routes dans le canton de Ducey (suite)

Suite du chapitre 4 :  « Les chemins vicinaux de grande communication et chemins vicinaux ordinaires »

3. Chemin vicinal de grande communication N° 28, d’Avranches à Rennes

Ch_&_r_RD_CV_28&32_cartes (FILEminimizer) (FILEminimizer)En 1836, lors de la première classification des chemins vicinaux de grande communication, aucune voie n’est retenue dans le canton. Il faudra attendre 1838 pour la création du chemin vicinal à grande communication N° 28.

Désigné sous l’appellation de chemin d’Avranches à Rennes, par la Croix Avranchin, il s’embranche vers Rennes à partir de la Route Royale N° 176. Il traverse les communes de Précey, Crollon, Vergoncey, La Croix-Avranchin, Villiers, Vessey, Montanel et Sacey (en orange sur la carte).
D’autres communes sont concernées par l’entretien de ce chemin : Avranches, Pontaubault, Juilley et Argouges.

4. Chemin vicinal de grande communication N° 32, de la route royale 176 à la grève de Courtils

Long de 6 km, le chemin de la « Route Royale N° 176 aux gréves de Courtils est le complément indispensable des routes départementales N° 21(¹) et 15(²) et du chemin vicinal de grande communication N° 28(³) auprès duquel il s’embranche sur la Route Royale N° 176. » (en bleu)

(¹) d’Alençon à St Malo via Ducey
(²) d'Avranches à Fougères
(³) Chemin vicinal d'Avranches à Rennes

Dès 1838, le Préfet demande au Conseil Général de le classer en grande communication, vu l’importance du trafic engendré par les tanguières ; demande reçue favorablement par le Conseil.
En 1839, il est élargi sur une longueur de 1500 mètres dont 1000 mètres empierrés. Il est alors officiellement appelé « chemin vicinal de grande communication » suite à la demande de reclassement effectuée en 1838.
Le tableau suivant indique les communes qui en ont la charge, ainsi que les montants des contributions pour l’entretien.

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(¹) Journées de travail à fournir par les habitants à hauteur de la contribution financière équivalente. Rappel : une journée homme = 1 franc

Céaux et Courtils fournissent des ressources en nature et en argent.

En 1850, le préfet, dans son rapport général indique « le chemin N° 32, terminé depuis quelques années, fait suite à la route départementale N° 21 et conduit à la baie du Mont-Saint-Michel les nombreuses voitures de tangue de tous les cultivateurs du canton de Ducey, d’Isigny, de St Hilaire-du-Harcouet et de St-James »

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En 1851, après l’achèvement de ce chemin, un vœu est émis par le Conseil général pour le classer en route départementale. Le Conseil s’appuie sur le fait que c’est un véritable chemin à tangue, parcouru par des cultivateurs venant de loin et en grand nombre pour transporter cet engrais.
Mais l’Administration a constaté, qu’à part les salines, ce sont les villages voisins qui l’utilisent et donc refus du classement en route départementale. En effet, elle a constaté que le nombre de colliers empruntant cette voie ne dépasse pas les 300 aux meilleurs jours et ne peut donc pas être assimilée aux routes à tangue sur lesquelles la circulation est énorme.
Le préfet oppose à ces faits plusieurs observations :

  • les tangues du havre de Courtils sont de qualité supérieure à celles de Pontaubault. Elles peuvent être classées en trois catégories :
    ∗  la tangue ou sablon propre à faire sel qui se vend en moyenne 1 fr par collier(¹)
    ∗  la tangue havelée au prix de 30 à 40 centimes par collier(²)
    ∗  la tangue proprement dite(³), semblable à celle de Pontaubault, valant 10 à 15 centimes.
    Les 300 colliers quotidiens représentent, pour 1/10 éme, la tangue de qualité supérieure, résultat en contradiction avec le rapport de l’Administration qui met tout à la qualité de la tangue de Pontaubault.
  • L’ouverture du chemin collectif N° 3, entre la route départementale N° 15 et la route nationale N° 176, long de 1,5km, devrait modifier les conditions actuelles du chemin N° 32 comme route tanguière ; les voitures venant de St-James auront une ligne directe pour trouver le chemin N° 32. Actuellement, en venant de St-James un détour de 2 km est nécessaire pour pouvoir emprunter cette voie.
(¹) Les sablons contenaient beaucoup plus de sel mais étaient également utilisés comme amendements après traitement par l’eau de pluie.
(²)La tangue lessivée par les saulniers pour l'extraction du sel, est ordinairement de la tangue havelée, ramassée dans des conditions particulières, favorables à son enrichissement en sel »
la tangue proprement dite (tangue grasse) en tant que dépôt vaseux (³)se formant à l’embouchure des estuaires,
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Ref : L’exploitation des tangues ou le souvenir des savoirs oubliés ; Jean-Pierre Camuzard Ingénieur en chef du GREF, ENGREF Paris

5. Chemin vicinal de grande communication N° 39

chemin de grande communication de Ducey à Brécey

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En bleu, ancienne voie Ducey- Brécey, en orange CV N° 39, nouvelle voie Ducey- Brécey

Session de 1843, compte-rendu du Conseil d’Arrondissement

Déclaration d’un des membres :

Messieurs,

Le conseil municipal de Ducey, confiant sans doute dans la promesse de M. le préfet et le vœu exprimé par le conseil général, lors de la session de 1842, page 88 et suivantes de son procès-verbal, demande, par sa délibération du 7 mai dernier, le classement, au nombre des chemins de grande communication, d’un chemin partant de la route départementale N° 21, dans la traversée du bourg de Ducey, et se terminant à la route départementale n° 11, près de l’embranchement de cette route à celle n° 6 d’Avranches à Mortain.
Il produit, à l’appui de sa réclamation, un plan en date du 1er mai sur lequel on reconnaît, par un tracé à l’encre rouge, que cette route parcourrait la vallée d’Ouer et les communes de les Chéris, Chalendrey, Montgothier, le Buat et la Mancellière, et serait en Ducey et les Chéris, à peu près sur une longueur de six kilomètres, établie dans l’emplacement du chemin vicinal n° 3 de Ducey à Brécey, maintenant en cours d’exécution à la largeur de huit mètres.
Les communes traversées ont été appelées à délibérer sur l’importance de cette route, leurs délibérations sont au dossier : deux (les Chéris et Montgothier) émettent un avis favorable, une (le Buat) ne s’oppose point, et deux (Challandrey et la Mancellière) n’en reconnaissent point l’utilité.
Un plan d’ensemble des communes traversées, rédigé par M. l’agent Bailleul, le 22 juillet dernier, est également au dossier ; mais les plans parcellaires de chaque commune, sur lesquelles le tracé de cette nouvelle ligne doit être figuré, n’y sont pas ; ils n’ont probablement point été faits.
Cette nouvelle voie de grande vicinalité est incontestablement au nombre de celles qui ont droit à un prochain classement ; elle relierait les cantons de Ducey et de Brécey, appelés à se réunir pour l’élection d’un membre du conseil général ; elle leur procurerait un débouché qui leur est indispensable pour le bien de leur commune. Le chemin vicinal, en cours d’exécution, qui doit leur servir, étant tout à la fois défavorable et impraticable, sous le rapport des côtes rapides qu’il traverse en les communes de Marcilly, le Mesnil-Ozenne et le Petit-Celland ; côtes qui ne peuvent être aplanies et à peine réduites à une pente de dix centimètres par mètre.
Elle offrirait en même temps un débouché inappréciable aux cantons de Juvigny, Sourdeval et autres lieux, pour leurs opérations commerciales avec la Bretagne, la ligne étant plus directe et plus courte que tout autre. Les habitants de la vallée d’Ouer trouveraient le même avantage ; tous pourraient à moindre frais et plus promptement se procurer des engrais de mer dans les grèves du Val-Saint-Père, de Pontaubault, Céaux et Courtils.
Ducey vient à la vérité d’être doté d’une route départementale ; mais aussi il est le seul chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Avranches privé de chemin de grande communication.
Déterminé par ces considérations, j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs, d’appuyer la demande du conseil municipal de Ducey, et de prier M. le préfet et MM. les membres du conseil général de classer cette nouvelle route au nombre des chemins de grande communication du département de la Manche et d’ordonner que les travaux qui s’exécutent maintenant sur Ducey et les Chéris soient portés provisoirement à une largeur de dix mètres, à l’effet de prévenir des frais répétés de destruction et reconstruction des clôtures. »

Le conseil, reconnaissant l’utilité du chemin réclamé, ne peut que le recommander fortement à M. le Préfet lors de la réalisation de sa promesse pour un travail d’ensemble indispensable aux besoins du département.

En 1850, le préfet indique  » ce chemin, utile pour l’exploitation des tanguières du Mont-Saint-Michel, présente une longueur de 12,927 km, sur lesquels seulement 2,8 km sont à l’état d’entretien. Le nombre des communes traversées par ce chemin est très restreint, car, malgré la désignation de son classement, il emprunte, entre Ducey et Brécey, la route départementale N° 11, sur près de la moitié de son parcours. »

6. Chemins vicinaux d’intérêt collectif ou commun.

La loi du 21mai 1836 ne retient que 2 catégories de chemin :

• Les chemins vicinaux à grande communication
• Les chemins vicinaux ordinaires

L’article 6 de cette loi stipule que le Préfet peut, en cas de besoin, établir une classe intermédiaire : les chemins vicinaux d’intérêt collectif, gérés par le département.

En 1850, par décision préfectorale, leur largeur est portée à 8 mètres(¹)

 (¹)Ref Annuaire de la Manche 1851, p 189)

7. Chemins vicinaux ordinaires

Chemin de Précey à Juilley

Sur le registre des délibérations de Précey :

Le premier novembre 1790, à Précey, la Municipalité assemblée voulant employer tous les actes de son autorité à la conciliation et à la paix, empêcher par la voie de la médiation toutes les contestations qui peuvent s’élever sur ses fonds ; après avoir pris en considération les plaintes qu’on lui a faites sur le mauvais état du chemin d’un chemin qui conduit du bourg de Précey à celui de Juilley, chemin presque impraticable même en été a délibéré que M. le Procureur de la commune fût chargé d’avertir sous huit jour les riverains du dit chemin d’avoir à y faire toutes les réparations nécessaires et surtout ceux qui n’ignorent pas le mauvais état de leur chemin. Fait et arrêté le jour et an que dessus
(signatures des responsables municipaux)

5. Les chemins ruraux

Lors de la session de 1838 du Conseil Général, la création de l’appellation de chemins ruraux est officialisée. Elle concerne tous les chemins qui n’entrent pas dans la catégorie des chemins vicinaux et départementaux et qui ont une utilisation locale. Les Maires en assurent la propriété et la police. L’entretien dépend des utilisateurs et non des ressources communales.
En 1843, le travail de reconnaissance de ces chemins est terminé. Les instructions concernant la police et leur conservation ont été communiquées aux maires ; ceci concerne tout particulièrement l’élagage et la répression des délits.(¹)

 (¹)  AM Ed 1884, p 92 & plus

6. Police du roulage

1. Largeur des bandages de roue

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En 1840, Le Conseil Général émet le vœu que la Police du roulage des routes royales et départementales soit appliquée à tous les chemins vicinaux, en particulier pour la largeur des bandages des roues. Jusqu’ici, l’agriculture en avait été exemptée.
Les jantes devront alors avoir huit centimètres de largeur afin d’éviter la détérioration des chemins.

2. Panneaux indicateurs et bornes kilométriquesCh_&_r_borne_kilo (FILEminimizer) (FILEminimizer)

En 1845, installation sur les routes royales de tableaux indicateurs à l’entrée des villes et des bourgs « faisant connaître les distances aux lieux voisins ».
En 1846, installation de bornes kilométriques sur la ligne St-Lô à Cherbourg et sur la ligne St-Lô à Pontorson, via Coutances, Granville et Avranches.
« Les bornes ont la forme d’un prisme triangulaire tronqué à sa partie supérieure, de manière à présenter une face inclinée de 45 °, l’arête saillante du prisme est tournée du côté de la route, et la face supérieure inclinée vers cette arête.
Cette forme permet d’indiquer sur la face supérieure le N° de la borne et sur les faces latérales la distance au lieu voisin. »(¹)

 (¹) Annuaire de la Manche 1846

En 1847, ce bornage kilométrique est en cours d’application sur toutes les routes départementales.
En 1862, les panneaux indicateurs sont posés aux points de jonction des grandes lignes vicinales, entre elles et les routes impériales. Ce sont des poteaux avec panneau en fonte.
L’investissement important que représente l’implantation de bornes kilométriques sur ces chemins rend ce projet impossible. Il sera réalisé en 1868.

3. Amendes

Ch_&_r_gendarme_ch (FILEminimizer) (FILEminimizer)En 1850, un conseiller général demande que les amendes de police soient moins élevées, car pour lui, elles pénalisent d’abord le petit cultivateur. Il prend pour exemple l’oubli d’attacher au bras des charrettes la plaque indiquant les nom, prénom et domicile du cultivateur ou l’illisibilité de cette plaque.

Passible d’une amende de 27 fr 50c, cela représente un montant égal à une année de ses contributions directes.
Le conseil émet, à l’unanimité, un vœu dans son sens.

4. Interdiction voiture à chiensCh_&_r_voiture_chien

En 1854, le Préfet promulgue un arrêté pour interdire dans le département de la Manche la circulation de voitures attelées de chiens. Cette mesure est approuvée par le Ministre de l’intérieur le 24 mars 1854.

5. Circulation côté droit de la route

En 1849, le Conseil Général demande qu’il y ait une réglementation sur les routes et qu’en particulier qu’il soit enjoint aux conducteurs de  » prendre toujours la droite de la route »(¹)

 (¹) Annuaire de la Manche 1849, p 245

6. Trafic sur les chemins et routes

En 1839(¹), le département de la Manche est confronté à une détérioration des chemins et routes plus conséquences que les départements voisins. Outre le temps humide, la destruction est due au transport des engrais de mer et de la chaux par des convois de voiture tout au long de l’année. Le Préfet estime que « plus de 12 000 voitures sont employées, par jour, pour ce transport. Elles sont attelées en moyenne de 3 chevaux ou elles ont un attelage mi-partie de bœufs et de chevaux équivalent à trois chevaux. »
Elles sont bien souvent en surcharge par rapport à la largeur des bandages.
Un seul pont à bascule existe pour la Manche, à Saint-Lô, et c’est donc un défilé continu de voitures qui défonce les routes.
Le contrôle efficace du règlement est rendu impossible vu l’énorme trafic.

Le préfet ajoute qu’en plus du climat pluvieux, favorisant la dégradation des routes, ces dernières sont bordées des arbres du bocage, augmentant ainsi l’humidité des sols. Ceci oblige la réfection des accotements, labourés par les voitures.
En 1850(²), « la circulation des voitures allant aux tanguières de la Baie du Mont-Saint-Michel est immense ; on a calculé que pendant cinq mois de l’année environ, les cultivateurs de Normandie et de Bretagne y conduisent plus de 2000 voitures chaque jour. Elles se croisent en tous sens dans la traverse de Pontorson, y forment un encombrement souvent infranchissable, soit sur la route 176, soit dans la rue St-Michel. »

 (¹) Rapport Annuaire de la Manche 1839
 (²) Ref AM 1850, p 349

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