Jean Joseph Sauvé et la Légion d’honneur

Légion-d-honneurInstituée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte, la Légion d’honneur est la plus haute distinction nationale. Elle récompense depuis plus de deux siècles les  « mérites éminents » militaires ou civils rendus à la Nation.

Une vingtaine de Ducéens ont reçu cette récompense.
Parmi les plus anciens, et après Edme Charles Lepaige d’Orsenne dont nous avons déjà eu l’occasion de parler sur notre blog, un autre Ducéen est nommé chevalier de la Légion d’honneur par décret du 13 juin 1856.

Il se nomme Jean Joseph SAUVÉ.

Qui est Jean Joseph Sauvé ?

 Jean Joseph Sauvé est né à Ducey le 9 juillet 1776. Il est le fils de Julien Sauvé, marchand au bourg de Ducey, et de Perrine Duhoüe.

Au cours de l’année 1791, la France est en pleine Révolution. Les frontières sont menacées. Conformément à l’article 14 de la loi du 15 juin 1791, un registre est ouvert, dans chaque district, pour l’inscription des volontaires nationaux appelés à la défense du territoire. Dès les premières années, le département de la Manche fournit treize bataillons. Jean-Marie Valhubert prend la tête du 1er bataillon de volontaire de la Manche, formé en octobre 1791.

Le 10 septembre 1799, Jean Joseph Sauvé entre dans le même bataillon, devient caporal dès le 17, puis fourrier le 23 septembre, et il incorpore ensuite, le 2 mars 1800, le 43ème de ligne. Il va y passer dix-sept années, vivre treize campagnes et recevoir trois blessures.

 

Jean Joseph SAUVÉ à la bataille de Marengo

L’article Wikipédia nous situe en quelques mots cette bataille :

 « La bataille de Marengo (14 juin 1800), vit s’opposer une force française commandée par Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, à l’armée impériale du Saint-Empire sous la direction du feld-maréchal baron Michael Friedrich Benedikt von Me-las, à Alessandria, Piémont, Italie. Les forces françaises parvinrent à repousser l’attaque surprise de Melas à la fin de la journée, refoulant les Impériaux hors d’Italie. Ce fait d’armes permit à Napoléon d’asseoir un peu plus sa position au sein du triumvirat consulaire en tant que Premier Consul après son coup d’État, au mois de novembre précédent ».

Cette bataille s’inscrit en fait dans la deuxième campagne d’Italie du 43ème de ligne.

Le 27, le général Dupont, chef d’état-major de la nouvelle armée, avait signalé à l’ordre du jour le 43ème de ligne comme modèle pour son instruction et sa tenue. Le régiment se met alors en marche, le 14 mai, vers la plaine du Pô et se trouve ainsi placé dans le gros de l’armée commandée par le général Victor. Il traverse le col de Saint-Bernard du 18 au 20 mai « en traînant à la corde son propre matériel ». Le 3 juin, il entre dans le Milanais, et le 9, affronte l’ennemi dans la bataille de Montebello. Trois mille Autrichiens sont repoussés.

David-Napoleon

Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard , château de Malmaison. Peinture de Jacques-Louis David. 1801.

L’armée avance sur les pas des Autrichiens, et le 43ème s’établit au village de Marengo, dans le Piémont. Le 14 juin, à 9 h du matin, le combat débute par l’attaque des Autrichiens. Les Français sont en mauvaise posture dans le courant de l’après-midi. Mais Bonaparte relance l’offensive vers 17 h par la charge du général Desaix et sa 9ème demi brigade légère, action au cours de laquelle Desaix est tué. La victoire arrive grâce au renfort de la cavalerie de Kellerman.

Six mille Français et 9 400  Autrichiens meurent dans cette bataille.

Jean Joseph n’est pas épargné. Il reçoit une balle qui a coupé son fusil au milieu, et « l’embrochoir » lui a donné « une secousse à l’avant-bras droit et déterminé un engourdissement qui a duré plusieurs jours [1]». Il est hors de combat, cependant il reste dans les rangs.

Sept sous-officiers et soldats reçoivent une arme d’honneur pour récompense.

La bataille de Marengo. Tableau de Louis-François Lejeune.

La bataille de Marengo. Tableau de Louis-François Lejeune.

Le 43ème de ligne achève la campagne italienne de l’an IX avec la bataille de Pozzolo. En avril 1801, le régiment rejoint la France et tient garnison dans la ville de Caen pendant deux ans. Il est possible que Jean Joseph revienne voir sa famille entre temps.

Septembre 1803, le régiment se retrouve au camp de Saint-Omer pour s’entraîner en vue d’un débarquement en Angleterre. Mais Napoléon renonce à son projet d’invasion de l’Angleterre et prépare une attaque sur les Russes et les Autrichiens.

Le 43ème régiment de ligne appartient désormais à la Grande Armée. Le 24 septembre 1805, Jean Joseph Sauvé longe le Rhin, entame une marche jusqu’à Vienne et rejoint le champ de bataille d’Austerlitz le 23 novembre, dix jours avant la bataille.

La bataille d’Austerlitz

Austerlitz

Le régiment de Sauvé est au cœur du dispositif. Il attaque le 2 décembre 1805 dès 8 h du matin et défend sa position, comme toutes les troupes françaises présentes sur le plateau d’Austerlitz.

 « Le 43e perdit 42 tués dont un officier et 421 blessés dont 12 officiers sur 1 598 hommes présents à la bataille : 28 % de l’effectif est hors de combat contre à peine 20 % pour la totalité de l’armée [2]».

Le fourrier Sauvé se fait remarquer avec son chef de bataillon Gruyère en s’élançant sur les batteries ennemies. Ils « tuent deux canonniers, en blessent plusieurs, mettent les autres en fuite et s’emparent de la position[3] ». Mais Sauvé est blessé à la main par un coup de feu.

De nombreuses récompenses sont accordées et le fourrier Sauvé est promus au grade de sergent le 9 janvier 1806.

Iéna, Eylau et Heilsberg

Jean Joseph Sauvé poursuit son service dans le 43ème de ligne. Le régiment stationne six mois à Vienne, avant d’affronter à nouveau le feu à la bataille d’Iéna le 14 octobre 1806. Le 22 octobre, il entre dans Berlin et poursuit sur la Pologne. Le 16 février 1807, il affronte les batailles d’Eylau et d’Heilsberg (10 juin). Il rentre en France et regagne Boulogne après plusieurs mois de marche avant de se diriger vers Pontivy en Bretagne, dans un camp provisoire. Il arrive en début juin 1808. Le 43ème est destiné à rejoindre l’Espagne pour une prochaine campagne.

Iéna

Entre temps, Sauvé monte en grade. Il passe sergent major le 4 juillet 1807 et sous-lieutenant le 17 novembre 1808.

 

 La campagne d’Espagne (1808-1813)

 

GuerriersOn retrouve le 43ème de ligne dans les combats de la Sierra Morena le 20 janvier 1810. Le régiment reste deux années dans cette région pour assurer les communications entre Grenade et Séville. Il affronte quotidiennement des bandes de guérilleros. Le régiment déplore de nombreuses pertes.

Le 12 mars 1811, Sauvé reçoit une balle à Ronda. Il est blessé au côté droit. On ignore s’il fait partie de la quarantaine d’hommes détachés dans les hôpitaux ou à Madrid. Après quelques mois de blocus, le régiment est relevé et s’installe fin août dans les environs de Motril. Sauvé reste en Espagne et suit son régiment. Il devient lieutenant le 5 mai 1812.

 

Prisonnier de guerre 

Le 1er juillet 1813, il est fait prisonnier et ne sera rendu que le 27 juin 1814. Nous ignorons le lieu et les conditions de sa détention, mais on sait qu’un grand nombre de prisonniers français étaient dirigés sur l’Ile déserte de Cabrera.

Relation de la situation des prisonniers français détenus dans l'île de Cabrera, depuis le 5 mai 1809 jusqu'au 7 juin 1814 / [Signé : Dubuc] - Impr. de Ve J.-B. Cavazza (Bordeaux) - 1823[4].

Relation de la situation des prisonniers français détenus dans l’île de Cabrera, depuis le 5 mai 1809 jusqu’au 7 juin 1814 / [Signé : Dubuc] – Impr. de Ve J.-B. Cavazza (Bordeaux) – 1823[4].

cabrera

Au cours de la détention de Jean Joseph, Napoléon a abdiqué le 6 avril et a fait ses adieux à la Garde impériale le 20 avant d’être transféré sur l’île d’Elbe.

Le départ des détenus de l’île de Cabrera est effectif le 17 juin 1814 et la date du retour de Jean Joseph Sauvé dans son régiment est le 27 juin 1814, soit dix jours après. C’est la raison pour laquelle il est probable qu’il ait été du nombre de ces prisonniers sur l’île de Cabrera. A son retour, il apprend qu’il avait été nommé capitaine le 14 juillet 1813.

Louis XVII réorganise l’armée. Jean Joseph Sauvé poursuit la campagne de France pendant l’année 1815 et se trouve licencié le 25 septembre 1815.

A cette date, une lettre de recommandation est signé de Rochefort par le major président du 43ème régiment de ligne :

« Il s’est toujours distingué par sa moralité, ses bonnes mœurs, sa bravoure, sa probité et sa conduite irréprochable ».

On apprend qu’il a été proposé plusieurs fois pour la croix de la Légion d’honneur.

« Enfin cet officier s’est rendu recommandable sous tous les rapports, de manière qu’il a constamment mérité l’estime de ses chefs ».

Jean Joseph Sauvé prend une retraite bien méritée le 20 avril 1816 et s’installe à Pontorson.

La Légion d’honneur

Le préfet de la Manche Dugué écrit le 6 février 1854 au Grand Chancelier de la Légion d’honneur pour solliciter l’admission de Sauvé à l’ordre impérial de la Légion d’honneur. On y apprend que le maire de Pontorson l’a proposé à plusieurs reprises. Mais il va falloir attendre encore deux années pour qu’il soit nommé, par décret du 13 juin 1856, chevalier de l’Ordre impérial.

Le procès verbal de réception est daté du 12 juillet 1856. Jules BOUVATTIER, chevalier de l’Ordre et sous-préfet de l’arrondissement d’Avranches, introduit Jean Joseph Sauvé et lui remet son titre de nomination. Ce dernier jure solennellement et publiquement 

« fidélité à l’Empereur, à l’Honneur et à la Patrie. Je jure de me consacrer au bien de l’Etat et de remplir les devoirs d’un brave et loyal chevalier de l’Ordre impérial de la Légion d’honneur ».

La médaille a suivi l’accolade et Jean Joseph signe le procès verbal d’une main quelque peu tremblante.

Caricature

Jean Joseph Sauvé reste célibataire. Il n’entendra jamais de la bouche d’un fils ce vers de Victor Hugo : « Mon père, ce héros au sourire si doux ». Il s’éteint dans sa maison de Pontorson le 16 septembre 1863.

D’autres Ducéens médaillés vont vivre un parcours similaire à celui de Jean Joseph Sauvé. Ils feront l’objet d’une publication ultérieure dans le blog de l’Histothèque Jean-Vitel.

[1] Extrait de son dossier de la Légion d’honneur.
[2] http://lesapn.forumactif.fr/t1869-le-43eme-regiment-d-infanterie-de-ligne
[3] idem
[4] http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5796640m
Pour en savoir plus que Cabrera : www.desaix.unblog.fr/2007/11/10/page-sombre-au-coeur-de-lepopee-napoleonienne/
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