L’affaire Hospice-Ferdinand DESFEUX (1835 – ?)

Hospice-Ferdinand DESFEUX s’installe comme notaire à Ducey en 1860. Il est alors respecté de tous. Mais les habitants du canton sont loin de se douter qu’il va faire l’objet d’une condamnation en 1892.

Qui est Hospice-Ferdinand DESFEUX ?

Hospice-Ferdinand  DESFEUX est né le 21 mai 1835 à Gonneville-la Mallet, petit village de Seine-Maritime, situé à 20 km au nord du Havre et à 10 km d’Etretat. C’est dans ce bourg très commerçant que son père Jacques Noël  DESFEUX, marchand, décide de s’installer après son mariage avec Françoise Michèle LOIVET.

Le couple originaire de Saint-Georges-de-Livoye s’était marié à Brécey le 27 août 1830. Jacques DESFEUX était alors laboureur comme son père. Le 3 mars 1832, Jacques est domicilié à Gonneville-la-Mallet, commune dont le développement commercial est en pleine expansion. De nombreuses maisons et boutiques sont édifiées autour du marché. Jacques est d’ailleurs commerçant et vient déclarer à la mairie la naissance de sa première fille, Amélie Hortense DESFEUX, née ce jour.  Deux ans plus tard, le 15 mars 1834, son épouse met au monde un enfant mort.

L’année suivant, c’est au tour d’Hospice-Ferdinand de naître. Mais sa mère décède huit plus tard, laissant derrière elle un mari et deux enfants en bas âge.

Vers 1839, l’oncle d’Hospice-Ferdinand, nommé Jean-Baptiste DESFEUX, s’installe également à Gonneville-la-Mallet, où il épouse Zoé Rose Victoire HEBERT, fille d’un marchand épicier du Havre, le 17 novembre 1848. Jean-Baptiste est lui-même marchand de parapluies. Son épouse donnera naissance à trois enfants.

Le marché de Gonneville-la-Mallet.

Sa présence à Ducey

Après des études de droit, Hospice-Ferdinand s’installe comme notaire à Ducey en 1860.

Les habitants font connaissance avec cet homme au teint coloré, de petite taille (1,62 m). Il porte la barbe, ses yeux sont bleus, ses sourcils châtain, son front haut, son menton large, son nez concave et ses cheveux gris.

Il épouse à Ducey deux ans plus tard, le 8 septembre, Félicie Sophie Marie LESÉNÉCHAL (née le 18 avril 1831 à Ducey). Elle est la fille d’Auguste Alexis LESÉNÉCHAL pharmacien de Ducey et de Marie Angélique SAUVÉ. Un contrat de mariage est passé devant Maître BARON le 7 septembre 1862. Son père est présent à la cérémonie. Ce dernier a maintenant 58 ans et habite désormais Brécey, préférant revenir au pays, pour y finir ses jours. Le couple a pour témoins l’oncle de la mariée, Gabriel Sauvé, propriétaire et marchand de Ducey, âgé de 60 ans, Alexandre Louis François DESFEUX, entrepreneur de bâtiment, âgé de 32 ans en 1862, domicilié à Paris, cousin germain d’Hospice-Ferdinand, et enfin, Martial LEFÈVRE, 75 ans, notaire honoraire, 1er suppléant de la justice de paix de Brécey.

Une vie de famille

Le 30 mars 1864, Félicie donne naissance à une première enfant, Marie Angélique Joseph DESFEUX. Les oncles de l’enfant : Ambroise SAUVÉ et Auguste LESÉNÉCHAL signent en tant que témoins, à l’enregistrement de l’état civil à la mairie.
Ensuite va naître le 19 août 1866 Auguste Ange Joseph DESFEUX. Ambroise SAUVÉ est encore témoin, avec Arsène LEGENDRE, médecin à Ducey.
Le 9 mai 1872, il se porte acquéreur d’une belle maison bourgeoise, dans le bourg de Ducey, au centre de la Grande Rue.
Mais le 11 avril 1878, un drame survient. Sa fille Marie Angélique décède à l’âge de 14 ans, au domicile de ses parents. Avec le temps, la vie reprend son cours…

L’affaire Desfeux

Sans titre-1

Le 24 juin 1892, le juge de paix de Ducey écrit au procureur de la République au sujet de la plainte du sieur GROULT déposée envers le notaire DESFEUX, qui n’exerce plus. Il précise que les explications du notaire sur le sujet de la plainte sont « des plus confuses ».
Trois jours plus tard, le gendarme Hénon, de Ducey, se présente avec Hospice DESFEUX au greffe de la maison d’arrêt d’Avranches, porteur d’un ordre délivré par le Procureur de la République d’Avranches daté de la veille, et remet le notaire, prévenu d’abus de confiance et de faux qualifiés. Ce dernier est coiffé d’un chapeau de paille. Il porte une chemise en toile rehaussée d’une cravate en coton blanc et surmonté d’un complet gris. Il est chaussé d’une paire de bottes.
Nous en apprenons plus dans une lettre rédigée courant 1892, par le beau-frère d’Hospice-Ferdinand DESFEUX, Auguste Ambroise LESÉNÉCHAL, né à Ducey le 21 janvier 1827, lettre adressée au procureur de la République :

« Le sieur DESFEUX époux de Félicité LESÉNÉCHAL sœur du soussigné a toujours dirigé les affaires de la famille que l’on considérait, attendu sa qualité de notaire, le plus apte à les diriger. Tous avaient en lui une confiance aveugle et illimitée dont il a toujours odieusement abusé, quelques faits entre autres suffiront pour vous édifier sur la conduite de cet ignoble individu.
Primo le 5 octobre 1889, il vint chez le soussigné et lui expose que sa fortune s’élevant à environ 1 000 francs par an était insuffisante pour vivre et payer un domestique et lui demanda à lui abandonner la propriété de tous ses immeubles moyennant une rente viagère de 1 500 francs, plus 10 stères de gros bois à chauffage et 1 200 livres de cidre, le tout chaque année, ce qui fut accepté par le soussigné et peu de temps après, DESFEUX me quitte et revint à la maison avec un papier. Il se mit à écrire. J’avais tellement confiance en lui que pendant qu’il écrivait je fumais ma pipe au coin de mon feu. Il me donna lecture de tout ce qu’il voulait que je sache. Je signais puis partit chez lui en emportant le tout chez lui sans me laisser une copie.
Peu de temps après, il me rapporta un papier en me disant « voilà le titre de votre rente ». Croyant la rente parfaitement assurée sur les immeubles que je lui avais abandonnés et ce n’est qu’après son arrestation que j’ai consulté les titres de rente qu’il m’avait réunis et l’un me dit que ce titre ne contenait qu’une simple constitution de rente viagère à titre gratuit et par conséquent nulle et sans valeur aucune. En voyant cela, j’ai écrit plusieurs lettres à M. DESFEUX pour lui demander l’acte d’abandon de ma propriété pour voir si l’acquis en formant le prix y était mentionné. Il m’a toujours répondu que ma rente me serait toujours servie quoiqu’il arrive.

Toutes ces réponses évasives ne sont pas de nature à rassurer l’exposant sur le sort de sa rente viagère…
Après recherches faites au bureau de l’enregistrement de Ducey et au bureau des hypothèques d’Avranches, il découvre que l’acte mentionné contenait simplement une vente à son profit moyennant un prix de vente à 1 000 francs, stipulé payé comptant au lieu de la rente viagère de 1 500 francs.

« Secundo : par suite de mes recherches, j’ai découvert que DESFEUX au moyen d’une procuration fausse, est allé au greffe du tribunal civil d’Avranches, faire la renonciation  le 16 janvier 1890 en mon nom, à la succession de M. Ambroise SAUVÉ mon oncle dont j’étais héritier en usufruit seulement évalué à approximativement  à 1 000 francs de rente et cela dans le but d’en faire profiter son fils établi légataire de la nue-propriété par testament olographe du 24 juillet 1889 déposé en l’étude de M. AUMONT notaire à Ducey. Il est bien invraisemblable que j’ai jamais eu l’idée de renoncer à un legs qui pouvait annuler la situation précaire où je me trouvais et si je n’ai pas réclamé mes droits à ma succession de mon oncle, M. Ambroise SAUVÉ parce que M. DESFEUX tout en n’ayant l’air de me plaindre en me disant que c’était bien malheureux  pour moi que le tonton SAUVÉ m’en oublie dans son testament, que je n‘avais absolument rien, chose que j’avais toujours cru, ne soupçonnant que le dévot personnage fut un rusé coquin ».

Le 10 avril 1893, Hospice-Ferdinand DESFEUX est interrogé au sujet d’une autre affaire dans laquelle il est impliqué, devant le tribunal de 1ère instance d’Avranches, au Palais de justice. Il comparaît devant Simon Louis LEMARCHAND, juge d’instruction.

Palais de Justice Avranches

Le 20 mai 1893, DESFEUX est transféré à Coutances pour comparaître à la cour d’assises. Voici les faits reprochés :

  • Depuis l’année 1866, il détourne et dissipe au préjudice de M. DALIGAUT, une certaine somme d’argent qui lui avait été remise qu’à titre de dépôt ou de mandat en charge d’en faire un usage ou un emploi déterminé ou de les rendre. Le détournement a été frauduleusement masqué par DESFEUX. Dix ans plus tard, il a été dans l’impossibilité de restituer.
  • Idem pour les époux LEGROS depuis l’année 1883
  • Idem pour Charles ANQUETIL ou de ses héritiers depuis l’année 1883
  • Idem pour dame LAVIGNE depuis l’année 1883
  • Idem pour Louis COSTARD depuis l’année 1884
  • Idem pour les époux ROGER depuis l’année 1884
  • Idem pour la veuve JAMES depuis l’année 1884
  • Idem pour Les héritiers de dame Jean LEROCHEREUIL depuis l’année 1885
  • Idem pour la veuve LEGENDRE depuis le 18 juin 1886
  • Idem pour la dame PEZARD ou de sa fille Mme DINGREVILLE depuis janvier 1887
  • Depuis le 11 octobre 1887, il a détourné ou dissipé au préjudice de Julien DROYER, une certaine somme d’argent qui lui avait été remise en titre de dépôt ou de mandat à charge d’en faire un usage ou un emploi déterminé
  • Idem pour Pierre CAHU depuis le 28 novembre 1887 pour rembourser un emprunt
  • Idem pour le sieur ABRAHAM depuis le 11 décembre 1887
  • Idem pour le sieur Auguste BLOUIN depuis l’année 1887 ou 1888
  • Idem pour la veuve JUGAN depuis l’année 1888
  • Idem pour le sieur LEFRANC depuis l’année 1889
  • Idem pour les époux LEMOULAND depuis le 15 avril 1889
  • Idem pour la demoiselle Victorine COSTARD depuis l’année 1889
  • Idem pour les mineurs DUVAL depuis le 1er août 1889
  • Idem pour la veuve LEPRIEUR née VÉRON depuis le 5 septembre 1889
  • Idem pour Désiré CAHU depuis l’année 1890
  • Idem pour le sieur BARBÉ depuis le 20 février 1890
  • Idem pour M. Louis VAUTIER depuis le 12 mars 1890
  • Idem pour le sieur DESHAYES depuis le 1er juin 1890
  • Idem pour le sieur MANCEL depuis Le 5 décembre 1890
  • Idem pour M. LOTTON depuis décembre 1890
  • Idem pour Melle DESCLOS depuis l’année 1891
  • Idem pour les demoiselles HEUDELINE depuis l’année 1891
  • Idem pour la veuve BILHEUX depuis février 1891
  • Idem pour la dame VALLÉE depuis février 1891
  • Idem pour le sieur FAUVEL depuis mars 1891
  • Idem pour les héritiers du sieur GARNIER depuis le 1er septembre 1891
  • Idem pour les époux LEMOULAND depuis le 26 décembre 1891
  • Idem pour la veuve LEMARCHAND depuis février 1892
  • etc : 96 en tout

Coutances Palais de justice

Il est condamné à 6 ans de réclusion et au remboursement des frais dus à l’Etat. Après avoir subi la peine, le condamné ne sera pas soumis à l’interdiction de séjour.

Le 18 décembre 1893, un tuteur légal pour gérer et administrer les biens de DESFEUX doit être nommé. Le juge de paix du canton de Ducey convoque dans la salle d’audience sise en l’Hôtel de ville de Ducey :

  • MAHÉ, maître bottier à Avranches, résidant rue de la Constitution, 40 ans, cousin germain par alliance
  • Arsène BOUTELOUP, maître bottier domicilié rue du Tripot à Avranches, 53 ans, cousin germain par alliance
  • Louis DARDENNE, menuisier, 53 ans, voisin de DESFEUX
  • François LETOURNEUR, fils marchand de grain, 39 ans, son voisin
  • François LETOURNEUR père, 68 ans, son voisin
  • Jacques AUBOUIN, 59 ans, rentier, son voisin

Les quatre derniers étant ses amis, à défaut de parents. Léon MARIETTE ayant refusé de se charger de la tutelle des biens d’Hospice-Ferdinand DESFEUX.

Epilogue

1863-12-17 Ducey Desfeux Hermon a

Deux ans plus tard, le 13 juillet 1895, il bénéficie d’une libération conditionnelle à partir du 18 juillet. Sa maison est vendue dans les mois qui suivent, à la bougie. Nous ignorons ce qu’il est devenu. Est-il parti aux Amériques comme l’ont prétendu quelques Ducéens ? Peut-être que les lecteurs du blog pourront nous apporter des éléments de réponse.

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2 commentaires pour L’affaire Hospice-Ferdinand DESFEUX (1835 – ?)

  1. Merci pour l’info.
    En effet, Hospice-Ferdinand DESFEUX est bien décédé le 2 juin 1896 à Caen, à son domicile, au 13 Rue Hamon. Les recensements de l’année 1896 permettent de constater qu’il vivait avec son épouse Félicité Marie LESENECHAL et qu’il n’avait pas divorcé. Son fils Auguste, alors âgé de 29 ans, directeur de locations et sa belle-fille Emma THOLOU, 24 ans, vivaient dans le même appartement. Dans l’immeuble, se trouvait l’atelier de photographies d’Alphonse GROSSIN.
    Apparemment, Hospice-Ferdinand DESFEUX ne s’est pas exilé aux Amériques !

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