Les instituteurs de Ducey morts pour la France pendant la Grande Guerre

Ecole Garçons publiques Ducey

Tableau en mémoire des anciens maîtres morts pour la patrie.

Le dimanche 18 juillet 1920, un tableau offert à l’Ecole de Ducey par l’Amicale des anciens élèves, est posé dans une des classes. M. FAVIER, inspecteur primaire et le Dr. Fleury, conseiller général et maire de Ducey, président la cérémonie pour honorer la mémoire de quatre instituteurs morts pour la France lors de la Grande Guerre : Henri DEROU, Albert HEDOUIN, Victor REFUVEILLE et Jules ONFROY.

Les enseignants de la Manche dans la Grande Guerre

Le 2 août 1914, le ministre de l’Instruction Publique rédige un télégramme adressé à tous les préfets de France. Parmi eux, le préfet de la Manche GIRAUD, le fait suivre aux maires du département :

« Je vous confirme ma dépêche du 1er août. Les instituteurs qui ne sont pas appelés sous les drapeaux n’hésiteront pas à faire au pays le sacrifice de leurs vacances. Ils resteront à leur poste jusqu’à la fin de la crise ; ils offriront leur concours aux autorités civiles et militaires. Tout citoyen trouvera près d’eux des conseils, tout père de famille du réconfort. Ils auront soin de mettre la population en garde contre les fausses nouvelles, leur rappelant que seules les dépêches officielles méritent créance. Ils donneront dans chaque commune l’exemple du sang froid et du zèle patriotique, comme leurs collègues plus jeunes donneront dans chaque régiment l’exemple de l’héroïsme. »

10 a

Classe de Louis LEROY, instituteur à Ducey en 1891 puis en 1903.

Pour les autres, ce sera le front. Olivier JOUAULT du service éducatif des Archives Départementales de la Manche, dans une étude tirée du Didac’doc (n°43 novembre 2013), estime que 106 membres de l’enseignement public sont identifiées comme victimes manchoises de la Grande Guerre :

« Sur ces 106 individus,

  • 80 étaient des instituteurs à proprement parler (stagiaires ou titulaires), c’est-à-dire en charge d’une classe élémentaire dans le département (75 %),
  • 7 étaient professeurs ou instituteurs délégués aux écoles primaires supérieures de Granville, Périers, Valognes, Saint-Lô et Carentan,
  • 3 professeurs en collège (Mortain) ou lycée (Cherbourg, Coutances),
  • 1 répétiteur (Mortain),
  • 2 professeurs à l’Ecole Normale de Saint-Lô,
  • 13 élèves maîtres (12 %)
  • 79 % des enseignants dont la situation est connue (105 cas) sont gradés ».

http://archives.manche.fr/didacdoc.asp#I0

Les instituteurs de Ducey

Eglise de Quettrev-sur-SienneDEROU Henri, Ernest, Thomas est né le 7 mars 1890 à la Bloutière. II est nommé instituteur à Ducey le 1er janvier 1909. C’est sa première nomination. Il enseigne à Sacey lorsqu’il est mobilisé et il incorpore le 2ème Régiment d’lnfanterie.
Henri DEROU meurt sur le champ d’honneur à Saint-Laurent-Bangy (Pas-de-Calais), le 17 décembre 1914 et il est promu adjudant sur le champ de bataille. Le régiment a perdu 11 officiers et 725 hommes tués, blessés ou disparus.

Son nom figure sur le monument aux morts de la Bloutière et sur celui de Quettreville-sur-Sienne.

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Monument aux morts de Gavray.

HEDOUIN Albert, Ernest est né le 5 avril 1880 à Gavray. II se marie le 16 août 1905 à Ducey avec Augustine Julie Babin (1880-1965). Nommé instituteur à Ducey dans un premier temps, il poursuit sa carrière à Saint-Cyr-du-Bailleul, son dernier poste avant sa mobilisation. Il incorpore le 2ème R.I. en tant que caporal et meurt au champ d’honneur le 16 juin 1915 à Roclincourt (Pas-de-Calais).

L’attaque du 16 juin est racontée par un témoin, Auguste Allix, sous-lieutenant, habitant La Rochelle-Normande et également instituteur à Sartilly puis à Lolif.

« L’heure H nous parvient dans la matin du 16, transmise par téléphone sous la forme d’un rebus . H – 12 h 15. Le 2ème a pris ses emplacements pendant la nuit, aucun mouvement de troupe ne devant avoir lieu après 2 h. (…). A 12 h 14, toutes les batteries se déclenchent avec un ensemble parfait. L’artillerie allemande, déjà très active, riposte avec énergie. On apprend bientôt que le bataillon d’attaque a pris pied dans la première ligne ennemie et fait environ 90 prisonniers dont un oberlieutenant. L’artillerie ennemie redouble d’intensité. Nos tranchées, où le reste du régiment est massé, sont furieusement bombardées. (…). Vers 16 h, on apprend que la tranchée conquise a été abandonnée par suite d’une contre-attaque menée par l’ennemi. A ce moment, nos tranchées présentent un aspect indescriptible. Tout est bouleversé, labouré, retourné. II ne reste plus ni tranchées, ni abris, ni boyaux. Le sol est jonche de cadavres et de blessés. L’unique boyau par lequel on peut accéder à I’emplacement de notre ancien front est rempli de soldats du 136ème qu’on a appelé à la rescousse et de brancardiers qui transportent des blessés avec mille difficultés ».
Les pertes sont importantes 1 100 hommes et 27 officiers.

Albert HEDOUIN figure sur le monument aux morts de Gavray.

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Victor REFUVEILLE en 1907.

REFUVEILLE Victor, Jules est né le 7 mars 1881 a Montviron.
Son premier poste dans l’enseignement date du ler septembre 1901 a Saint-Laurent-de-Terregatte jusqu’à l’année suivante. Apres son service militaire (1902-1903), iI se retrouve aux Loges-Marchis de 1903 à 1904 avant d’être nommé instituteur à Ducey le ler septembre 1904, titulaire de la 5ème classe. II y reste en poste jusqu’au 16 octobre 1908, date à laquelle, il se retrouve à Cérences comme instituteur-adjoint.
Lors de sa mobilisation, Victor Réfuveille est instituteur à Beauchamp. II entre dans le 7lème Régiment d’lnfanterie et se fait tuer au champ d’honneur le 8 septembre 1915 à la Harazée (Marne) au bois de la Gravie. Il meurt en résistant à une importante attaque allemande, appuyé par un bombardement de gaz lacrymogène, dans le secteur de la Fontaine aux Charmes.

9 a

Classes de M. MACE et de M. REFUVEILLE, Ducey, 1907.

Victor REFUVEILLE figure sur le monument aux morts de Beauchamp et sur celui de Champcervon.

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ONFROY Jules, Auguste est né le ler août 1876 a Gatteville. II est nommé instituteur à Ducey le 16 octobre 1909. A la mobilisation, iI est instituteur à Ravenoville. Recruté à Cherbourg, iI entre au 264ème Regiment d’lnfanterie (l4ème Compagnie) comme sous-lieutenant.

Jules ONFROY meurt au champ d’honneur le 7 septembre 1916 à Estrée (Somme).

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Monument aux morts de l’enseignement public, de Saint-Lô (commons.wikimedia.org).

Ainsi ces quatre enseignants rejoignent le nombre impressionnant de tous les membres de l’enseignement public de la Manche tombés au champ d’honneur. Un monument leur sera édifié à Saint-Lô en 1922 et inauguré 12 ans plus tard, suite au combat des partisans à la réhabilitation de l’instituteur Théophile MAUPAS, fusillé en mars 1915.
Cet article permettra, peut-être, de prendre contact avec la famille de ces enseignants et ainsi de retrouver leurs photos afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli.

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