Alphonse LENOIR, maire de Saint-Quentin-sur-le-Homme (1)

Rue_Lenoir_SQ_plaque (FILEminimizer)Lors de la dénomination des rues à Saint-Quentin-sur-Le-Homme, une des rares personnalités à être mise à l’honneur est Alphonse Lenoir. Le choix de la voie portant ce nom, devant la mairie, rappelle l’importance de l’homme pour la commune.
Mais qui est cet ancien maire, parisien de naissance, dont le souvenir est toujours présent grâce au puits, devant la porte de la maison communale ?
Comment et pourquoi cet homme, dont l’influence au plus haut sommet de l’État pendant plus d’une vingtaine d’années, a-il choisi Saint-Quentin ? Qui est-il pour être si généreux envers la commune ?
L’Histothèque Jean-Vitel essaie, ici, de regrouper le puzzle d’éléments disparates pour donner un simple aperçu du personnage. Au gré des découvertes documentaires, la connaissance d’Alphonse Lenoir est appelée à évoluer. L’Histothèque essaiera d’en assurer l’archivage sans obligatoirement, mettre à jour cet article qui ne se veut pas une analyser biographique, trop complexe, pour notre simple association.

En premier lieu, pour comprendre sa venue dans la région, il est nécessaire de remonter jusqu’à son grand-père.

Marie Gabriel Abel Lenoir, dit Abel Lenoir, grand-père d’Alphonse

Employé de la Préfecture de la Seine, il vient, en 1856, passer les quinze dernières années de sa retraite à Avranches.
Veuf de Hélène Royer, décédée en 1855 à Saint-Hilaire-du-Harcouët (Manche), il est marié en secondes noces à Jeanne Loisel.
Il décède chez sa fille, épouse de l’avoué Théophile Heslouin, à Fougères le 4 janvier 1872 , à l’age de 76 ans.
Marie Gabriel Abel Lenoir (comme il est porté sur l’acte de décès) est le fils de Cyprien Lenoir et de Anne Goyault.

Abel Lenoir a au moins deux enfants :

  • une fille, Marie, épouse de Théophile Heslouin, décédée en 1893, à 59 ans, à Fougères.
  • un fils, Paul Lenoir (1826, 1893)

Ancien rédacteur du journal Le Siècle, il participe assidûment au Journal d’Avranches de 1855 à 1868 aux côtés de l’Abbé Deschamps du Manoir, de M. Louis de Tesson, président de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, de M. Laisné, l’ancien directeur principal du Collège, de M. Beau, imprimeur, et de sa fille, Mme Hambis, personne aussi instruite que distinguée. (Revue de l’Avranchin, 1906, page 1160)

Membre de la Société d’Archéologie de Littérature, Sciences et Arts d’Avranches et de Mortain, le président de cette société dira de lui : Abel Lenoir fut le dernier soutien de notre Société dans son ancien période d’anéantissement.(Revue de l’Avranchin, T IV, 1888, N° 1)

Le Journal d’Avranches était une feuille d’opposition monarchique et catholique qui menait une vive campagne contre l’Avranchin, organe gouvernemental et démocratique. (Dictionnaire biographique international des écrivains, 1987, H. Carnoy)

Paul Lenoir, fils d’Abel et père d’Alphonse

Remarque : Suite à la destruction des archives de Paris pendant la commune, il est difficile de reconstituer l’état civil de la famille, cependant certains actes ont pu être retrouvés.

Paul Lenoir, né le 7 avril 1826, se marie le 18 août 1860 avec Éléonore Frédérique Maillard. Née à Spire en Bavière en 1831, Éléonore décède en son domicile, rue Cardinal Lemoine, Paris V ème, le 23 mars 1887.

Le couple reconnaît, lors de son mariage, quatre fils :

  • Alphonse Paul Lenoir, né le 10 décembre 1852 à PARIS XVII, quartier des Batignolles.
  •  Paul Émile Lenoir, né le 23 octobre 1854 à PARIS
  • Jules Émile Lenoir, né le 20 décembre 1857 à PARIS
  • Charles Paul Lenoir,né le 24 avril 1860 à PARIS XVII. Il est, avec Alphonse, témoin au décès de leur mère en 1887. Charles est, alors, employé de commerce, vivant au domicile de ses parents, rue Cardinal Lemoine.

puis viendront :

  • Marie Pauline, née le  30 septembre 1862
  • Alfred Paul, né le 26 oct 1864
  • André Paul, né vers 1871
  • Henri, né vers 1884

Vers Fiche généalogique d’Alphonse Lenoir 

Architecte du Gouvernement, en 1869, Paul Lenoir est, ensuite, inspecteur au Ministère de l’Instruction Public et des Beaux-Arts, en 1889.
En tant qu’architecte, il participe à la construction d’asiles d’aliénés en particulier celui de Saint-Venant (Pas-de-Calais).

(Pour en savoir plus sur cette construction, voir Archives Pas-de-Calais et Plan établi par P. Lenoir et également, sous le service Gallica de la BnF, les fascicules de délibérations du Conseil Général du Pas-de-Calais de l’époque.)

Sur ce type de construction, il publie Considérations générales de la construction et l’organisation d’asiles d’aliénés, livre précurseur en la matière.

Lenoir_Paul_plan_architecture (FILEminimizer)

Présenté par son fils Alphonse et par le Président de la Société d’Archéologie de Littérature, Sciences et Arts d’Avranches et de Mortain, Le Héricher, Paul Lenoir devient membre de cette société en 1888.
Pour officialiser son introduction, il offre son grand et imposant ouvrage Histoire du réalisme et naturalisme dans tous les temps, volume de 800 pages, paru en 1889. C’est une sorte d’histoire générale de la poésie et de l’art, de l’Inde à la Chaldée, en passant par la Syrie, la Perse…

L’auteur se propose de rechercher et de noter, dans tous les temps et chez tous les peuples, ce que la poésie, la sculpture et la peinture ont dû de beauté absolue au sentiment profond et à l’exacte observation de la « nature ».
Les rapports entre le père Paul et le fils Alphonse, ainsi que l’écriture d’un tel livre, ont-ils eu, par la suite, une influence sur les choix d’Alphonse Lenoir lors de la construction de sa future Villa Primavera

Retiré à Triel-sur-Seine, il décède le 14 mars 1893, à Le Pecq (78), en maison de retraite. Officier d’académie, il n’a jamais eu la Légion d’honneur.(confirmation apportée par le musée de la Légion d’honneur et des Ordres de chevalerie)

Alphonse Paul LENOIR

Né dans le quartier des Batignolles, le 10 décembre 1852, Alphonse Lenoir est certainement venu faire des études à Avranches, près de son grand-père Abel.

Volontaire d’un an, en 1872-1873, pour le service militaire, sous-lieutenant d’artillerie de réserve de 1874 à 1882, il est nommé jusqu’à sa libération de ses obligations militaires lieutenant d’artillerie territoriale.

Il se marie le 21 septembre 1878 à la mairie du IX ème arrondissement de Paris avec Marguerite Joséphine Huvet.
Alphonse demeure à Paris, 7 rue Crêtet, avec ses père et mère au moment de son mariage. Il est architecte, comme son père Paul.
Marguerite Huvet, sans profession, est mineure. Née le 8 janvier 1861, dans le XVII ème, elle n’a que 17 ans. Elle demeure boulevard Haussmann, à Paris, chez ses parents, Jules Huvet, vannier, et Anaïs Grillat.
Le boulevard Haussmann, de construction récente, est déjà le lieu très prisé de la capitale. Il faut donc voir en Jules Huvet, un vannier négociant aisé.
Le mariage n’a pas donné lieu à l’établissement d’un contrat.

Le lieu de résidence des témoins du mariage conforte l’idée que le Sud-Manche a un intérêt pour Alphonse Lenoir :

  • Maître Théophile Heslouin, avoué de 45 ans, demeure à Fougères (Ille-et-Vilaine), c’est son oncle par alliance.
  • Jules Huard, négociant de 40 ans, demeure à Villedieu (Manche),
    deux villes proches d’Avranches et de Saint-Quentin-sur-le-Homme.

Un autre témoin indique déjà son intérêt pour le milieu professionnel vers lequel il se dirige :

  • Henri Privat, 40 ans, journaliste, demeurant rue Duperré, à Paris.

Le 4 mai 1879, naît à Paris (IX), Suzanne Jeanne Lenoir, le premier enfant du couple.

Vers 1880, Alphonse Lenoir rentre, définitivement, dans le monde de la presse et des journaux, comme publiciste.

Publiciste : Dans la seconde moitié du XIX ème siècle le terme « Publiciste » est préféré par les auteurs d’articles de fond qui veulent se distinguer des auteurs de rubriques communes. En général, les publicistes rédigent des articles politiques.

La famille s’installe dans les années 1880, à Triel-sur-Seine (département actuel des Yvelines).
Dans cette ville naît, le 28 juin 1885, leur fils Pierre Paul Lenoir dont la fin sera tragique.
Les témoins de la naissance sont Jacques Louis Thomas Bagot, docteur en médecine, et Hector Pessard, homme de lettres, chevalier de la Légion d’honneur.

Gene_Lenoir_1

Cliquer sur l’image

Pourquoi Triel ? Cette cité est alors le lieu de villégiature de la bourgeoisie aisée. Les nombreuses villas et domaines résidentiels sont le souvenir de ce passé argenté. De plus, suivant un acte de vente, Paul Lenoir y avait acquis des terrains dès 1859.

Le recensement effectué en 1886 pécise que la famille habite au 7, Grande-Rue (ou rue de Paris).
Outre Alphonse Lenoir, chef de famille, publiciste, et sa femme Marguerite habitent à cette adresse :

  • Suzanne Lenoir, 7 ans, leur fille
  • Pierre Lenoir, un an, leur fils
  • Jeanne Marteau, 28 ans, une parente (on retrouvera plus tard ce nom de famille)
  • Auguste Gallois, 24 ans, jardinier, employé
  • Marie Lefloch, 15 ans, domestique
  • Céline Lesage, 22 ans, bonne d’enfants.

La famille Lenoir n’a pas été retrouvée sur les recensements de 1881 mais l’acte de vente cité ci-dessus indique qu’Alphonse Lenoir y réside toujours en 1892.

Cette ancienne adresse, 7 Grande-Rue, correspond à la Villa Le Manoir.

La Villa Le Manoir

le manoir_2007 (FILEminimizer)

Le Manoir à Triel_arriere (FILEminimizer)

La Villa La Caillasse, propriété d’Alphonse Lenoir dont il est également l’architecte.

La_Caillasse_plan (FILEminimizer)

Plans signés A. Lenoir

La Caillasse-199 Rue Paul Doumer à triel (FILEminimizer)

Villa La Caillasse

Mais, Alphonse Lenoir possède également plusieurs autres propriétés à Triel-sur-Seine en particulier la villa La Riviera.

  • La Villa La Riviera
La Riviera à triel (FILEminimizer)

actuellement

Triel_Riviera_CP (FILEminimizer)

carte postale ancienne

  • la villa Le Mesnil

Triel_Le Mesnil_CP (FILEminimizer)

Les recherches de l’association Triel Mémoire & Histoire ont permis de mieux connaître les intérêts d’Alphonse Lenoir dans cette ville de Triel et de compléter la généalogie Lenoir. Merci à cette association et tout particulièrement à Maryse pour sa disponibilité et la qualité de ses renseignements. Voir le site : http://www.trielmemoirehistoire.fr

En 1888, alors qu’il n’habite pas encore l’Avranchin, il adhère à la Société d’Archéologie de Littérature, Sciences et Arts d’Avranches et de Mortain, sur présentation de son ami Nativelle et du Président Le Héricher.
La Revue de l’Avranchin relate ce fait : Alphonse Lenoir a envoyé de Naples son adhésion empressée à son ancien prof. de rhétorique et nous avons de lui plusieurs lettres qui sont d’un écrivain. Il a beaucoup écrit dans les journaux, dans les Revues spéc., la Nouvelle Revue, dite de Mme Adam, sous son nom et sous des pseudonymes, mais il veut y être inscrit sous le titre simple de publiciste.

Licencié ès lettres, Édouard Le Héricher est professeur à Alençon et à Argentan, dans l’Orne. Installé à Avranches dès 1839, il y devient régent de rhétorique au collège.

Natif d’Avranches, M. A. Nativelle est administrateur d’une sucrerie dans l’Oise. Il adhère, en 1888, à la Société d’Archéologie présidée par son ancien professeur Le Héricher.

Alphonse Lenoir, tout comme son ami Nativelle, ont donc eu Le Héricher comme professeur lorsque celui-ci enseignait à Avranches.

Lors de cette adhésion à la Société d’Archéologie, comme le veut la tradition, Alphonse Lenoir offre une de ses œuvres littéraires, La Danse Macabre, roman parisien, paru chez Ollendorf en 1889. Ce n’est pas un roman impérissable, si l’on en croit la critique parue dans l’Année Littéraire de 1889 :

J’ai lu encore, cette semaine, un roman très singulier de M. Alphonse Lenoir, Danse macabre, Il y a de tout, en ce volume, de l’observation, de l’humour, de l’ironie, du fantastique, du drame. Il y manque un peu de pondération, tous ces éléments se heurtent un peu bizarrement mais il y a là des parties curieuses. Cette étude d’une petite danseuse, moitié cœur, moitié raison, qui calcule froidement ses intérêts qui s’emballe, en même temps, dans une vraie passion tient, en fille avisée, à se donner intacte à un vieil abonné de l’Opéra, et qui se livre avec une sorte de frénésie, le lendemain, à un brave garçon naïf qui voulait ingénument l’épouser, cette étude d’une gamine précoce qui sait la vie, qui la voit telle qu’elle est et qui a besoin, tout de même, d’y mettre un peu de poésie, est, par moment, finement traitée, avec quelque subtilité d’analyse.
Le dénouement, par exemple, le dénouement qui justifie le titre du roman rentre dans le domaine du chimérique. Au milieu d’une soirée de fêteurs blasés, qui ont eu l’étrange idée de revêtir la noire livrée des croque-morts, le père de la danseuse, un vrai croque-mort, lui, survient, et il tue sa fille d’un coup de couteau. Tout cela est bien gros et bien mélodramatique pour un si aimable croquis.

Pour mieux connaître l’écriture d’Alphonse Lenoir, le récit d’un transfert de parlementaires d’Alger à Constantine est accessible par ce lien.
La caravane parlementaire
Ce compte-rendu de voyage est paru dans la Nouvelle Revue. (réf Gallica BnF)

L’arrivée d’Alphonse Lenoir à Saint-Quentin-sur-Le-Homme

Au mois de novembre 1892, le domaine de Lillemanière, ou plus exactement l’Isle-Manière, est mis en vente. Des annonces sont diffusées dans les journaux parisiens

Du journal le Matin en date du 21 novembre 1892

Nous signalons particulièrement à tous les amateurs de belles propriétés une remarquable occasion :
Il sera mis en vente le 7 décembre prochain, au Palais de Justice, à Paris, par les soins de Me Ransons, avoué, 7, rue Drouot, en onze lots, avec la faculté de réunion pour les deux premiers lots et sur une mise à prix totale de 331 050 fr., le domaine et très beau château de Lillemanière, connu sous le nom de Propriété Marquis.
La contenance totale est de deux cents hectares environ.
Ligne d’Avranches à Vire, station de Pontaubault, laquelle se trouve devant le portail même du parc, à proximité de la mer et du mont. Saint-Michel ; superbe parc, arbres séculaires, rivière très poissonneuse traversant la propriété ; pièce d’eau ; pays de chasse. Conviendrait non seulement pour l’agrément, mais aussi pour l’élevage ou la culture.
S’adresser pour visiter à M. Mariette, architecte à Avranches.

Du Monde Illustré

vente_lillemaniere_1892.

C’est donc tout un grand ensemble qui est mis aux enchères : le château, la ferme de Fougerolles et la ferme des Verdières, plus de 200 hectares ayant appartenu à M. Marquis, célèbre chocolatier à Paris. Ce dernier avait, vers 1860, rajouté deux ailes au château et doté le domaine d’une ferme modèle à Fougerolles.

S’il n’est pas établi qu’Alphonse Lenoir achète Les Verdières, il est certain, cependant, qu’il devient propriétaire du château de l’Isle-Manière et de la ferme de Fougerolles en 1893.

Lenoir_domaine_ST_Quentin_1893 (FILEminimizer)

Que représente la mise à prix de 331 050 francs en 1892 ?
Un bon ouvrier touche un salaire annuel d’environ 1200 francs en 1900. Cela représente donc plus de 260 années de travail. ( source site de Thomas Piketty, Directeur d’études à l’EHESS ).

Chateau_isle_Maniere_1910_V2 (FILEminimizer)

 

Outre le domaine de St-Quentin-sur-le-Homme, il possède également sa résidence principale à Paris , rue de Tocqueville dans le XVII ème et diverses propriétés en particulier à Triel-sur-Seine.

En arrivant à Saint-Quentin, Alphonse Lenoir retrouve un ancien condisciple du collège d’Avranches, M. Basnel, curé de cette paroisse depuis 1890.(cf : Monographie de Saint-Quentin, Abbé Cudeloup)

St Quentin Ferme Fougerolles_blog (FILEminimizer)

L’Isle-Manière, décrit par Alphonse Lenoir

LE CHÂTEAU DE L’ISLE-MANIÈRE
Le château de l’Isle-Manière est situé dans la commune de Saint-Quentin, canton de Ducey. Saint-Quentin est une vieille terre de noblesse sur laquelle s’élevaient autrefois de nombreuses demeures seigneuriales, qui formaient comme une ligne de châteaux, depuis le Quesnoy d’Avranches jusqu’au castel de Ducey, habité longtemps par les Montgommery.
Mais de ces terres seigneuriales de Saint-Quentin, disait, en 1845, Le Héricher, dans son Avranchin monumental et historique, la première est l’Isle Manière.
« L’Isle-Manière ou l’île du Manoir est située sur un holme de la Sélune, au pied du mamelon couvert de cette belle foutelaie (de fouteau, autre nom du hêtre) qui ressemble à une coupole de verdure ou à un gigantesque tumulus. Bâti sur la Sélune, aux rives blanches de tangue, à l’endroit où elle n’est plus rivière et n’appartient pas à la mer, abrité sous sa luxuriante foutelaie, entouré de jardins où s’associent la régularité ou les caprices d’un art plus récent, le château de l’Isle Manière est la plus belle villa des environs d’Avranches.
Le château actuel n’a rien d’antique; en effet, sa construction, ainsi que l’indique une inscription encore visible dans l’ancienne cuisine du sous-sol, remonte au commencement du siècle, « en l’an XII de la Révolution, 1er de l’empire de Napoléon 1er (1804) ».
En fait, ce château n’a aucun style défini. L’avant-corps en forme circulaire est la seule marque qui puisse rappeler le cachet de l’empire, qui se trouve dénaturé par l’adjonction dans la silhouette générale de deux pavillons construits vers 1865. Le seul vestige qui puisse intéresser un peu les archéologues, c’est une tourelle coiffée d’un toit en poivrière, qui subsiste dans le parc, sur le bord d’une pièce d’eau, au milieu de laquelle autrefois s’élevait, dit-on, le donjon du château féodal.
Cette tourelle serait la base restaurée d’une des quatre tours qui flanquaient le principal corps de logis. C’est du moins l’affirmation que nous tenons des plus anciens habitants du pays. Dans tous les cas,nous ne trouvons là qu’un bien modeste échantillon des « diamantines tours, chantées jadis par le poète Jean de Vitel (1), qui passa une partie de sa vie à l’Isle Manière, étant né au manoir de Lentilles, situé de l’autre côté de la Sélune.
Nous ne rappellerons, à ce propos, que pour mémoire, l’origine donnée au château de l’Isle-Manière, par Jean de Vitel. Voulant sans doute établir que la fondation de ce castel remonte aux époques les plus reculées, il imagina, selon la mode du temps, de lui trouver une origine mythologique, et raconte que c’est tout simplement le dieu Lyrmano qui bâtit Lyrmanière.

(1)Poète avranchois qui vivait au XVIe siècle dans La Prinse du mont Saint-Michel

(Extrait de La Normandie monumentale et pittoresque, édifices publics, églises, châteaux, manoirs, etc.Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)

Il semble plus plausible que la dénomination Isle-Manière vienne de isle au sens de terrain entouré d’eau et Manière de marnière, la tangue, la marne.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pourquoi l’achat un tel domaine avec deux fermes ?
Si Alphonse Lenoir est né à Paris, il s’intéresse et s’implique dans la vie rurale.
Amateur de chevaux de courses, il est propriétaire d’une importante écurie, plus de 40 chevaux qui concourent sur les hippodromes parisiens et régionaux.
Son étalon, Isle-Manière, est souvent cité dans la presse spécialisée dans le trio gagnant des épreuves hippiques.
Alphonse Lenoir est, en outre, un généreux donateur contribuant à la dotation de nombreuses courses.

Dès son arrivée dans sa nouvelle propriété, Alphonse Lenoir souhaite acquérir une étable de choix.
Dans la Revue vétérinaire des travaux français et étrangers, du 25/11/1894, on peut lire :

Vente de bétails : Une vente importante de bêtes à cornes vient d’avoir lieu aux environs d’Avranches, à la ferme du Domaine (de Ducey?)
les enchères ont été très élevées ; mais malgré les hauts prix, nous avons été heureux de constater que les animaux de tête sont presque tous restés dans le pays. La vache, qui avait obtenu le premier prix au concours de l’arrondissement, a été vivement disputée entre M. Desauville, un éleveur de Caen, un de l’Eure, un de Saint-Lô et M. Lenoir, propriétaire de L’Isle-Manière ; c’est à ce dernier qu’elle a été finalement adjugée au prix respectable de 2000 francs. M. Lenoir a également acquis, au prix de 1080 francs, la génisse de dix-sept mois, premier prix à Quimper et à Avranches.

On retrouve également son nom dans la presse locale, associé à des prix obtenus par ses bovins.

Ses états de services, présentés lors de sa demande de la Légion d’honneur, sont multiples dans le domaine agricole :

  • Président fondateur du Comice agricole de l’arrondissement d’Avranches.
  • Vice-président fondateur de la société hippique de l’arrondissement d’Avranches (dont M. Bazire, de Dragey, sénateur, en est le président).
  • Vice-président fondateur de la société hippique des courses du Mont-Saint-Michel.
  • Vice-président fondateur de la société hippique des courses de Genest (Manche)
  • Président d’honneur du Comice agricole du canton de Ducey (Manche)
    2 fois membre du jury à l’Exposition universelle de 1900 :
    ⇒Concours des animaux de reproduction
    ⇒Concours hippique international
  • Membre du jury dans les concours de Paris depuis 1895 et dans les concours régionaux.
  • Fondateur du Journal des Agriculteurs de la Manche. Il en est le directeur pendant deux ans.

dressage_chevaux_1901

Pour surveiller son domaine, Alphonse Lenoir emploie un garde assermenté, comme on peut le lire dans le Journal de Ducey de mars 1908 :

Prestation de serment : Le sieur BARBÉ Pierre de Saint-Quentin a prêté serment en qualité de garde particulier des propriétés de M. Lenoir, propriétaire à L’Isle-Manière, à l’audience de mercredi dernier.

Candidature d’Alphonse Lenoir au Conseil Général

Le 27 juillet 1895, un pamphlet, paru dans le Journal Socialiste de la Manche, organe hebdomadaire des Travailleurs, attaque la candidature au conseil d’arrondissement d’Avranches des personnalités soutenues par le sous-préfet d’Avranches. Il s’agit de Desdouitils (maire d’Avranches) et d’Alphonse Lenoir.

Au delà des commentaires tendancieux, certains pans de l’activité d’Alphonse Lenoir transparaissent, reliant les finances, les journaux et la politique.

Si l’article semble faire erreur sur l’activité de son père à Fougères, il est bien renseigné sur quelques unes de ses relations parisiennes.
Il fait également allusion aux nombreuses possessions immobilières d’Alphonse Lenoir à Triel-sur-Seine.

Alphonse Lenoir est battu, Desdouitils est élu. Le journal Le Socialiste de la Manche, du 10 août 1895, ironise sur sa défaite :

L’échec de M. Lenoir a détruit, c’est certain, bien des rêves dans l’étal-major opportuniste de la région d’Avranches qui ne demandait qu’à se voir initier par le châtelain de « l’Isle-Manière » aux. grandes affaires et à profiler de ses grandes relations. Nul doute que cet état-major dont les ailes sentent légèrement le roussi ne tente un suprême et dernier effort à la prochaine occasion.
Malheureusement pour ces nobles projets, ils viennent un peu tard, le vent ne soufflant plus précisément du côté de l’opportunisme qu’abandonnent de plus en plus et les républicains pour le socialisme et les ralliés pour le cléricalisme le plus puissant des partis réactionnaires. Il est possible que M. Doulelleaux malgré son flair, ne sente pas ce mouvement en train de diviser, la France en deux grands partis : le socialisme libre-penseur et l’anti-socialisme réactionnaire et clérical; mais il n’en existe pas moins. Si donc M. Lenoir veut terminer dans la politique sa carrière honorablement commencée dans la finance, il fera bien d’accompagner quelquefois à la messe le rédacteur en chef du « Nouvelliste » et de chercher du coté droit les électeurs que la gauche lui refuse et que le centre appelé à disparaître ne saurait plus fournir. En homme pratique qu’il est, M. Lenoir l’aura vite compris, et nous assisterons prochainement à une incarnation nouvelle du rouleur d’or à Triel et autres lieux.

Sa candidature au conseil d’arrondissement est un échec, mais sa candidature au conseil municipal de Saint-Quentin-sur-le Homme est tout autre.

 

À suivre (2)

Publicités
Cet article, publié dans => Personnalités, Saint-Quentin-sur-le Homme, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Alphonse LENOIR, maire de Saint-Quentin-sur-le-Homme (1)

  1. Ping : Alphonse LENOIR, maire de Saint-Quentin-sur-le-Homme (2) | Histothèque Jean-Vitel

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s