Louis LEBOCEY, de Ducey, (1805- 1859)

Parmi les personnalités citées pour Ducey, il en est une souvent ignorée : Louis Lebocey, médecin. Pourtant, il a été un acteur et un témoin de la profonde transformation du cœur de la cité, au XIXe siècle.
Cet article présente quelques repères dans la vie de cet homme, bien ancré dans le canton.

Sa vie familiale

Né le 24 mars 1805 à Les Chéris, au village de Lulagrie, Louis Lebocey est le fils de Jean Baptiste Lebocey, laboureur, et de Anne Brière.

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Un médecin au XIXe siècle,                (source Gallica BnF)

Ses frères et ses sœurs

  • Anne Barbe Lebocey, née le 24 juillet 1787, à Les Chéris, au village de Lulagrie.
  • Anne Françoise Jacqueline Lebocey, née en 1788 à Les Chéris. Elle épouse, en 1814, Pierre Boudet, cultivateur.(Les registres paroissiaux de 1788 sont absents.)
  • Jean René Lebocey, né le 23 octobre 1791 à Les Chéris, au village de Lulagrie.
  • Jeanne Louise Perrine Lebocey, née le 31 juillet 1793 à Les Chéris, au village de Lulagrie. Elle épouse, en 1817, Julien Charles François Mottays, cultivateur.
    (Ref AD 50, registres de Les Chéris)

C’est, certainement, à Paris, que Louis Lebocey fait ses études de médecine. Au cours de cette période, il rencontre Caroline Paillard.

Née le 10 octobre 1799, à Versailles, Caroline est la fille de Louis Timothée Paillard, horloger à Paris, 69 rue Galande, et d’Henriette Besnard.
(La rue Galande est située dans le quartier de la Sorbonne, Paris V).

De ce couple, naît, hors mariage, Louis Ferdinand Lebocey, le 9 octobre 1829, à Paris XI.

En 1830, Louis Lebocey soutient sa thèse de médecine, intitulée Propositions de médecine et de chirurgie.

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(ref : Catalogue méthodique de la Bibliothèque communale de la ville de Limoges. Sciences, arts / par Emile Ruben,… BnF Gallica)

Dès 1830, il vient s’installer à Ducey comme médecin, où il exerce pendant de nombreuses années.

Son mariage

Le 9 février 1831, le couple Louis Lebocey – Caroline Paillard normalise sa relation en se mariant à Les Chéris. Caroline, sans profession, est domiciliée à Avranches.

Sur le registre, le maire note :

Les dits époux ont déclaré qu’il est né d’eux, un enfant inscrit sur les registres de l’état civil de la mairie du 11é arrondissement de Paris en date du 09 octobre 1829 sous les noms de Louis Ferdinand lequel ils reconnaissent pour leur fils.

Les recherches dans les archives n’ont pas permis de retrouver d’autres enfants. Louis Ferdinand est-il un enfant unique ?

Le décès de son épouse Caroline

Caroline Paillard, occupée dans son ménage, épouse de Louis Lebocey, décède au domicile de son mari le 12 août 1852.

Le décès de Louis Lebocey

Dès 1855, Louis Lebocey est très malade. Il est diminué physiquement mais il garde le moral.

Le notaire Baron, de Ducey, dans une correspondance au comte de Semallé, propriétaire du château de ce lieu, indique, en date du 17 mars 1855 :

M. Lebocey vient d’éprouver une forte attaque d’apoplexie, nous avons eu peur de le perdre. Son moral n’en est pas affecté mais il est à craindre que cela ne revienne. La famille habite toujours Ducey, cependant le père voudrait bien aller demeurer à Avranches. Il a affiché de nouveau la vente de sa maison mais aucun amateur ne s’est présenté. Dans ce moment, les fonds sont en baisse et les transactions sont bien difficiles.

Trois ans plus tard, en septembre 1858, le notaire Baron, dans son courrier au comte de Semallé, souligne l’aggravation de la maladie de Louis Lebocey :

Le juge de paix (Louis Lebocey est devenu juge de paix) est dans un état moyen de l’idiotisme, il ne prononce plus que des mots presqu’inintelligibles, il ne possède plus ses idées pour faire la justice de paix, il est obligé d’avoir toujours son greffier avec lui afin de pouvoir prononcer ce qu’il veut dire.

Puis fin octobre 1858 :

M. Lebocey est complément paralysé du coté gauche, sa parole est tout à fait embarrassée, on parle de lui donner un successeur pour le jour du premier de l’an et de lui accorder une petite pension pour le faire vivre car il ne possède plus que sa maison servant de caserne pour la gendarmerie.

En mai 1859, le notaire annonce qu’il n’y a plus de juge à Ducey. M. Lebocey a remis sa démission depuis plus d’un mois et il n’est toujours pas remplacé.

Louis Lebocey décède le 18 décembre 1859, à Poilley. Il est inhumé, selon son souhait, à Ducey. Une foule considérable l’accompagne à sa dernière demeure.

Sa maison, au numéro 34 de la Grande-Rue

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Inexistante en 1844, cette maison est achevée en 1848 par Louis Lebocey. Elle est bâtie sur un terrain ayant appartenu à la veuve Belliard Chardière, propriétaire de l’Hôtel du Lion d’or, situé en face, de l’autre côté de la Grande-Rue.

Suite au décès de l’épouse, en 1852, le couple Louis Lebocey – Caroline Paillard ne l’habite pas longtemps.

D’après la correspondance du notaire Baron, avant même 1855, Louis Lebocey souhaite vendre ce bien.

Une première remarque dans ce courrier attire l’attention : La famille habite toujours Ducey , cependant le père voudrait bien aller demeurer à Avranches.

Caroline PAILLARD étant décédée en 1852, le terme famille s’applique-t-il simplement à Louis Lebocey et à son fils Louis Ferdinand, ou, y a-t-il d’autres personnes vivant dans le foyer ?

En 1858, le médecin, aussi juge de paix, habite-t-il toujours cette demeure ? Il semble que non puisque la gendarmerie y est installée.

Une deuxième remarque concerne la fortune de Louis Lebocey : cette maison est le seul bien restant au juge, auquel on va verser une petite pension pour pouvoir vivre !

Outre son occupation par la gendarmerie au moins depuis 1858, le recensement de 1868 indique que cette maison appartient à Ferdinand Lebocey. Est-ce le fils de Louis et de Caroline Paillard ?

Les honneurs pour le fils, Louis Ferdinand Lebocey

En 1846, le fils de Louis Lebocey, Louis Ferdinand est mis à l’honneur pour un trait de dévouement.

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Une cérémonie lui est dédiée au Collège d’Avranches. La presse de l’Avranchin s’en fait l’écho.

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Vers généalogie Louis Lebocey

 

Sa vie publique

Le médecin et la vaccine

Dès le début de son installation en tant que praticien, Louis Lebocey participe activement aux campagnes de vaccine, contre la variole.

La vaccine est une maladie propre à la vache. Inoculée à l’homme, elle le préserve de la variole. Ce procédé d’inoculation est réalisé dès le début du XIXè siècle.
En 1832, à titre d’encouragement, une allocation de 30 francs est attribuée à Louis Lebocey, pour les 70 vaccinations qu’il a réalisées.

En 1846, il est distingué pour 145 vaccines pratiquées. En 1847, son nom est cité pour la vaccination de 124 personnes.

Il semble bien que ce ne soit pas pour les récompenses qu’il agit contre la variole, mais bien en tant que médecin qui lutte contre ce fléau. Lors d’une session du Conseil Général de la Manche, en 1848, il prend position pour la suppression des primes pécuniaires en faveur des vaccinateurs ou au profit des mères des enfants vaccinés. Pour lui, cette prime n’apporte aucun résultat satisfaisant et aggrave l’état des finances départementales.

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Jenner, médecin anglais découvreur de la vaccine.

Le garde nationale de Ducey

Deux ans après son installation à Ducey, en 1832, Louis Lebocey devient commandant du bataillon de la garde nationale de Ducey. Il y est réélu deux fois.

Le maire de Ducey

En 1837, Louis Lebocey est nommé maire par le préfet. Il faut, pour accéder à cette fonction, être riche pour « inspirer le respect ». Aucune gratification ne rétribue cette charge.

Il reste à la tête de la commune jusqu’en 1848.

C’est sous son mandat que Ducey se transforme en profondeur :

  • construction de la route de contournement du bourg, assurant la continuité de l’axe Alençon-Bretagne
  • construction du nouveau pont pour cette nouvelle route.
  • acquisition en 1844, par la commune et par adjudication, de l’Hôtel du Lion d’Or, propriété de la veuve Belliard Chardière et des héritiers.
  • ouverture, vers 1846, du bureau de poste de Ducey, avec à sa tête, Mme Veuve Berthelot.
  • juillet 1847, création d’une gendarmerie à cheval, à Ducey. Un compte-rendu de session du Conseil Général indique qu’une demande de caserne de gendarmerie a été envoyée au ministère le 19 janvier 1849, suite à la création de cette gendarmerie à cheval. Le rapport ajoute : il n’a point encore été possible de trouver de logements pour les brigades accordées à Ducey et à Cerisy-la-Forêt.
  • lancement de la construction de l’hôtel de ville de Ducey et des nouvelles halles, avec adjudication des travaux en mars 1848. Ces bâtiments sont érigés à l’emplacement de l’ancien hôtel du Lion d’Or.

D’après l’article ci-dessous, paru dans le journal de L’Avranchin du 17 juillet 1842, sa vie de maire a été un peu bousculée. Cette Correspondance, signée de Louis Lebocey, maire de Ducey, ne nous explique pas le fond de l’affaire Davinière. Elle laisse seulement entrevoir que le magistrat s’est trouvé confronté à des événements nécessitant une mise au point.

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Louis Lebocey, membre du conseil général

Il est nommé membre du Conseil général du département de la Manche en septembre 1848 avec 968 suffrages.

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Il sera réélu, en août 1852, avec 1470 suffrages sur 2760 inscrits.
Voici quelques exemples de ses interventions lors des sessions du Conseil général.

En 1848, il est :

  • rapporteur des commissions d’administration générale sur la réunion ou sur la séparation de communes, en particulier sur le rapprochement de Boisbenâtre et de Coulouvray.
  • rapporteur de la commission concernant les crédits alloués aux mémoires de la Société vétérinaire ainsi qu’aux demandes de bourse pour l’école de vétérinaire. Louis Lebocey y est favorable car cela éviterait le charlatanisme et permettrait des soins appropriés aux animaux.
  • rapporteur de la commission concernant la police de boulangerie.La commission émet le vœu qu’une loi soit rendue pour réglementer ce métier et éviter que la coalition des boulangers résiste aux actes administratifs.
  • rapporteur de la commission concernant la poste aux chevaux de Ducey. Suite à la perte de la concession par le maître de poste Lechartier-Maisonneuve, le relais de poste a été transféré à Pontaubault. Ce changement nuit aux intérêts de Ducey. La commission demande donc son rétablissement.

De plus, il prend position contre la construction d’une nouvelle digue dans la baie du Mont Saint-Michel. Pour lui, cette ouvrage met en péril la possibilité, pour les agriculteurs de la région, d’utiliser la tangue et le varech comme engrais.

Le 24 août 1851, Louis Lebocey est absent à la session du Conseil Général. Son courrier, adressé au préfet, en explique les motifs.

Monsieur Le Préfet

Ce matin, vers quatre heures, les habitants du bourg de Ducey ont été réveillés par les cris : au feu! un incendie avait éclaté dans la maison la plus rapprochée de l’hôtel de Madame Bouteloup et en moins d’une heure et demie a dévoré trois maisons nouvellement construites. Je fais une enquête pour rechercher les causes de ce sinistre, le nombre de ménages victimes de l’incendie, et le montant de la perte. Ce devoir rempli, je me rendrai à Saint-Lô. Mardi prochain, j’aurai l’honneur de vous rendre compte de ce malheur avec connaissance de cause…

Ne pouvant plus assurer ses fonctions, suite à sa maladie, en 1858, Louis Lebocey est remplacé au Conseil Général, par Sanson, juge honoraire à Avranches.

Louis Lebocey, juge de paix pour le canton de Ducey

juge_de_paix-reductionQu’est-ce qu’un juge de paix ?

Le juge de paix, magistrat principalement chargé de juger sommairement, sans frais et sans ministère d’avoués, les contestations de peu d’importance, et de concilier, s’il se peut, les différends dont le jugement est réservé aux tribunaux civils ordinaires. (Dictionnaire Littré 1877)

Les premiers juges de paix
Pour être juge de paix, il suffira d’avoir les lumières de l’expérience et d’un bon jugement et l’habitude des contestations.
(Thouret, le 7 juillet 1790, devant l’Assemblée nationale constituante)

La loi des 16-24 août 1790 prévoit qu’un juge de paix, élu par le peuple, soit institué dans chaque canton. Tout candidat doit justifier de la nationalité française, jouir de ses droits civils et politiques et d’avoir 30 ans révolus. Aucun diplôme de droit n’est imposé. Le juge de paix est un simple citoyen, qui inspire confiance. Son expérience et sa connaissance des usages permettent de juger en toute équité.

Le juge de paix doit également posséder des compétences contentieuses, pour juger des affaires simples, rapides et peu onéreuses.

Sa connaissance du milieu local lui permet d’intervenir dans des litiges tels que les dommages ruraux, les bornages, les injures verbales… C’est un juge de proximité.
Son autorité et son expérience peuvent également intervenir dans les affaires familiales : tutelle, curatelle, émancipation. Il préside alors le conseil de famille.

Succédant à Pinot, juge de paix depuis 1840/1841, Louis Lebocey est nommé, par arrêté du président du conseil.

lebocey_louis_juge_paix_avranchin_1848_12_24-reduction(Journal l’Avranchin du 24 décembre 1848)

Il reste juge de paix jusqu’en 1858, sa santé l’obligeant à abandonner ces fonctions. Pendant les dernières années de son mandat, le notaire Baron est juge suppléant et le seconde pleinement dans sa tâche.

Autres fonctions

  • Président du Comice agricole, dont il est l’un des membres fondateurs. Il en est d’abord secrétaire puis président dans les années 1850.
  • Conseiller de la Chambre Consultative d’agriculture d’Avranches, pour le canton de Ducey, vers 1855.

 

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2 commentaires pour Louis LEBOCEY, de Ducey, (1805- 1859)

  1. GERARD JAMBIN dit :

    Bon et bel article,bien documenté.
    Quelques menues précisions généalogiques :
    – Louis Lebocey a épousé Barbe Loqué en l’église du Mesnil-Ozenne (registre pas en ligne AD), et la mention en est faite dans le registre des Chéris (vue 87/139).
    – Anne Barbe et Anne Françoise Jacqueline Lebocey sont une seule et même personne.
    — Anne est surchargée de Françoise Jacqueline dans son acte de mariage : il y a confusion avec les prénoms de sa mère Anne Françoise Jacqueline Brière (1766-1841) :
    — Elle est notée Anne Barbe dans son acte de baptème, dans l’acte de naissance de son quatrième enfant et dans son acte de décès;
    — Elle est notée simplement Anne dans les actes de naissance de ses trois premiers enfants et dans l’acte de décès de son époux.
    Bon courage à toute l’équipe de l’Histothèqe Jean-Vitel,
    Gérard Jambin

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  2. Merci beaucoup pour toutes ces précisions, monsieur Jambin. Nous n’en attendions pas moins de vous.

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