1944, Libération de Juilley

En 2004, la Bibliothèque Municipale de Ducey recueille de nombreux témoignages locaux sur la Libération de 1944.
C’est un de ces souvenirs que nous publions ici.

Commune frontalière de Pontaubault avec son pont de pierre sur la rivière Sélune, Juilley est situé près des combats. Passage stratégique pour les convois américains, la zone est le théâtre d’une lutte acharnée.

Carte de carroyage de 1934, le secteur de Juilley

Le témoignage

Voici en quelques lignes, les événements qui se sont déroulés au cours de cet été 1944 sur le territoire de notre commune.

Dans les derniers jours de mai et début juin, des passages d’avions souvent répétés, nous laissent présager que quelque chose allait se passer.

  • 6 juin

Après un temps couvert et brumeux la matinée, on entendait un vrombissement lointain l’après-midi, le soleil brille et c’est vers 5 à 6 heures que nous avons vu les premières vagues de forteresses volantes américaines et entendu les premières bombes sur Crollon, lieu-dit « La Lande » (où un jeune homme de 18 ans, dont les parents habitaient notre commune, a trouvé la mort) ainsi qu’à Poilley, lieu-dit le Grand-Champ.

Après ce premier bombardement, plusieurs personnes du bourg, habitant près des carrefours ou sur le bord des routes, sont parties se réfugier dans les villages chez des parents ou amis ; de même que notre commune accueillait aussi plusieurs personnes de Pontaubault qui fuyaient les bombardements.

  • 7 juin

Dans l’après-midi, un chasseur américain de type Mustang, piloté par le lieutenant Osce Jones, 24 ans, du 4e groupe de chasseurs bombardiers de la 8e Air Force, venait d’effectuer un bombardement sur Loudéac, son appareil touché par la DCA, fait un atterrissage forcé, au lieu-dit Saintré. Après s’être caché et avoir reçu des vêtements civils, cet aviateur sera repris par les Allemands. Il avait été dénoncé par des ouvriers travaillant sur la route entre La Flèche et Tours.

Cet américain coule une retraite heureuse en Louisiane.

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Le récit de Osce Jones


En 1999, Osce Jones raconte, dans un article de Ouest-France, son épopée.

Le « Mustang » après son atterrissage forcé

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  • 8 juin

Au cours de la journée de violents bombardements destinés à couper les axes routiers ont lieu entre le « haut du bourg » jusqu’en limite de Précey, vers le village de La Bizolière ; pas de victime, seulement des dégâts aux habitations du bourg.

  • 9 juin

Décès de trois personnes de Pontaubault venues se réfugier à Juilley au village du Petit Domaine, au cours d’un bombardement : Mme B, 69 ans, sa fille, 36 ans et Mlle F, 18 ans.

  • 18 juin

Mitraillage par l’aviation américaine de véhicules allemands se dirigeant sur le front ; un groupe de sept jeunes de notre commune, venus sur les lieux un certain temps après, sont pris pour des terroristes et subissent une fusillade de la part des Allemands. L’un d’eux, âgé de 22 ans, M. Victor Bertin, y trouva la mort. Certains habitants du village de Mée Martin, rassemblés le long d’un mur, furent mis en joue.

Depuis cette date et jusqu’à la fin juillet, chaque journée apportait son lot de mitraillages ou de bombardements sur les troupes allemandes rejoignant le front, avec quelquefois des attaques nocturnes, illuminées par des fusées éclairantes.

Que dire de la vie des habitants à cette époque, puisqu’il n’y avait plus d’électricité, de téléphone et que la plupart d’entre nous vivaient dans des chemins creux souvent couchés sur des paillasses, dans des bâtiments d’exploitations ou se mettaient à l’abri dans des tranchées ?

  • 30 juillet

Combat d’avions dans la soirée et chute d’un avion allemand au lieu-dit Le Guermon.

Avion allemand abattu à Juilley.
  • 31 juillet

Venue d’un char américain en reconnaissance au village Hauts Vêpres.

  • 1er août

Vers 10 heures, passage des premiers Américains venant de Poilley par La Croix Tracé où un foyer de résistance de la part des Allemands fut vite anéanti : beaucoup de monde sur les lieux de passage était venu acclamer nos libérateurs ; M. l’abbé Chauvois, curé de Juilley, sur les marches qui conduisent au cimetière, agitant le drapeau tricolore ; traversée du bourg et de la commune sans résistance organisée de la part des Allemands sauf au lieu-dit Le Rocher où une fusillade éclate : une famille se trouve prise dans cette escarmouche.

Heureusement tout se termina sans victime et le détachement allemand fut fait prisonnier. Dans la soirée, décès accidentel de M. A.B., 37 ans, au village du Rocher, en voulant désamorcer des grenades.

Toute la journée et les jours suivants, les blindés se succédaient sans discontinuer, en double file, avec les prisonniers allemands qui marchaient en sens inverse, sur le bas-côté de la route, les mains derrière la tête ; quelques Allemands fuyaient à travers champs, essayant tant bien que mal de rejoindre leurs unités. Tous ces soldats américains nous apportent sur leur passage un peu de leur terre natale, sous forme de chewing-gums, cigarettes, café en poudre, conserves, etc.

  • 2 août

Vers midi, un convoi d’essence traversant le bourg de Juilley subit une attaque de la part de l’aviation allemande (mitraillage, bombes incendiaires). Cela eut pour effet de provoquer onze foyers d’incendie dans le bourg, deux aux Ongrais, un à la Patience, un au Haut de la Lande, un aux Moitières entraînant entre autre la destruction de nombreuses maisons d’habitation et de bâtiments agricoles, quelques dégâts également aux vitraux de notre église ainsi qu’à la toiture, chute d’un avion allemand, touché par la défense américaine, au lieu-dit Saintré avec à son bord deux pilotes décédés.

Dans les premiers jours d’août, arrivée de la division Leclerc venant de débarquer à Saint-Martin-de-Varreville, avec un centre de recrutement établi au village de Bouval où de nombreux civils sont venus signer leur engagement.

  • 6 août

Messe du dimanche matin en l’église de Juilley avec l’aumônier de la 2e D.B. et la présence de nombreux officiers et soldats.

  • 8 août

– Bombardement de l’armée Leclerc par l’aviation allemande, dans la nuit, en divers endroits de la commune et particulièrement vers Le Chanier et Le Grand Rouet. Une personne de 75 ans fut tuée en voulant se réfugier dans son jardin au village Le Chanier.

Deux bâtiments agricoles furent incendiés dans ce même village.

Au cours de la nuit, de nombreux soldats furent tués ou blessés par des explosifs éclatant au ras du sol. Quelques-unes de ces victimes reposent encore dans le cimetière de la ville de Saint-James.

Tous les blessés sont ramenés par un va-et-vient incessant d’ambulances à l’hôpital militaire installé, dès les premiers jours d’août, au village des Blotteries et Saintré sur plusieurs hectares.

  • 9 août

Décès d’une fillette de 11 ans, tuée par un noir américain, pris de boisson, la nuit pendant son sommeil, au village du Chanier.

La division Leclerc a quitté la commune les jours suivants et l’hôpital militaire américain vers la fin d’août.

Ce n’est qu’après la contre-attaque de Mortain que le calme est revenu dans la région.

Autre témoignage à suivre

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