L’école d’Agriculture de Ducey et sa renommée (1).

La grande renommée de l’école d’Agriculture de Ducey a largement dépassé les frontières du canton entre 1890 et 1904. Tenue à l’origine par les frères de Ploërmel, l’école va atteindre son apogée avant d’être victime des lois anticléricales et de la laïcisation de l’enseignement, préfigurant ainsi la séparation de l’Église et de l’État en avril 1905.

Ecole d'agriculture 3

La création de l’école

Une première école religieuse est fondée en 1843 à Ducey, sur les instances de trois personnes : Melle de Villiers[1], retirée à Avranches, vieille amie de Hugues-Félicité Robert de Lamennais[2] , le chanoine Jean-Baptiste Gournel, alors curé de Ducey et le comte de Semallé, alors propriétaire du château de Ducey.

C’est un courrier adressé au comte, rédigé par Gournel, et daté du 17 décembre 1842, qui nous renseigne sur la fondation :

« Monsieur le Comte,

 Bientôt enfin nous allons avoir des frères. Le directeur de la maison de Saint-Servan vient de m’écrire, de préparer une maison et qu’aussitôt, qu’elle serait prête, il viendra à Ducey et que, quinze jours ou un mois au plus tard après, l’école ouvrira. Madame de Semallé et vous Monsieur le Comte avez eu la bonté d’appuyer auprès de M. de Lamennais la demande qui nous en (illisible) de nous accorder les frères[1] ; daignez, je vous prie agréer les sincères remerciements que je vous offre tant en mon nom qu’au nom de la famille chrétienne qui bientôt, témoin de l’heureux résultat d’une bonne éducation qui manquait depuis longtemps à Ducey, béniront ceux qui auront procuré ce précieux établissement à la paroisse.

Mais, Monsieur le Comte, tout n’est pas encore fait. La dernière fois que j’ai eu l’honneur de vous voir, je vous parlais de la difficulté de trouver les moyens de former le mobilier demandé par M. de Lamennais ; il faut d’abord huit cent francs pour la maison mère et ensuite le mobilier pour trois frères, plus garnir une chambre pour le supérieur qui viendra quelquefois visiter l’établissement. Après avoir bien examiné le prix de chaque objet demandé, tant pour la …  que pour les chambres, il ne faut pas moins de 2.500 francs à 3 000 francs. Il n’est plus possible de rien demander au conseil municipal. Il a déjà voté 3.000 francs pour augmenter la maison de Mr. Cléret et construire une chambre, un presbytère pour ce respectable vieillard et environ deux mille francs pour un nouveau cimetière et de plus, il se charge de louer une maison pour les frères en attendant que celle de M. Cléret soit préparée pour le recevoir. A ces observations vous aviez la bonté de me répondre que vous voudriez bien contribuer à une bonne œuvre si heureusement commencée par Madame la Comtesse et que vous regardiez comme le plus utile pour Ducey. Vous me chargeriez  de vous avertir quand vous ….. en voie d’exécution et vous supplie donc Monsieur le Comte de vouloir bien venir à notre aide pour mener à bonne fin le projet d’un établissement si précieux pour notre pays.

 Ducey le 7 décembre 1842
 J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect Monsieur le Comte                                                                      votre très humble et obéissant serviteur,

  J.M GOURNEL, Curé de Ducey »

 Le comte ajoute quelques jours plus tard : « Répondu le 27 par une autorisation de toucher cinq cents francs de Me BARON pour l’établissement dont il est ici question ».

Le 11 mars 1843, une autre lettre signée de Me Baron apprend au comte :

« Nous attendons de jour en jour ces instituteurs, tout est préparé pour les recevoir ».

L’emplacement de l’école

Dans la lettre du chanoine Gournel adressée au comte de Semallé, il est question de la maison du vicaire Gabriel Jean Marie Cléret[2]. Les archives de la mairie de Ducey conservent les papiers concernant la donation Cléret à la commune.

En 1843, le 7 octobre, par devant maître Baron notaire à Ducey, Gabriel Jean-Marie Cléret prêtre, premier vicaire de Ducey, fait donation

« d’une maison d’habitation composée de caves souterraines, d’une cuisine et de deux cabinets au rez-de-Chaussée, de deux chambres et de deux cabinets au premier étage, grenier et mansarde sur le tout. Et d’une position de jardin légumier au levant et au midi de la maison, sur laquelle il existe un puits, le tout situé au lieu dit du petit presbytère en Ducey, joignant du levant et du midi à Jeanne Dallain veuve Hirou, du couchant au chemin tendant du bourg à l’église de Ducey ».

L’édification lui appartient :

« comme l’ayant fait construire à la place d’une ancienne maison et d’un bâtiment à côté dont il se rendit adjudicataire avec le jardin légumier, suivant le procès verbal dressé par le notaire soussigné le 21 mai 1833 (…)[3] ».

La donation à la commune comporte une condition :

« Les objets donnés seront affectés à perpétuité à l’éducation des garçons par des frères des écoles chrétiennes et s’il n’était pas jugé suffisant, les produits de la vente qui pourrait en être faite, seraient employés à acquérir et approprier un établissement plus convenable qui serait toujours affecté à perpétuité à la même destination ; et si dans l’un comme dans l’autre cas, si l’enseignement des garçons par les personnes ci-dessus désignées cesserait d’avoir lieu, le produit de cette donation servirait au profit des pauvres de la commune de Ducey, particulièrement des honteux(…) ».

On apprend également, que Cléret en avait déjà fait donation à la commune par un acte notarial enregistré deux ans plus tôt, le 3 décembre 1841, mais qu’elle est annulée par cet acte. Depuis, il a probablement partagé l’ambition de Gournel de faire venir la congrégation des frères de Ploërmel à Ducey. D’ailleurs, le chanoine est présent à la signature de l’acte de 1843 en tant que témoin.

Quelques jours plus tard, le maire fait venir l’architecte François Oursin La Marzelle, architecte d’Avranches, pour visiter la maison et l’estimer. Le rapport nous renseigne qu’elle est bien située près de l’église, construite en maçonnerie de moellons et de pierres de taille et couverte en chaume. Elle est estimée à 5 000 francs.

Quatre mois plus tard, le 4 février 1844, le conseil municipal accepte la donation et ses conditions. Huit jours après, Gabriel s’éteint dans le presbytère à l’âge de 81 ans. L’acceptation de la donation est ratifiée par délibération du 8 avril 1844 et l’autorisation de Louis-Philippe, roi des Français, est accordée le 15 février 1845.

L’arrivée des frères

Nous ignorons les noms de ces frères, arrivés vers 1845, mais l’histoire de Ducey ne va en retenir que deux : Eugène Larcher et Charles Charuel.

Eugène Larcher (en religion frère Salonas-Marie)[4] est nommé en 1868 à Ducey.

Lors du recensement de 1881, l’agent recense au Douet-Saint-Pair Charles Charuel (frère Rogatien), qui laissera lui aussi, pour la population, un souvenir impérissable.

Les frères de Ploërmel se sont-ils installés dans la maison Cléret ?

Nous pouvons en douter car une autre bâtisse est connue des Ducéens encore aujourd’hui pour avoir abrité l’école des frères. Elle se trouve plus bas dans la rue du midi, au n°22. Si c’est le cas, alors la vente de la maison Cléret aurait permis l’acquisition de cette dernière.

Un autre lieu, plus plausible, situerait l’école plus loin, dans la rue de Saint-Aubin-de-Terregatte, au Douet-Saint-Pair.

Un article du Journal du Mortainais[5] nous signale un incendie à proximité de l’école des frères des Écoles chrétiennes. On y apprend que l’école se situe « au-dessous de l’église ».

Mortainais, 23 septembre 1857.

Des travaux vont être engagés pour cette école. A chaque fois que les finances manquent, la solution de dernière minute est de s’adresser à la générosité du comte de Semallé. Et le 14 décembre 1863, le maire de Ducey Lebedel se décide à prendre la plume et lui demande le service suivant pour son administration :

« Le directeur des frères chargé d’instruire les enfants de cette commune sollicite de l’administration municipale la construction de deux préaux dans la cour de cette école devant servir pendant les mauvais temps à la récréation des élèves. Le conseil municipal appréciant la juste réclamation de M. le directeur de cet établissement, a voté à l’unanimité les constructions des préaux demandés mais n’a pu voter pour cette construction que la somme de 300 frs lorsque les préaux devront coûter près de 500 frs. Après cette délibération, croyant la somme insuffisante votée pour l’établissement dont il s’agit et pensant que vous pourrez posséder à Ducey quelques morceaux de bois provenant de la démolition de votre château et qui vous seraient peu utiles, nous avons décidé à l’unanimité de vous soumettre notre position et vous de la prendre en considération (…) ».

En l’absence de la réponse du comte, nous ignorons si la demande a été acceptée.

 

Les nouvelles lois anti-congrégation de Jules Ferry

A partir de 1880, l’école des frères, comme bien d’autres en France, va devoir affronter, dans les années qui vont suivre, des bouleversements sans précédent.

Le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry prend deux décrets le 29 mars 1880, interdisant l’enseignement public aux congréganistes. Les Jésuites doivent quitter l’enseignement dans les trois mois. Il en est de même pour les congrégations catholiques qui doivent se mettre en conformité avec la loi en demandant leur autorisation sous peine de dissolution et de dispersion.

Jules Ferry se retrouve ensuite à la tête du gouvernement, et fait accélérer les choses. En décembre, une autre loi donne aux filles un accès à un enseignement secondaire. L’Église n’a plus désormais le monopole de la formation des filles. En juin 1881, l’enseignement primaire devient laïc, obligatoire et gratuit. L’enseignement religieux devra être dispensé en dehors des édifices scolaires publics.

L’école de Ducey ne ferme pas, mais les frères se sont mis en conformité avec la loi. Lors du recensement de 1881, l’école compte neuf professeurs et tous frères de Ploërmel :

Recensement 1881 1.JPG

Naissance de l’école d’Agriculture

Dans les années 1890, tous les frères vont finir par se disperser en quittant l’école libre de Ducey, dit «pensionnat Saint-Joseph », et une nouvelle école secondaire d’Agriculture est fondée en 1892 à l’initiative de l’abbé Mauduit[6], curé de Ducey, qui rachète en copropriété un immeuble route de Saint-Hilaire-du-Harcouët avec les abbés Chalier et Carnet (aujourd’hui au n° 17 de la rue Émile-Dehousse).

Ecole d'Agriculture

Un article paru dans le Journal of the Bath and West and Southern Counties Society en 1899 nous apporte quelques éléments :

« Frère Salonas, le directeur m’a dit qu’une confrérie religieuse avait, sous le gouvernement, géré une école pendant de nombreuses années à Ducey mais que, il y a sept ans, le gouvernement a décidé qu’aucun enseignement religieux ne devrait être autorisé dans une école sous son contrôle, et ainsi les frères ont été expulsés.

Ils ont ensuite pris une maison avec un grand jardin à la périphérie de la ville (…) ».

Quatre ans plus tard, sous l’impulsion de M. Garnot (ancien président du Syndicat d’agriculteurs de la Manche), l’école Saint-Joseph est annexée au collège d’enseignement général. Son directeur est frère Salonas-Marie.

Dix membres du syndicat d’agriculture de la Manche deviennent maîtres d’école. L’école va acquérir au fil du temps une sérieuse réputation, qui dépassera les frontières du canton.

Abbé Planté

L’abbé Planté

Par la suite, l’abbé Planté, prêtre séculier du diocèse de Coutances, va diriger l’établissement d’enseignement agricole en harmonie avec les exigences de la loi. Ce dernier prévoit :

 « avec un fermier voisin que leurs élèves devraient travailler sur sa ferme – leur travail étant donné en échange de l’expérience acquise – et que les conférences vétérinaires devraient être illustrées par ses chevaux et son bétail.

La bonne réputation de la Fraternité a rempli l’école avec des élèves, bien qu’il n’y ait pas de bourses d’études ou d’aide gouvernementale.

On apprend à faire du cidre et du brandy à partir de pommes. La traite, le pliage et la fabrication du beurre sont enseignés, ainsi que l’écumage ; pour les frères, un séparateur est répréhensible dans un quartier où la chose des veaux est une industrie importante[7]».

Le journal La Croix du 4 février 1897 relate la création de l’école d’Agriculture en octobre 1896. Elle compte au départ une quarantaine d’élèves. Le journaliste encense l’initiative :

« une œuvre semblable pourrait être faite au grand avantage de la religion et de l’agriculture dans trois ou quatre écoles libres de chaque département. (…). Cette école, nous l’avons, elle est située à Ducey, chef-lieu de canton du Sud du département de la Manche, dans une région qui possède un sol excellent et de fertiles herbages ». On y apprend que « l’école des frères est importante. Elle compte chaque année environ 300 élèves[8]. Et à part les enfants du bourg qui en a 13 pour 1 400 habitants, ces 300 enfants sont de la région. Actuellement, elle donne l’enseignement agricole à plus de 100 enfants ayant plus de treize ans, venus d’une vingtaine de cantons, et qui, dans quelque temps seront des chefs d’exploitation (…). Ces jeunes gens forment le cours préparatoire, ils complètent leur instruction pendant une année et en fait d’enseignement agricole ils ne suivent que l’ouvrage des frères de Ploërmel, bien connu des lecteurs de La Croix : L’Agriculture en 42 leçons ».

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Un autre frère est chargé de leur apprendre l’agriculture proprement dite : connaissance du sol, étude des engrais, élevage du bétail, etc.

« Ce cours est dicté et expliqué en classe et l’élève doit l’apprendre de mémoire, absolument comme le jeune breveté possède la grammaire. Puis les élèves sont conduits à la ferme de l’école et sur place, la leçon est renouvelée. Ajoutez à cela des conférences plus étendues dans le genre (…). Après chaque conférence des résumés sont exigés sur ce que les élèves ont vu ou entendu ».

L’abbé Mauduit, le curé doyen de Ducey, est cité comme fondateur de l’école d’Agriculture, faisant lui-même des cours d’enseignement religieux. L’inauguration de l’école est évoquée en cette année 1897.

Deux classes sont construites, ainsi qu’un cabinet de physique et de chimie. Le réfectoire est agrandi. À l’ouverture de l’école d’Agriculture, une solution fut trouvée pour l’exploitation des terres :

« On les a trouvées à 500 mètres du bourg, placées dans les conditions les plus favorables. Monsieur Baisnée, exploitant la ferme du Domaine, comprenant environ 70 hectares de terres labourables et de prairies, mit ses champs et son matériel à la disposition de l’école ».

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En 1896, l’école comptait 60 jeunes gens de 14 à 20 ans, et un second frère vient rejoindre l’abbé Planté. Le syndicat des agriculteurs de la Manche crée des bourses de 250 francs pour le concours entre les fils de syndiqués.

Un dernier article, paru dans L’Univers du 10 septembre 1900, cite le rayonnement de cette école :

«  Fondé il y a quatre ans seulement, le cours de Ducey a déjà des élèves de tous les points de France. Pour tout l’Ouest, du Havre à Bordeaux, il parait être le seul établissement chrétien donnant un enseignement agricole supérieur aux fils de famille, par exemple qui, ayant fait leurs études, se destinent à l’agriculture et ont besoin de deux ans de préparation pratique ».

En 1900, les frères de Ploërmel de la maison mère sont présents à Paris, pour l’exposition universelle. Frère Abel représente l’école de Ducey et expose ses travaux : des herbiers des principales graminées, des plantes parasites, des plantes officinales, un album de cahiers de devoirs agricoles, une monographie de l’établissement et un programme du cours secondaire d’agriculture professé à l’école. Suite à ces travaux, le jury accorde une médaille de bronze à frère Abel[9].

Ministèren du commerce et de l'industrie expo universelle1900 - 1904

 Les conférences sont très souvent plébiscitées et les conférenciers remarqués, comme M. de Gibon, vice-président du syndicat des agriculteurs de la Manche, MM. Mauduit et Foisil, conseillers généraux de la Manche, le Dr Tizon, M Turquet, ingénieur civil.

 

à suivre : L’Ecole d’Agriculture de Ducey, dans la tourmente des nouvelles lois…

 

[1] Les frères de l'instruction chrétienne de Ploërmel  se consacrent à l'éducation de la jeunesse.

[2] Gabriel Jean Marie Cléret est né à Ducey le 13 septembre 1762. Vicaire de Ducey, il refuse le serment à la constitution civile du clergé sous la Révolution mais reste sur Ducey alors que le curé Pinot et le vicaire Delaroche s’exilent à Jersey comme de nombreux prêtres.  Contraint de partir, il revient cependant en 1797 et se cache aux villages de la Rivière et aux Îlots chez des habitants.  Le 14 février 1800, il rouvre l’église et y dessert la cure jusqu’au retour de Pinot et Delaroche. Il s’éteint le 12 février 1844.

[3] Nous avons la trace, sur les matrices du plan cadastral de la commune, de la destruction et de l’édification de la maison de Cléret, en l’année 1840. Elle existe toujours dans rue du Chanoine-Gournel et elle est englobée dans la maison située au n° 9. Auparavant, elle n’était composée que de la partie située à droite de la maison principale.

[4] Eugène Larcher est né à Saint-Martin-de-Landelles.

[5] Journal du Mortainais, 23 septembre 1857.

[6]  Un article paru dans La Croix le 25 juillet 1920  lui rend hommage en ces termes : « N’a-t-il pas sacrifié des projets bien chers à la fondation de l’école primaire libre accrue aujourd’hui du cours d’agriculture pratique ? Son clocher attendra, il l’a voulu ; mais les familles chrétiennes n’auront pas attendu l’éducation chrétienne pour leurs enfants, il ne l’a pas voulu ».

[7] Journal of the Bath and West and Southern Counties Society en 1899.

[8] L’auteur de l’article parle de l’école des frères de Ploërmel dans son ensemble regroupant plusieurs écoles en Bretagne et ailleurs.

[9] Léon Dabat,  Ministère du Commerce, de l'industrie, des postes et des télégraphes. Exposition universelle internationale de 1900, à Paris. Rapports du jury international. Classe 5. Enseignement spécial agricole. Rapport de M. Léon Dabat,.... Tome 1, 1904.

		
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L’année 1868 dans l’ancien canton de Ducey

L’attente d’un avenir meilleur est le propre de l’homme. A la fin de chaque année et au début d’une nouvelle, en offrant et en recevant les vœux traditionnels, on se surprend à faire le bilan des jours vécus et à en espérer toujours de meilleurs.

Il en était de même il y a 150 ans.

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Les promesses de la presse locale :
le journal L’Avranchin, messager d’Avranches et de Granville.

Et la raison encore, dis-moi, je te prie, Sganarelle, qui peut t’inspirer une peur d’un si mauvais augure ? — (Molière, Dom Juan, 1665).

Le premier numéro du journal l’Avranchin pour l’année 1868, qui paraît le 5 janvier, ne cache pas un certain pessimisme.

Après les vœux présentés en seconde page de l’empereur Napoléon III et de l’impératrice Eugénie son épouse, reçus au Palais des Tuileries le 1er janvier par leurs enfants et les autres sommités, comme l’archevêque de Paris et le corps diplomatique, on en vient aux informations départementales. Entre autres, on y apprend que l’évêque de Coutances a exprimé, par le biais d’un des membres du conseil général de la Manche, le vœu que « l’Etat entretienne régulièrement les bâtiments du Mont Saint-Michel, et dès à présent, le cloître qui menace ruine ».

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Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, dit Louis-Napoléon Bonaparte ou Napoléon III

Dans les colonnes consacrées à Avranches, on trouve des informations bien peu encourageantes. La rubrique « Etat civil de la ville d’Avranches, du 29 au 4 janvier 1868 » expose des chiffres que l’on peut espérer non prémonitoires. Il a été enregistré, dans la semaine passée, une unique naissance contre sept décès. Ensuite, suivent les traditionnels vœux du journal aux lecteurs, rédigés sous la plume d’un auteur nourri d’une certaine amertume.

« 1867 est mort, vive 1868 ! Elle va bien l’année 1868. Dix ou douze degrés au-dessous de zéro pour fêter sa bienvenue, la bise, le froid, la glace, une gelée âpre et dure comme on n’en avait pas vu depuis 1840, un hiver de cosaques, une saison sans pitié pendant que la misère est à son comble ; voilà ce que l’on peut appeler un début qui promet pour l’avenir de la nouvelle année. Je lui fais bien mon compliment, pour de si belles étrennes ». L’auteur complète ses propos plus loin : « Et maintenant que nous avons rempli un devoir de reconnaissance bien naturel, tâchons d’oublier, en attendant des jours meilleurs, l’année qui vient de s’écouler. Elle n’a tenu aucune des promesses que l’on fondait sur elle (…). Elle laisse, en nous quittant, l’avenir, gros de nuages et la tempête à l’horizon » et il conclut ainsi : « L’oraison funèbre doit être courte et sobre pour l’année qui nous vend le pain si cher, qui a fait connaître les horreurs de l’épidémie à notre bel arrondissement (…). En vérité, l’année 1867 n’a pas fait de merveille ».

Presse

Prédictions ou billevesées ?

Pour nous, lecteurs de l’année 2018, il nous est possible de faire le bilan de cette année 1868 sur notre canton de Ducey grâce à la presse. Alors l’auteur de ces vœux avait-il été clairvoyant ? En parcourant tous les numéros de l’Avranchin de l’année, on constate sans trop de surprises que 1868 va être l’équivalente des précédentes, avec ses lots de drames et de joies.

Les drames

Pour ce qui est des drames, singulièrement, l’année va être marquée par une série d’incendies.

Le premier survient le dimanche 5 janvier, dans la cheminée du sieur Amand Lesaulnier, bourrelier à Ducey. Fort heureusement, « cet incendie en miniature n’a causé qu’une légère émotion, et peu ou point de préjudice ».

Quatre jours plus tard, au matin du jeudi 9 janvier à Ducey, dans le village du Haut-Cerisel, situé à environ deux kilomètres à l’est du bourg, un autre incendie se déclare. Il détruit « un corps de ferme de plus de 30 mètres, composé de maison d’habitation, granges, étables, pressoirs, servant à l’exploitation des sieurs Paul Hirou propriétaire âgé de 60 ans, et Louis Gautier, son fermier âgé de 54 ans ». Il est indiqué qu’à 11h du matin, « toutes ces constructions n’offraient plus qu’un amas de décombres fumantes, à l’exception de la maison qui avait échappé à l’élément destructeur ». Le journal souligne que la cause n’est pas encore connue et que la malveillance est écartée. Les pertes semblent être considérables et « on ignore également si les meubles et les bâtiments étaient garantis par des compagnies d’assurances ».

Mais c’est la commune de Précey qui va être véritablement la proie des flammes. Du 23 février au 3 avril, elle va souffrir les ravages de six incendies criminels, dont trois auront de graves conséquences.

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Egbert van der Poel – Kelvingrove Art Gallery and Museum (Glasgow, Scotland, United Kingdom) – https://de.wikipedia.org/wiki/Egbert_van_der_Poel

Le premier se déclare le 23 février à 1h30 du matin dans l’annexe du moulin du maire, M. Tabourel. Deux jours plus tard, le feu se déclare à 22h au village du Logis dans un appartement d’exploitation appartenant toujours au maire. Une silhouette d’homme a été aperçue. Malgré une patrouille de surveillance mise en place, un autre incendie se déclare au village de l’Etang. Deux personnes succomberont quelques jours plus tard, pour être restées quatre heures dans l’eau d’un étang malgré le froid de l’hiver, en portant secours.

Le dimanche 29 mars, à 22h30 :

« pour la quatrième fois depuis un mois, le feu éclatait au cœur  même de cette malheureuse commune, dans un corps de ferme situé  à une très petite distance de la route impériale d’Avranches à Pontorson  (…). Les flammes se reflétaient au loin, à des hauteurs d’Avranches, le ciel paraissait tout en feu ».

Les pompiers d’Avranches et de Ducey « étaient accourus au premier signal sur le théâtre de l’incendie, et, grâce à l’activité, à la vigueur et à la précision des secours, un plus grand désastre put être évité ». Le total approximatif des pertes est estimé à 24 100 francs, mais il est indiqué que le chiffre serait inférieur à la réalité. « On assure que le feu avait pris sur plusieurs points à la fois ».

Dans la nuit du jeudi au vendredi suivant, un autre incendie se déclare dans le bourg. Mais les secours tardent et le feu ravage un corps de ferme et plusieurs maisons. Le journal annonce cependant que « plusieurs individus sur qui pèsent  de graves soupçons, viennent d’être écroués à la prison d’Avranches[1] ».

Le bureau du journal ouvre une souscription pour aider les incendiés de Précey. La société dramatique d’Avranches participe en versant le montant de la recette d’une représentation.

Le 20 septembre suivant, l’Avranchin relate l’audience des 7 et 8 septembre de la cour d’assises de la Manche relative à l’affaire des incendies de Précey. L’accusé, qui n’a que 19 ans, a été acquitté.

Le jeudi 10 septembre, Ducey va connaître le dernier incendie de l’année, relaté dans la presse : une maison à étage et une étable  appartenant à François Forget, a été détruite par le feu. Quelques dégâts matériels et la perte de deux vaches appartenant au boucher, M. Gerbault, sont à déplorer. Les locataires n’ont pas été blessés. On soupçonne la présence d’enfants jouant avec des allumettes auprès d’un tas de paille ou des fumeurs imprudents.

Autre actualité récurrente en cette année 1868 : la présence de loups[1] à proximité du canton. L’animal sauvage provoque des carnages sur le bétail et il a été aperçu en juillet[2] et en août[3] dans les communes avoisinantes de Saint-Senier-de-Beuvron et de Saint-Aubin-de-Terregatte.

Le loup devenu berger

Entre autres nouvelles, M. Jules Bailleul, horloger à Ducey a fait faillite. Le dimanche 25 octobre a été organisée, sur la requête de M. Mancel, agent d’affaires à Avranches, la vente des objets mobiliers et marchandises dépendants de cette faillite :

« montres, horloges, pendules, bijoux de toute espèce en or, argent et doublet, chaînes de montres, outils d’horlogers, lunettes, couverts, bois de chauffage et une quantité d’autres objets ».

Pour en finir avec les mauvaises nouvelles, chaque année voit la disparition de personnalités qui ont marqué leur village : M. Nicolle, curé de Céaux s’est éteint à l’âge de 56 ans. Il a été inhumé en présence de vingt-deux prêtres. Charles Despinos, receveur des contributions et conseiller municipal de Ducey, dont les obsèques sont survenues le 12 novembre, est regretté de la population.

Les événements remarquables

Les travaux sur l’endiguement de la grève à Céaux sont évoqués dans le journal du 15 novembre. On apprend que 90 ouvriers, la plupart bretons, sont en pleine activité. Ils « logent dans les villages voisins où ils répandent de l’argent et de l’animation ».

La digue « se fait d’après un système nouveau et rationnel », se divisant en deux parties  séparées par un fossé rempli d’eau et de tangue tassée par des pilons. Une autre digue est prévue plus tard, « partant du cap Torin en Courtils et se dirigeant selon une courbe, sur la butte Monvallon en Céaux. Ce sera une digue empierrée ».

En mars, un négociant de Ducey, M. Boisnard, obtient de l’Etat une concession de 130 hectares dans l’anse de Céaux. On apprend qu’il fut « le premier, il y a déjà 15 ans, à introduire dans l’Avranchin les machines à battre, les instruments agricoles perfectionnés et les excellents guanos dont le nom n’était pas même connu dans nos campagnes ».

Le 5 janvier, un encart nous apprend que Alexandre-Edouard Raoult Deslonchamps est nommé officier de la Légion d’honneur. Issu d’une famille modeste de Ducey, Alexandre-Edouard est le fils de Michel Jean-Baptiste, marchand teinturier cirier vitrier habitant une petite maison (encore existante aujourd’hui) située à proximité de la fontaine publique de la rue du Coq. Il a cinq filles et quatre fils, dont trois vont faire une brillante carrière militaire au point de recevoir chacun la Légion d’honneur.

Légion-d-honneur

Un de ses fils, Alexandre-Edouard, est né le 4 janvier 1827. Après ses études au collège d’Avranches, il entre dans l’armée et étudie la médecine en tant élève chirurgien aux écoles de Strasbourg et du Val de France, hôpitaux et colonies agricoles de la division de Constantine. Il gravit les échelons et fait la campagne d’Algérie de 1849 à 1853, puis la campagne d’Orient de 1855 à 1856. En cette même année, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

Le 14 mars 1863, il est médecin major de 2ème classe à l’école polytechnique, puis au 14ème bataillon de chasseurs, à l’hôpital de Constantine, de Bône, d’Hammam Meskhoutine, de Biskra et de Philippeville. Depuis le 8 janvier 1865, il fait la campagne d’Algérie en tant que médecin major dans les hôpitaux de la province de Constantine et lutte contre l’épidémie de choléra qui sévit depuis 1866.

Bertrand Taithe, dans son article intitulé « La famine de 1866-1868 : anatomie d’une catastrophe et construction médiatique d’un événement »[5],  nous explique « comment une crise sanitaire et alimentaire en Algérie, entre 1866 et 1868, est perçue comme une « famine » et construite comme un « événement médiatique ». L’Avranchin illustre tout à fait ses propos. L’Algérie coloniale est largement évoquée dans la presse. Alexandre-Edouard est « nommé officier de la Légion d’Honneur pour service rendu en Algérie lors de l’épidémie de choléra », lit-on dans un numéro, et dans la parution du 28 juin 1868, on apprend que les élèves trinitaires de Ducey organisent une collecte en faveur des enfants d’Algérie victimes de la famine.

« Les élèves des religieuses trinitaires de Ducey ayant appris, comme tout le monde en France et à l’étranger, les affreux ravages de la famine parmi les indigènes de l’Algérie, ont voulu elles aussi contribuer un peu au soulagement des petits orphelins arabes, victimes de ce fléau. Mais ces chères enfants n’ont que de bien faibles ressources dont elles puissent disposer. Voici donc le moyen qu’elles ont employé : elles ont adressé une supplique à la Révérende Mère Supérieure pour lui dire qu’elles désiraient faire cette année le sacrifice de leurs prix en faveur des leurs frères d’Afrique.

La bonne supérieure les a félicitées et remerciées au nom des petits arabes qui apprendront avec bonheur que de jeunes chrétiennes de France s’imposent des privations pour soulager leur infortune.

La somme représentant les prix a été versée à M. le doyen de Ducey pour être envoyée à la destination ».

Enfin, la « valse des nominations » de l’Instruction publique et du clergé sont notés tout au long de l’année 1868.

  • Le 2 février, M. Joseph Bouillon est nommé Instituteur communal à Céaux en remplacement de M. Rivière parti à la retraite.
  • Gentes ancien curé de Céaux est nommé curé de St-Martin-du-Mesnil le 7 juin.
  • Prével de juilley est nommé vicaire de Chérencé-le-Héron le 28 juin.
  • Le 6 septembre, M. Petipas vicaire à Saint-Quentin-sur-le-Homme.est nommé Curé du Mesnillard et M. Chauvin de Mortain le remplace.
  • Eugène Larcher, en religion frère Salonas, né à Saint-Martin-de-Landelles, est nommé à Ducey, le 13 septembre.
  • Frétel de Courtils est nommé à Marchésieux le 29 novembre et le 6 décembre, M. Gardie le remplace en tant que vicaire.

 

L’année 1868 aura donc été mitigée comme toutes les autres. Il n’est pas question ici d’ôter au lecteur toute espérance en ce premier mois de l’année : il se doit de conserver l’espoir de jours meilleurs. Mais pour essayer de savoir ce qu’il en est du bilan de l’année 1868, allons consulter le premier journal de l’année suivante, l’Avranchin du 3 janvier 1869.  Et là, déception. Il n’est plus question de l’année 1868, ni de son bilan.

« « Au milieu de ces tiraillements, 1868 quitte la scène pour faire place à 1869. Salut, nouvelle année I Que nous apportes-tu dans les plis de ton manteau virginal ? Est-ce la paix, la guerre ou la liberté ?  ».

 

[1] Avranchin, 5 avril 1868.

[2] https://histothequejv.wordpress.com/2015/04/01/histoire-de-loups/

[3] Avranchin, du 26 juillet 1868.

[4] Avranchin, 8 août 1868.

[5] http://journals.openedition.org/rh19/4051

 

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Résultats de la votation Résonances

poilu_dessinLe verdict des  urnes est tombé : Résonances arrive en seconde place avec 7 637 votes ; le premier projet obtient 11 694 votes et le troisième 4 764 votes.

L’Histothèque Jean-Vitel, ayant décidé d’être active aux côtés de Résonances lors de sa représentation théâtrale à Ducey, vous remercie de votre soutien.

Rappel du projet :

un projet qui fédère, une action d’envergure auprès des publics :
… Créer un spectacle pour se souvenir de la Grande Guerre, non pas dans ses aspects militaires et sanglants, ni au travers d’hommes illustres, mais en évoquant les souvenirs de civils ayant vécu loin du front, c’est l’ambition que se sont donné ces passionnés.
Le projet s’inscrira dans un ensemble de commémorations sur le territoire (expositions, lectures musicales dans les médiathèques, projets scolaires…), par le prisme inédit de « ceux qui restent », à l’arrière de la ligne de front.

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2018

En espérant que Noël vous a comblé, l’Histothèque Jean-Vitel vous présente
ses meilleurs vœux 2018. 

ducey_voeux_ok

Que la nouvelle année vous apporte joie, santé et bonheur.

Et plein de succès dans vos recherches sur le canton de Ducey !

 

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Les Maufras, de Crollon (1)

Dans cet article, il n’est pas question de réaliser une généalogie complète, mais de suivre l’évolution de la famille Maufras, issue d’un de nos villages.
C’est à la fois, une mutation du nom, une dispersion géographie des membres et une transformation sociale.
Le parcours, développé ici, de quelques uns des descendants atteste de ces changements.
(pour une généalogie plus complète voir : GeneaVitheque)

En sortant du bourg de Crollon, par la route de Servon, une porte plein cintre, condamnée, révèle l’ancienneté de l’habitat.

lamberdiere_cadastre

L’étymologie de l’endroit, la Lamberdière, indique que ce lieu a été la propriété, la maison des Lamberd. Or, les linteaux de la façade de cette propriété privée sont signés par ceux qui ont laissé le plus de traces : les Maufras.

Lamberdiere_ancienne_porte

Les linteaux en façade

Le linteau de la porte d’entrée d’une ancienne habitation

linteau_horizontal

Sur la même porte, un beau linteau, en réemploi en jambage, paraît provenir de la maison d’un prêtre.

linteau_jambage

linteau du jambage, présenté en position horizontale.

Dès la fin du XIIe siècle, ce nom, Maufras, est attesté sous la forme Malfras dans les Rôles de l’Échiquier de Normandie. Près de Coutances, une sergenterie porte ce nom, la sergenterie Maufras, citée dès 1612. (voir : sergenterie Maufras, WikiManche).

C’est également, en 1612, que la première mention des Maufras dans les registres paroissiaux du canton de Ducey apparaît. Le curé de Précey fulmine une excommunication contre Nicolas Escolasse, Charles Bioling(?), Demoiselle Françoise Duguey et Guillaume Maufras de Crollon. Aucune explication complémentaire n’est ajoutée.

Fulminer : lancer une condamnation dans les formes prévues. Formuler avec véhémence. Fulminer une excommunication. (Dic. Robert, Alain Ray)

La deuxième mention date du 22 février 1628. Jacques Maufras, de Crollon, épouse Jeanne Potel(?), de Précey, en l’église de Précey. Né en 1610, à Précey, il serait le fils de Guillaume Maufras. (réf : Claude Guibert de la Tour, généalogie Les GUIBERT DE LA TOUR).

Puis, divers actes de mariages ou d’inhumations de Maufras parsèment les registres. Mais ces informations, trop parcellaires, ne permettent pas de les relier entre elles.

Dans l’église de Crollon, une dalle funéraire, disparue aujourd’hui suite aux diverses rénovations, indiquait la sépulture de Julien Maufras, prêtre et de son frère André, avec la date de 1697. (Réf : Picot, ancien prêtre de Vergoncey)

Les Maufras de Crollon et leurs descendances

D’après les actes des registres paroissiaux, le mariage Jacques Maufras – Jacqueline Brisbarre, paraît être l’origine de tous les Maufras nés à Crollon.

En ce qui concerne ce présent article, la descendance a été divisée en trois grands groupes :

– Bretagne
– Avranches
– Crollon

Jacques Maufras épouse Jacqueline Brisbarre certainement avant 1650, date de naissance approximative de leur premier enfant connu.

L’épouse décède le 4 mars 1706, à l’âge de 70 ans. Son fils Jean, prêtre, est présent. Elle est inhumée dans l’église de Crollon. Aucun renseignement complémentaire n’a été trouvé concernant son mari, Jacques.

A noter :

  • Brisbarre, est un nom peu rencontré dans la région, à l’exception des quelques Brisbarre de Vergoncey, village voisin de Crollon.
  • Seules les familles aisées ou très pieuses avaient le privilège d’être inhumées dans l’église. Les Maufras, dès le début du XVIIe siècle avaient donc un certain rang dans la paroisse. Ils auraient possédé la majorité des terres entourant le bourg de Crollon.

Le couple a, au moins, cinq enfants.

  • Jeanne naît vers 1650. Elle se marie avec Charles Bazire vers 1665. (Réf Geneanet et réf : Claude Guibert de la Tour, généalogie Les GUIBERT DE LA TOUR).
  • Jean naît vers 1658. Il devient prêtre, vicaire à Crollon, mais ne ne semble pas avoir eu de cure. Il est inhumé, en 1708, dans l’église de Crollon.
    De 1677 à 1682, environ, un Guillaume Maufras, natif de Crollon, est prêtre vicaire au Mont Saint-Michel. Puis de 1682 à au moins 1692, il est vicaire à Huisne-sur-Mer. Est-il descendant du couple Jacques Maufras – Jacqueline Brissebarre ou, comme le suggèrent certains écrits, oncle de Jean Maufras, vicaire ?
  • Charlotte naît vers 1665. Elle se marie avec Raymond Diolay. Décédée en 1745 à Servon, elle est inhumée dans l’église de cette paroisse, sous l’autel de la Vierge, en présence des vicaires de Précey, Crollon et Servon.
  • François naît vers 1672. Sieur de Lamberdière (propriétaire), il épouse, à Poilley, Olive Farou, le 29 mai 1691. Décédé à 30 ans, en 1702, il est inhumé dans l’église de Crollon.
    La descendance de François Maufras se divise en deux branches principales :
    • la branche des Maufras Du Châtellier, de Bretagne.
    • la branche des Maufras de Crollon. Elle sera abordée dans la dernière partie de cet article consacré aux Maufras.
  • André naît vers 1674. Il se marie avec Anne Aumont. Succédant certainement à son père, il adjoint le nom de sa terre à son nom et devient la souche des Maufras Lamberdière.
    On retrouve, là encore, deux grandes branches :
    • la branche qui restera à Crollon (idem que ci-dessus)
    • la branche qui s’installera à Avranches.
    À son décès, en 1714, André Maufras est inhumé dans l’église de Crollon.

Le blason des Maufras

En novembre 1696, le roi décide la création de l’Armorial Général, registre où seront enregistrées les armoiries de France. Le but principal est de connaître l’ensemble de ces armoiries et d’éviter les contestations. Mais les droits d’enregistrements en font plus une mesure fiscale qu’un répertoire. De plus, le traitement de ces inscriptions étant affermé, l’intérêt d’avoir le plus grand nombre de souscripteurs devient, dans ces conditions, évident.

L’enregistrement des brevets, certifiant la détention d’armoiries, est confiée à Charles d’Hozier.

La formule administrative retenue est ainsi libellée :

Par ordonnance rendue le … par MM. les commissaires généraux du Conseil, députés sur le fait des armoiries,

Celles de N….telles qu’elles sont ici peintes et figurées, après avoir été reçues, ont été enregistrées à l’Armorial Général dans le registre coté … Généralité de … en conséquence du payement des droits réglés par les tarifs et arrêts du Conseil du 20 novembre 1696. En foi de quoi le présent brevet a été délivré à Paris, par nous Charles d’Hozier, conseiller du Roi, Garde de l’Armorial Général, etc.

Signé : d’Hozier

(Réf : Mémoires de la Société d’Archéologie, Avranches, Mortain, Tome XIII, décembre 1897)

Le document suivant ne serait donc qu’une demande d’inscription sur le registre du Grand Armorial, demande faite par André Maufras de la Lamberdière.

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Le processus d’inscription a-t-il été mené à terme ? Des doutes sont permis car les armoiries des Maufras ne se trouvent ni dans le Vingtiesme Volume de l’Armorial gñal, Normandie, généralité de Caen, signé de Charles d’Hozier, ni dans le relevé qui en est fait par la Société d’Archéologie, Avranches, Mortain. (Tome XIII, décembre 1897)

duchatellier_armoiries (Reduction)

 

Cependant, ces armoiries sont conservées et reprises en particulier par la branche des Maufras Du Châtellier.
Elles paraissent sous le nom d’Armand-René Maufras du Châtellier, dans l’Annuaire Général Héraldique Universel, Organe Officiel des Cours, de la Noblesse et du High-Life parution de 1901. (réf BnF, Gallica)

 

 

Vers Les Maufras, de Crollon (2)…

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Les Maufras, de Crollon (2)

Les Maufras Du Châtellier

Jean Maufras, fils de François Maufras et d’Olive Farou, nait vers 1672. Il se marie avec Anne Cornille, de Précey, le 3 février 1717. Jean est sieur (propriétaire) du Châtellier à Poilley. Il adjoint le nom de sa terre à son nom et devient Maufras du Châtellier.

Remarque : Il ne faut pas confondre la famille Cornille, de Précey, avec la famille du Grand Pierre Corneille, de Rouen, comme certaines généalogies anciennes le font. Nombreux sont les Cornille qui vivent encore dans le Sud-Manche et à Précey !

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La descendance de Bretagne

B2_tissuLouis François Maufras, fils de Jean, naît au Châtellier, à Poilley, en 1718. Après des études auprès d’un parent prêtre, il se marie à Rennes avec Jeanne Chevillard, fille d’un marchand. Il est dit « Sieur du Châtellier ».

Louis devient également marchand de tissus et de soies en cette ville. Sept enfants au moins naissent à Rennes de cette union.
C’est sous le nom de Maufras Duchâtellier que ses enfants sont baptisés, et parmi eux René Louis en 1754. Parrains et marraines sont désormais choisis dans « la Robe » : milieu des avocats, procureurs …

B2_signature_louis_maufrasLouis travaille ensuite comme économe et archiviste à l’abbaye Saint-Georges de Rennes. Bon archiviste, il classe des titres politiques, à Landerneau, grâce à ses connaissances remarquées de paléographe.

Pour rétablir sa fortune ébranlée, il se consacre à l’agriculture, défriche des terres et acquiert la propriété des Noëttes, à Bréal-sous-Montford (35).

C’est toujours sous le nom de Maufras Duchâtellier qu’il est élu, vers 1793, Officier Public, fonction qu’il quittera peu après le décès de sa femme, fin 1793.

Redevenu simple juge de paix, il décède en son domicile des Noëttes en 1797 à près de 80 ans.

René Louis Maufras Duchâtellier, fils de Louis Maufras et Jeanne Chevillard, achète une charge de sénéchal en 1789 à Rennes.

Sénéchal de Rennes : Officier Royal de robe longue, qui est chef d’une justice subalterne.(dic. Académie française, 1798)

Il se consacre, dans un premier temps, à l’émancipation de la bourgeoisie. Nommé en 1791, commissaire du roi près du tribunal criminel de Quimper, il est révoqué comme suspect au pouvoir politique.

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Lors de la Révolution, il devient quartier-maître de l’armée vendéenne et échappe de peu à l’échafaud après la défaite de ce corps.

Devenu commissaire exécutif près du tribunal de Quimper, il juge les tristes exploits des « chauffeurs », bandes de criminels, pendant la Révolution, qui brûlaient les pieds des gens pour leur soutirer leurs économies.

B2_avocat_XIXDès lors, sa carrière au sein des tribunaux sera tributaire des divers gouvernements. Il prend sa retraite, en 1841, alors qu’il est vice-président du tribunal de Quimper. (Ref : Essai Généalogie Ascendante De Marie-Thérèse Bresson, Henri Léon Bresson, 1889).

René Louis Maufras Duchâtellier marié à Reine Le Bastard de Kerguiffinec a un fils, Armand René, dont le souvenir est toujours présent dans le Finistère.

Armand René Maufras Duchâtellier, né à Quimper en 1797, suit ses études à Rennes. Attaché à l’administration des douanes à Douarnenez, en 1820, il est muté dans les Ardennes, suite à un égarement politique de jeunesse.

Il se marie, en 1826, à Alexandrine Huard. Son beau-père, à sa mort en 1850, lui attribue le château de Kernuz. Armand Maufras Duchâtellier s’attachera à la rénovation du monument.

Descriptif de la chapelle du château Kernuz

  • Édifice de plan rectangulaire comprenant un petit porche voûté d’arêtes, une nef et un petit choeur. Les plans sont dus à l’architecte Joseph Bigot.

  • Mobilier Boiseries de l’autel constituées de fragments anciens partiellement dorés.

  • Vitraux : portraits d’Armand Maufras du Châtellier (1797-1885) et de son épouse née Huart.

  • Nombreuses plaques de marbre portant les inscriptions tumulaires de la famille Maufras du Châtellier.

(réf : http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PONTLABB.pdf)

Il séjourne tour à tour en Bretagne ou à Paris pour ses diverses activités successives. Il fréquente, dans la capitale, les milieux de la politique et de la littérature. Il prend part à la Révolution de 1830, à Montmartre.

Nostalgique de son pays natal, il y revient vers 1831 en tant qu’inspecteur des prisons et bureaux de bienfaisance, dans le Finistère. Mais pour améliorer l’éducation de ses enfants et pour raison de santé, il passe quelques années à Versailles vers 1850. En 1858, c’est le retour définitif dans le Finistère, à Pont-L’Abbé.

Très tôt, il commence à rédiger des ouvrages sur sa région dont l’Histoire de la Révolution en Bretagne.

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Membre correspondant de l’Académie des sciences morales, il en devient le président, tout en participant à de nombreuses sociétés savantes.

Auteur prolifique, connu surtout sous le nom de Duchâtellier, tout l’intéresse : l’horticulture, l’aide aux démunis, le monde ouvrier agricole… et l’archéologie.

Il est maire de Pont-L’Abbé de 1874 à 1877. Une avenue porte son nom.

Il décède en plein travail le 27 avril 1885, en son château.

Du mariage d’Armand Maufras Duchâtellier et d’Alexandrine Huard naît Paul Maufras Duchâtellier (1833-1911) appelé Paul Duchâtellier.

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Paul Maufras Duchâtellier se consacre tout d’abord à la peinture de « Marines ». Mais il se tourne rapidement vers l’archéologie et devient un éminent spécialiste de la Bretagne.

Membre fondateur de la Société de préhistoire de France et grand collectionneur, il transforme, avec l’aide de son père, son château de Kernuz en musée.

Voici quelques fouilles réalisées par Paul Maufras Duchâtellier

  • les dolmens de Plovan, Renongard et Crugou ;
  • les tumulis de l’Age du Bronze ;
  • la sépulture à pointes de flèche de Kerhué-Bras à Plonéour-Lanvern ;
  • une série de tombes dans les Monts d’Arrée.

Lors de ses recherches, il découvre, dans les Monts d’Arrée, des populations rudes vivant dans des habitations comme à l’époque de la pierre.

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Pointes de flèche

A sa mort, la majeure partie de sa collection est transférée au musée national de Saint-Germain-en-Laye.

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Tableau de Paul Maufras Duchâtellier

À suivre…

 

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